À FERNAND DESNOYERS
Mon cher Desnoyers, vous me demandez des vers pour votre petit volume, des vers sur la Nature, n'est-ce pas? sur les bois, les grands chènes, la verdure, les insectes, — Ie soleil, sans doute? Mais vous savez bien que je suis incapable de m'attendrir sur les végétaux, et que mon âme est rebelle à cette singulière Religion nouvelle, qui aura toujours, ce me semble, pour tout être spirituel, je ne sais quoi de sboching. Je ne croiraï Jamais que l'âme des Dieux babite dans les plantes, et, quand même elle y habiterait, je m'en soucierais médiocrement, et considérerais la mienne comme d’un bien plus haut prix que celle des légumes sanctifiés. J’ai même toujours pensé qu'il y avait dans Îa Nature, orissante et rajeunie, quelque chose d’affligeant, de dur, de cruel, — un je ne sais quoi qui frise l’impudence. Dans impossibilité de vous satisfaire complètement suivant Îes termes stricts du programme, je vous envoie deux morceaux poétiques, qui représentent à peu près [a somme des réveries dont je suis assailli aux heures crépusculaires. Dans le fond des bois, enfermé sous ces voûtes semblables à celles des sacristies et des ARTE je pense à nos étonnantes villes, et [a prodigieuse musique qui roule sur Îles sommets me semble [a traduction des lamentations humaines.