‹ Œuvres complètes de Charles BaudelaireChapitre 129 sur 219 · LE VIN DES CHIFFONNIERS · texte numérisé non relu

LE VIN DES CHIFFONNIERS

Souvent, à la clarté rouge d’un réverbère

Dont le vent bat la flamme et tourmente le verre, Au cœur d’un vieux faubourg, labyrmthe fangeux Où lhumanité grouille en ferments OTAagEUx,

On voit un chiffonnier qui vient, hochant la tête, Buttant, et se cognant aux murs comme un poëte, Et, sans prendre scuci des mouchards, ses sujets, Epanche tout son cœur en glorieux projets.

Il prête des serments, dicte des lois sublimes, Terrasse Îles méchants, relève les victimes,

Et sous le firmament comme un daiïs suspendu S’enivre des splendeurs de sa propre vertu.

Oui, ces gens harcelés de chagrims de ménage, Moulus par le travail et tourmentés par l'âge, Éreintés et pliant sous un tas de débris, Vomissement confus de l’énorme Paris,

Reviennent, parfumés d’une odeur de futailles, Suivis de compagnons, blanchis dans les batailles,

Dont fa moustache pend comme les vieux drapeaux. — Les bannières, les fleurs et les arcs trromphaux

Se dressent devant eux, solennelle magie!

Et dans l’étourdissante et lummeuse orgie Des clairons, du soleil, des cris et du tambour, Ils apportent [a gloire au peuple ivre d'amour!

C’est ainsi qu’à travers l'Humanité frivole

Le vin roule de l'or, éblouissant Pactole;

Par le gosier de l'homme il chante ses exploits Et règne par ses dons amsi que les vrais rois. :

Pour noyer la rancœur et bercer l’indolence

De tous ces vieux maudits qui meurent en silence, Dieu; touché dé remords; avait fait le sommeil; :. L'Homme ajouta le Vin, fils sacré du Soleil !

LE ‘VIN

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