LES PROJETS DE TROISIÈME ÉDITION
Mais ceux-là n'étaient pas des critiques. Et Soulary, confiné dans sa province, Swinburne qui n'avait pas même encore scandalisé ses compatriotes, Villiers âgé de vingt-deux ans et Verlaine de dix-huit, de quel poids était leur jugement ?
L'année 1862 prit fin, pour Baudelaire, sur la plus cruelle des déceptions. Non seulement [a 2° édition des FLeurs pu MAL n'était pas épuisée, mais Poulet-Malassis étant décidément tombé en faillite, les exemplaires en étaient «abandonnés au hasard du
rabais ». (Lettre à M°° Aupick, 13 décembre.)
PEÉSNPROIERrS
. Les deux premières éditions de 1857 et 1861 sont Îles seules qui aïent paru du vivant de l’auteur. Pourtant Baudelaire, en même temps qu'il publiait ses dernières poésies dans des périodiques, allait déployer de 1863 à 1866 une persévérance désespérée pour en mettre sur pied une troisième. Ses lettres nous le montrent pendant cette période, en pourparlers constants avec les éditeurs, multipliant pour eux les notes explicatives, s’employant, pour les décider, à faire agir, du fond de son exil, les quelques amis influents qu’il possède à Paris, abaïssant jusqu’à des sommes dérisoires ses très modiques prétentions.
Les projets successifs où il devait achever d’user ses nerfs épusés, n'ayant pas abouti, nous nous contenterons de les résumer très brièvement. Le lecteur soucieux des détails se reportera à la correspondance du poète, où 1l les trouvera en abondance, et même non sans de nombreuses redites.
Février 1863. Baudelaire a passé un traité avec Hetzel (vente pour cinq ans des FLEURS DU Ma et du Spleen de Paris, 600 francs
par tirage de 2,000 exemplaires; 1l espère un tirage chaque année). 3° édition augmenté, annonce-t-il.
Maïs la cramte qu'il a de ne pouvoir placer ses œuvres critiques s’il les sépare deses œuvres d'imagination, lui fait différer Ia livraison des morceaux nouveaux (brouille, réconciliation, fixation d’un nouveau délat, deux ans passent ainsi), puis finalement demander à Hetzel l'annulation de son traité. Hetzel y consent, d'autant plus volontiers qu'il craint de Ia part de Poulet-Malassis une répétition, Je poète ayant Jadis cédé à son premier éditeur, en gage d’une dette ancienne, ses ouvrages «parus ou à paraîtrel». Mais cette prudence très sage va se retourner contre le malheureux auteur.
Entre temps Baudelaire est entré en pourparlers avec Michel Lévy pour de tout, comme il le rappellera plus tard dans sa lettre à Ancelle, du 18 février 1866; soit pour ses quatre ouvrages prêts : Les FLEURS, Le Spleen, Les Paradis artificiels, et Réflexions sur mes contemporains, et C'est certainement à ces tractations qu'a rapport le billet sans date que nous avons donné in extenso dans notre note, p. 374, billet où la troisième édition est annoncée comme grossie de 10 ou 14 pièces et d’une grande préface bouffonne, ou, à défaut de celle-ci, de la préface de Théophile Gautier parue dans Îles Poètes français, Lévy a envie des FLEURS, mais il prend ombrage d'Hetzel auquel il s'agissait sans doute de rembourser une avance F), de sorte que le second projet avorte comme le premier.
En juillet 1865, redevenu maître de tous ses droits (), il semble enfin que Baudelaire ne saurait plus manquer de trouver très vite le placement de ses œuvres complètes. Pour être plus sûr d'y réussir, Il s'assure Île concours d’un ancien camarade, mi-libraire mijournaliste, devenu une façon de courtier-littéraire, — ce Julien
® Voir Catalogue de la Bibliothèque de feu M. A. Poulet-Malassis (J. Baur, 1878), Autographes, p. 20.
® Hetzel avait fait une avance de 1,200 francs qui lui fut remboursée, après la mort du poète, par M”° Aupick.
®M°* Aupick venait de désintéresser Poulet-Malassis pour partie en lui
versant 2,000 francs, l'éditeur consentant à attendre pour les 3,000 francs restants.