‹ Œuvres complètes de Charles BaudelaireChapitre 187 sur 219 · CH. BAUDELAIRE · texte numérisé non relu

CH. BAUDELAIRE

A calomnie. 40 comme le papier, sobre comme l’eau, porté à [a dévotion comme une communiante, inoffensif comme une victime, il ne me déplairait pas de passer pour un débauché, un ivrogne, un impie et un assassin.

Mon éditeur prétend qu’il ÿ aurait quelque utilité pour moi, comme pour lui, à expliquer pourquoi et comment Jai fait ce livre, quels ont été mon but et mes moyens, mon dessein et ma Méthode: Un tel travail de critique aurait sans doute quelques chances d’amuser les esprits amoureux de la rhétorique profonde. Pour ceux-là peut-être, l’écrirai-je plus tard et le ferai-je tirer à une dizaine d’exemplaires. Mais, à un meilleur examen, ne paraît-il pas évident que ce serait [à une besogne tout à fait superflue, pour les uns comme pour les autres, puisque les uns savent ou devinent, et que les autres ne comprendront jamais ? Pour imsuffler au peuple l'intelligence d’un objet d'art, j'ai une trop grande peur du ridicule, et je craindraïs, en cette matitre, d’égaler ces utopistes qui veulent, par un déciét) rendre tous le Français riches et vertueux d’un seul coup. Et puis, ma meilleure raison, ma suprême, est que cela m'ennuie et me déplait. Mëne-t-on la foule dans les ateliers de l’habilleuse et du décorateur, dans la loge de la comédienne ? Montre-t-on au public affolé aujourd’hui, indifférent demain, le mécanisme des trucs ? Lut explique-t-on les retouches et les variantes rmprovisées aux répétitions, et jusqu’à quelle dose Pinstinct et [a sincérité sont mêlés aux rubriques et au charlatanisme indispensable dans l’amalgame de l’œuvre? Lui révéle-t-on toutes les loques, les fards, les poulies, les chaînes, les repentirs, les épreuves barbouïillées, bref toutes les horreurs qui composent Îe sanctuaire de Part?

D'ailleurs, telle n’est pas aujourd’hui mon humeur. Je n’at le désir nt de démontrer, ni d’étonner, ni d’amuser, nt de persuader. J’ar mes nerfs, mes vapeurs. J’aspire à un repos absolu et à une nuit continue. Chu des voluptés folles du vin et de lopium, je n’ar soif que d’une liqueur inconnue sur Îa terre, et que la pharmaceutique céleste elle-même ne pourrait pas m'oflrir; d’une liqueur qui ne contiendrait ni la vitalité, nt [a mort, ni l'excitation, nt le néant. Ne rien savoir, ne rien enseigner, ne rien vouloir, ne rien sentir, dormir et encore dormir, tel est aujourd’hui mon unique vœu. Vœu infâme et dégoûtant,

Tree mais sincère.

Toutefois, comme un goût supérieur nous apprend à ne pas craindre de nous contredire un peu nous-mêmes, J'ai rassemblé, à [a fin de ce livre abominable, le témorgnage de sympathie de quelèues-

uns des hommes que Je prise le plus, pour qu’un lecteur impartial en puisse inférer que je ne suis pas absolument digne d’excommunication et qu’ “ayant su me faire aimer de quelques-uns, mon Cœur, quoi qu’en ait dit Je ne sais plus quel torchon imprimé, n’a peut-être pas «P épouvantable lardeur de mon visage».

Enfin, par une générosité peu commune, dont MM. les critiques.

Co Pignorance va croissant. .

Je dénonce moi-même les imitations 0)...

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