‹ Œuvres complètes de Charles BaudelaireChapitre 201 sur 219 · LXXXIX. LE GOUFFRE (1* mars 1862, L’Artiste; 1°* mars · texte numérisé non relu

LXXXIX. LE GOUFFRE (1* mars 1862, L’Artiste; 1°* mars

Revue nouvelle; 1866, Le Parnasse contemporain, sous le titre collectif: NouvezLes FLEURS DU MAL ; — Cu de la 3° édition), p. 132.

Variante de 1862 (la pièce est alors dédiée à Théophile Gautier) :

v. 10. Rempli de vague horreur, menant on ne sait où ;

Il est impossible, pour qui a étudié de près Baudelaire dans sa vie comme dans son œuvre, de ne pas prêter à cette pièce, de même qu’à la précédente, un caractère autobiographique. Nadar, dans son Charles Baudelaire intime (A. Blaïizot, 1911) a publié une note où le poëte a consigné les rêves dont 1l était poursuivi :

Symptômes de ruines. Bâtiments immenses, Pélasgiens, l’un sur l'autre. Des appartements, des chambres, des temples, des galeries, des escaliers, des cœcums, des belvédères, des lanternes, des fontaines, des statues. — Fissures ,

lézardes. Humidité provenant d’un réservoir situé près du ciel. — Comment avertir les gens, les nations ? — Avertissons à l'oreille les plus intelligents.

Tout en haut une colonne craque et ses deux extrémités se déplacent. Rien n’a encore croulé. Je ne peux retrouver l'issue. Je descends, puis je remonte. Une tour. — Labyrinthe. Je n'ai jamais pu sortir. J'habite pour toujours un bâtiment qui va crouler, un bâtiment travaille par une maladie secrète. — Je calcule en moi-même, pour m ‘amuser, si une si prodigieuse masse de pierres, de marbres, de statues, de murs qui vont se choquer réciproquement, seront très souillé par cette utitedé de cervelles, de chaïrs humaines et d’ossements concassés. Je vois de si terribles choses en rêve, que je voudrais quelquefois ne plus dormir, si j'étais sûr de n’avoir pas trop de fatigue.

XC. LES PLAINTES D'UN ICARE (28 décembre 1862, Le Boulevard ; 1866, Le Parnasse contemporain, sous le titre collectif: NOUVELLES FLEURS DU MAL; — Ci de la 3° édition), p. 133.

Variante de 1862 :

Titre: La plainte d’un Icare.

Le texte de 1862 offre cette particularité que «nonpareïls» (v. 5) est orthographié « nompareïls » ; » ; 1] porte en épigraphe la strophe de Thomas Gray dont Baudelaire s’est inspiré pour Le Guignon et que nous avons donnée dans nos éclaircissements relatifs à cette pièce (xi).

XCI. RECUEILLEMENT (1% novembre 1861, Revue européenne ; 12 Janvier 1862, Le Boulevard ; 1863, Almanacb parisien pour —, par Fernand Desnoyers ; 1866, Le Parnasse contemporain, sous le titre collectif: NouvEezLes FLEURS DU MAL; — Civ de [a 3° édition), P. 134.

Variante de 1861 :

v. 12. Le Soleil moribond se coucher sous une arche,

Pièce mise en musique par Villiers de l’Isle-Adam.

XCIT. L'HÉAUTONTIMOROUMÉNOS (10 mar 1857, L'Artiste; — Lit de Ja 1°° édition ; LxxxIII de [a 2° ; CV de Ia 3°), P- 135.

Nous ne savons rien de cette J. G. Re à qui la pièce fut dédiée dès la 1°° édition et dont les initiales figurent également en tête des PARADIS ARTIFICIELS.

Il est possible que le titre ait été emprunté plus encore à Joseph de Maistre qu’à Térence. On lit dans Les Soirées de Saint-Pétersbourg,

un des livres de chevet du poète, «qu’en vertu des lois seules que Dieu a portées avec tant de sagesse, tout méchant est un béautontimorouménos».

