‹ Œuvres complètes de Charles BaudelaireChapitre 165 sur 219 · LE PARANYMPHE D’UNE NYMPHE MACABRE · texte numérisé non relu

LE PARANYMPHE D’UNE NYMPHE MACABRE

Tu n'es certes pas, ma très-chère, Ce que Veuillot nomme un tendron.

Le jeu, l'amour, la bonne chère, Bouïllonnent en tot, vieux chaudron!

Tu n'es plus fraîche, ma très-chère,

Ma vieille mfante! Et cependant Tes caravanes insensées

Font donné ce lustre abondant Des choses qui sont très-usées, Mais qui séduisent cependant.

Je ne trouve pas monotone

La verdeur de tes quarante ans; Je préfère tes fruits, Automne, Aux fleurs banales du Printemps Non, tu n’es jamais monotone !

Ta carcasse a des agréments Et des grâces particulières; Je trouve d’étranges piments Dans le creux de tes deux salières ; Ta carcasse a des agréments!

Nargue des amants ridicules Du melon et du giraumont!

Je préfère tes clavicules

A celles du roi Salomon U),

Et je plains ces gens ridicules !

Tes cheveux, comme un casque bleu, Ombragent ton front de guerrière, Qui ne pense et rougit que peu,

Et puis se sauvent par derrière, Comme les crins d’un casque bleu.

Tes yeux qui semblent de la boue, Où scintille quelque fanal,

Ravivés au fard de ta joue,

Lancent un éclair mfernal!

Tes yeux sont noirs comme la boue!

Par sa luxure et son dédain

Ta lèvre amère nous provoque; Cette lèvre, c’est un Eden

Qui nous attire et qui nous choque.

Quelle luxure ! et quel dédain !

( Voilà un calembour salé ! Nous ne cabalerons pas contre.

(Note de l'éditeur.)

Ta jambe musculeuse et sèche

Sait gravir au haut des volcans,

Et malgré la neige et la dèche Danser les plus fougueux cancans (), Ta jambe est musculeuse et sèche;

Ta peau brûlante et sans douceur, Comme celle des vieux gendarmes, Ne connaît pas plus la sueur

Que ton œil ne connaît les larmes, (Et pourtant elle a sa douceur!)

Sotte, tu t'en vas droit au Diable!

Volontiers j'irais avec toi,

Si cette vitesse effroyable

Ne me causait pas quelque émor.

Va-t'en donc, toute seule, au Diable!

Mon rein, mon poumon, mon Jjarret Ne me laissent plus rendre hommage

À ce Seigneur, comme il faudrait.

(Hélas! c’est vraiment bien dommage!»

Disent mon rein et mon jarret.

(1) Sans doute une allusion à quelque particularité des caravanes de cette dame.

M. Prévost-Paradol l’eût avertie qu'elle dansait le cancan sur un volcan.

(Note de l'éditeur. )

LS Se has, : s'en,

GALANTERIES. DTA

Oh! très-sincèrement je souffre

De ne pas aller aux sabbats,

Pour voir, quand il pète du soufre, Comment tu lui baïses son cas ()!

Oh! très-smcèrement je souffre!

Je suis diablement affligé

De ne pas être ta torchère,

Et de te demander congé, Flambeau d’enfer! Juge, ma chère, Combien je dois être affligé,

Puisque depuis longtemps je t'aime, Etant très-logique! En effet,

Voulant du Mal chercher [a crème

Et n'armer qu'un monstre parfait, Vraiment oui! vieux monstre, Je t'aime!

® A Ia Messe noire. Comme ces poëtes sont superstitieux |

( Note de l’editeur.)

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