V. Et, soûlé de son sang, préférerait en somme
CVIT. DANSE MACABRE (15 mars 1859, Revue contemporaine; 1860, Almanach parisien pour —; 1* février 1861, L'Artiste; — XCVII de la 2° édition; Cxx1 de Ia 3°), p. 168.
La pièce fut envoyée à M. de Calonne dans Ia lettre survante encore Imédite :
Alençon, 1°* janvier 1850.
Cher Monsieur, je vous envoie le fruit de mes rêveries en chemin de fer. Je vous supplie instamment de jeter ceci dans le numéro du 15; je ne veux pas que vos lecteurs m'oublient.
Vous verrez, dans le poëme du Squelette, le soin que j'ai pris de me con-
former à l'ironie criarde des anciennes danses macabres et des images allégoriques du moyen âge...
IT est probable que Calonne ne disposait plus de la place utile dans le numéro du 13 Janvier. Ce n’est que le 8 février qu’il envoya une épreuve de [a pièce au poëte (voir E.-J. Crépet, op. cit., p. 336). Le 11 suivant, Baudelarre Ia lui renvoyait en l’accompagnant d’une lettre, également médite à ce Jour, où on lisait notamment :
… 2° Vous me causerez un très vif chagrin en supprimant... la dédicace. M. Christophe... m’annonce non seulement son Squelette, mais encore une
autre statuette beaucoup plus finie. Vraiment c’est bien Île moins que j'inscrive son nom en matière de remerciements en tête d’un petit poëme.….
3° 1" strophe. — Je supprime Île masculin, s'appliquant à Squelette (mot absent) et j'y substitue le féminin qui se comprend tout de suite. 12° strophe. — Vous avez choïsi la mauvaise variante. D'abord, il y a, une
strophe avant, gouffre de tes yeux plein d’horribles pensées. Des yeux pleins d'épouvantes font double emploi. J'ai l'air d’être privé d'imagination.
Gouge est un excellent mot, mot unique, de vieille langue, applicable à une danse macabre, mot contemporain des danses macabres. UNITÉ DE STYLE. Primitivement une belle Gouge n’est qu'une belle femme; postérieurement, la gouge, c’est la courtisane qui suit l’armée, à l’époque où le soldat, non plus que le prêtre, ne marche pas sans une arrière-garde de courtisanes. Il y avait même des règlements qui autorisaient cette volupté ambulante. Or [a Mort n'est-elle pas la Gouge qui suit en tous lieux la Grande Armée universelle, et n'est-elle pas une courtisane dont Îles embrassements sont positivement irrésistibles? Couleur, antithèse, métaphore, tout est exact. Comment votre sens critique, si net, n'a-t-1l pas deviné mon intention ?
J’appelle vos yeux sur Lovelaces. Si c’est un substantif, petit l, et un s final. Si c’est un nom propre que nous généralisons occastonnellement, grand Î et pas d’s, selon la règle. En somme, Lovelace est presque un substantif de conversation. J’opine pour le petit { et le pluriel.
Danse macabre n’est pas une personne, c’est une allégorie. I] me semble qu'il ne faut pas de majuscules, allégorie archi-connue, qui veut dire : le train de ce monde conduit par la mort...
Quelques éclarrcissements ou rectifications ne seront pas imutiles : les deux statuettes dont 1l est 1er question sont celles que Baudelaïre a décrites dans son SALON DE 1859, en exprimant le regret que le sculpteur ne les ait pas exposées; comme l’une d’elles mspira la Danse macabre, on a vu que l’autre inspira Le Masque, — Baudelaire commet une étourderie quand il écrit, à propos de [a 12° strophe, qu'il y a, «une strophe avant» gouffre de tes yeux plein d’horribles pensées. C’est deux stropbes avant qu’il faut lire. Enfin les termes de ce même passage doivent être rapprochés d’une lettre que le poète écrivait à Poulet. Malassis cinq jours plus tard (16 février 18 59) pour apprécier l’exacte valeur du reproche que l’auteur, dans celle-ci, adresse au directeur. En réalité de Calonne n’avait pas substitué un texte à un autre; 1l avait simplement choïsi des variantes proposées par le poëte RON = celles-à que le lecteur trouvera cr-après mentionnées sous la désigna-
Fe
tion : 1859, 1° épreuve.
Variantes :
Titre (janvier 1859) : Le Squelette.
DépicaAce : rétablie, comme on vient de le voir, dans [a Revue contemporaine en 1859, elle ne figure pas dans Z’Artiste, ni dans l’Almanach parisien.
P.198,v.1 (1859,1"épr.). Fier, autant qu’un vivant, de sa noble stature,
v.7 (1859). S'écroule abondamment sur son pied sec que pince v. 16 (1859). — Charme de ce néant follement attifé, (1860). O charme du néant follement attifé,
P.169,v.2 (1859). Qui ne connaissent pas, amants ivres de chair,
v.4 (1859). Squelette qui réponds à mon goût le plus cher,
v.5 (1859). Viens-tu railler, avec ta puissante grimace,
v. 11 (1859). Et vas-tu demander au torrent des orgies P.170,v.1 (1859). Qu'importe le parfum , l’habit et la toilette ?
v.3 (1859, 1" épr.). Bayadère sans nez, aux yeux pleins d'épouvantes, v.5 (1859, 1" épr.). Fiers mignons, malgré l’art des pommades savantes,
v. 10 (1859). Vous entraîne en des fieux qui ne sont point [connus!
v.15 (1859-61). En tout climat, sous tout soleil, Ia Mort t'admire
Nous avouons préférer cette dernière variante au texte de l’édition posthume. Elle donne assurément un sens plus clair; mais 1l est faux, à notre avis, que sous ton soleil constitue un non-sens. Î] convient seulement d'entendre le vers comme st on lisait : En tout climat qui existe sous ton soleil, et peut-être faut-il prêter à ton soleil une intention 1ronique. Il y a lieu de considérer d’arlleurs que cette leçon n’a pas été apportée par le texte de 1868, mais figurait déjà dans Ie texte de l’Almanach parisien pour 1860.
La Danse macabre est annoncée à Ia table des matières de ZL’Artiste sous le titre de Danse funèbre, et accompagnée, dans cette revue, de Ja note suivante :
Une nouvelle édition des FLEURS DU MAL va paraitre, qui renfermera un grand nombre de pièces inédites dans le caractère général de l’œuvre primitive, ainsi qu'on en peut juger par cette Danse macabre,
Cette poésie a été reproduite pour partie par l’auteur dans son SALON DE 1859. On y trouve, vers 6, une variante de ponctuation : la virgule placée après sa robe, au lieu de l'être, à l’hémistiche, après exagéree.
CVIT. L'Amour pu MENSONGE (13 mai 1860, Revue contemporaine; — XOVII de Ta 2° édition; cxxIt de la 3°), p. 171.
1860. En épigraphe :
Mème elle avait encor cet éclat emprunté Dont elle eut soin de peindre et d’orner son visage Pour réparer des ans l'irréparable outrage.
RACINE, Athale.
Variante (1860) :