Pour les deux derniers vers de la pièce, cf. dans La Chute de la maison Usher (NoUvELLES HISTOIRES EXTRAORDINAIRES), un poème d'Edgar Poe, Le Palais banté :

A hideous throng rush out forever And laugh, — but smile no more,

ce que Baudelaire a traduit :

Une hideuse multitude se rue éternellement Qui va éclatant de rire, — ne pouvant plus sourire.

Il semble que Swinburne, qui admirait si fort les FLEURS DU MA41, se soit souvenu de cette pièce lorsqu'il écrivit Hertha :

Ï am that which unloves me and loves; I am stricken and I am the blow..

Voir aussi, pour le vers 9, nos notes sous Ja pièce LI.

XCIIL. L’IRRÉMÉDIABLE (10 mai 1857, L'Artiste; — LXIV de la 1° édition; LXXXIV de la 2°; CVI de la 3°), p. 137.

Dans l’exemplaire de la 1°° édition, on lit, de [a main de Poulet- Malassis, à propos des deux vers qui commencent [a 9° strophe :

Tête-à-tète sombre et limpide Qu'un cœur devenu son miroir!

«— Je plaide pour d’un.»

Baudelaire répond : — «Non, laissez qu'un. Quel tête-à-tête qu’un cœur corrompu se servant à lui-même de miroir! un cœur et le cœur pour miroir, quel tète-à-tète sombre!»

Cette pièce est scindée en deux parties pour Îa premiére fois dans le texte de 1861. |

Pour son inspiration, cf. Les Soirées de Saint-Pétersbourg, de Joseph de Maistre : «Ce fleuve qu’on ne passe qu’une fois; ce tonneau des Danaïdes toujours rempli et toujours vide; ce foie de Titye, toujours renaïssant sous le bec du vautour qui Ie dévore toujours ; ce Tantale, toujours prêt à boire cette eau... Cette pierre de Sisyphe toujours. .… poursuivie, etc., etc. sont autant d’hiéroglyphes parlant, sur lesquels il est impossible de se méprendre.

«Nous pouvons donc contempler Îa Justice divine dans [a nôtre, comme dans un miroir, etc.»

Sans doute l'inspiration est assez lommtame, mais elle n’en semble pas moins réelle, pour [e rythme tout au moins et l’enchaînement des idées. — Dans une lettre à Ancelle, Baudelaire écrira qu'il a mis dans son livre «toute sa religion travestie». C’est bien chez de Maistre qu’il avait appris «sa religion».

On peut admettre aussi que certaines images développées ici furent inspirées par le souvenir du Manuscrit trouvé dans une bouteille et d’Une Descente dans le Maelstrom d'Edgar Poe (HISTOIRES EXTRAORDI- NAIRES).

XCIV. L'HorLoGE (15 octobre 1860, L'Artiste; — LxxxV de la 2° édition, Cvrt de la 3°), p. 139.

Variantes de 1860 :

v. 9, Trois cent soixante fois par heure, [a seconde

Il est évident que cette variante n’est qu’une erreur de calcul,

La pièce semble inspirée (lointamement) d'Edgar Poe. Cf. Le Masque de la Mort rouge (NoUvELLES HISTOIRES EXTRAORDI- NAIRES), passim, que le poète avait traduit dès 1855.

On sait qu’un des PETITS POËMES EN PROSE porte aussi le titre de L'Horloge; mais le sujet en est très différent.

Un correspondant de Z’Intermédiaire des Chercheurs et Curieux, M. Ch. Ad. C. (30 septembre 1905), a rapporté que Baudelaire avait enlevé les aïguilles à sa pendule, et inscrit sur le cadran : «Il est plus tard que tu ne crois!»

XCV. PAYSAGE (15 novembre 1857, Le Présent; — LXxXXVI de la 2° édition; CVII de la 3°), p. 143. | Variantes (1857) :

Titre : Paysage parisien.

P. 143, v. 4 Leurs chants melodieux emportés par le vent. v. 8 Les grands ciels bleus qui font rêver d’éternité. v. 9. C’est plaisir, à travers les brumes, de voir naître P. 144, v.1-6. Et l'émeute aura beau tempéter à ma vitre, Je ne léverai pas le front de mon pupitre, Et ne bougerai plus de l'antique fauteuil Où je veux composer pour un jeune cercueil (I faut charmer nos morts dans leurs noires retraites) De doux vers tout fumants comme des cassollettes.

Le texte de 1857 ne comporte pas de blanc entre les 8° et 9° vers. Pour les vers 1-2 de [a page 144, cf. Th. Gautier, Émaux et Camées,

Préface :

Sans prendre garde à l'ouragan Qui fouettait mes vitres fermées, Moi, j'ai fait Emaux et Camées.

L’insensibilité gœæthienne qu’affirme ici Baudelaire permet de croire que Ja pièce est postérieure à 1852. C’est vers cette date, en effet, que le poète se désintéressa du mouvement démocratique.

XCVI. Le Soueis (nt de la 1° édition; LxxxvII de la 2°; cix de la 3°), p. 145.

Variantes de 1857 (exemplaire d’épreuves) :

v. 1. Au fond de carrefours où pendent aux masures v. 10. Anime dans les champs les vers comme les roses;

XCVIT. LA LUNE OFFENSÉE (1° mars 1862, L'Artiste; — Cx1 de la 3° édition), p. 146.

On pourrait prêter à cette pièce un caractère autobiographique. Voir notre Histoire des FLEURS DU MAL, p. 402.

XCVIIL À UNE MENDIANTE ROUSSE (LXV de la 1° édition;

LXXXVII de la 2°; Cxr de la 3°), p. 147.

= L’héroïne qui chantait et pinçait de la guitare, «occupait beaucoup les esprits d’alors, peintres et poëtes», dit Asselineau. Emile Deroy en avait fait le portrait, aujourd’hui en notre possession. Banville lui a consacré, outre quelques vers des Stalactites, une page de ses Souvenirs, où il la dépemt «une enfant, une fillette aux grands yeux, aux traits raffinés, charmants et délicats, rose, avec une chair nacrée et des lèvres rouges comme une grenade, couronnée d’une longue chevelure fauve, emmêlée et crespelée tombant sur ses épaules...».

On connaît de cette poésie deux textes autographes antérieurs à 1857. Le premier, de date incertaine (I), a été apporté par M. E. Dodillon (Mercure de France, 1° novembre 1911); le second par le manuscrit du D' Laffont (op. cit., 1852).

D’après Cousin (voir le Pincebourde), elle était déjà écrite en 1842, et Baudelaire en était très satisfait. Cependant on lit de sa main, sur le manuscrit de 1852 : «La robe trouée (mauvais).»

Variantes :

Titre (1852) : La robe trouee de la mendiante rousse.

P. 147, v. 1 (1-1852-1857). Ma blanchette aux cheveux roux, v. 2 (1852). Dont Ia robe par des trous v. 10 (1-1852-1857). Qu'une pipeuse d'amant v. 11 (I-1852-1857). Ses brodequins de velours P,248 015 (1). Ton tétin blanc comme lait (1852-1857). Ton sein plus blanc que du lait v. 6 (1-1852-1857). Tout nouvelet; v. 8 (Ï-1852). Tes bras se fassent piller NO UCI: Et chassent à coups de lutins v.moutt) Les doigts mutins, v. 11 (1-1852). Ecrins de Ia plus belle eau v. 17 (1-1852-1857). Et reluquant ton soulier

v. 19 (I-1852). Pages flaireurs de bazards, (1857). Mat page ami du hazard,

v. 20 (I-1852). Et grands seigneurs et Ronsards

v. 21 (1). Assiégeraient au déduit

Po 1490 va) (Or Quelque vieux diner gisant

(1852). Quelque vieux morceau gisant

v. 6 (1 852). De vieux bonnets de six sous (1857 Epr.). Des brimborions de vingt sous

NUL), Moi, je ne puis, 6 pardon!

(1852). Dont je ne puis, 6 pardon!

Sur l’exemplaire d'épreuves âe 1857, on lit, de la mam du poète : «hasard, hazard? [ys, lis? question grave». Dans les deux premières éditions , 1l avait finalement adopté hasard et lis,

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