‹ Œuvres complètes de Charles BaudelaireChapitre 207 sur 219 · Fait pour donner à boire à ces ignobles filles · texte numérisé non relu

Fait pour donner à boire à ces ignobles filles

M \O Un h D

CXXV. ALLÉGORIE (Lxxxv de [a 1° édition; CxIV de Ia 2°; cxxxIx de Ia 3°), p. 204.

Pièce antérieure à la fin de 1843, selon Prarond (E.-J. Crépet, op. cit. ).

Variantes des épreuves de 1837 :

v. 3. Les flèches de l'amour, les poisons du tripot

d Dans ses tristes ébats, a pourtant respecté

* 7° À Dans ses cruels ébats , à pourtant respecté

a Ne croira-t-elle pas, cette vierge inféconde * 13°} Elle seule , elle croit, cette vierge inféconde

CXXVI. LA BÉATRICE (LxxxVI de Ia 1° édition; cxv de Ia 2°; CxL de la 3°), p. 205.

L'accent de détestation qu’on remarque dans cette pièce l'appa-

rente au Vampire (xxx1 de notre édition) qui, en 1855, dans la Revue des Deux Mondes, avait paru sous ce même titre : La Béatrice.

On peut les attribuer toutes deux à l’inspiration de Jeanne Duval, que le poëte semble avoir haïe autant qu’aimée avant de se résigner à la traiter en malade irresponsable, et qui, d'aprés les témoignages des contemporains , se gaussa de lu Jusqu’avec son perruquier.

Variantes de 18 it

P. 206, v. 2. Recevrait sans bouger le choc de cent démons!

v. 3: Détourner froidement ma tête souveraine,

Sur lépreuve de 1857, on lit, de la main du poëte, en face du vers antépénultième : «Je crois que j'ai vu quelquefois nompareil, Vn se changeant en m, suivant l'usage.» Il avait pu le voir notamment dans

La Comédie de la Mort et aussi dans Malherbe.

CXXVII Un VoyAGE À CYTHÈRE (1° Juin 1855, Revue des Deux Mondes, sous le titre collectif : Les FLEURS DU MAL; — Lxxxvim de'la 1° édition; CxVI de la 2°; CxLI de Ia 3°), p. 207.

Un catalogue de M. Noël Charavay mentionne un manuscrit autographe de cette pièce portant une dédicace à Gérard de Nerval. Ce renseignement est corroboré par les lignes suivantes, adressées 4 Théophile Gautier dans une lettre sans date [1852] : « L'incorrigible Gérard prétend, au contraire, que c’est pour avoir abandonné le bon culte que Cythère est réduite en cet état.» La dédicace s'explique d’ailleurs du fait que «le point de départ de cette pièce est quelques lignes de Gérard (Artiste) qu’il serait bon de retrouver».

Cette dernière mdication a été donnée par Île poète lui-même’en marge du manuscrit de 1852 qu’a publié M. Van Bever. Ajoutons, pour la compléter, que les quelques lignes en question sont les suivantes :

Pendant qué nous rasions la côte [de Cérigo ], avant de nous abriter à San Nicolo, j'avais aperçu un petit monument, vaguement découpé sur l'azur du ciel, et qui, du haut d’un rocher, semblait la statue encore debout de quelque divinité protectrice... Mais, en approchant davantage, nous avons distingué clairement l'objet qui signalait cette côte à l’attention des voyageurs. C'était un gibet, un gibet à trois branches, dont une seule était garnie. Le premier gibet réel que j'aie vu encore.

Aïnsi la Vénus céleste et la Vénus populaire n’ont point laissé de trace dans la capitale de Pile.

( Voyage à Cytbére III.)

Pièce goûtée particulièrement de Gustave Flaubert.

Variantes : celles qu’on trouve ici sous [a date 1852, sont extraites des DouzE POÈMES DE CHARLES BAUDELAIRE (Crès, 1917) :

Titre (1852-1855) : Voyage a Cytbere,

P. 207, v. 1 (1852). Mon cœur comme un oiseau s’envolait tout joyeux, (1855-1857). Mon cœur se balançait comme un ange joyeux, v.4 (1852). Comme un oiseau qu'enivre un soleil radieux. (1857-1861). Comme un ange enivré d’un soleil radieux. v. 6 (1852). Me dit-on. Un pays fameux dans les chansons,

v. 15 (1852-1855). Où tous les cœurs mortels en adoration v. 16 (1852-1855). Font l'effet de l'encens sur un jardin de roses, v. 17 (1852-1855). Ou du roucoulement éternel d’un ramier. P. 208, v. 4 (1852-1855). Où la jeune prêtresse errant parmi les fleurs, v. 6 (1854-1855- 1857, Epr.). Entrebäillant sa robe a des brises légères. v. 12 (1852). Dévoraient avec rage un pendu déjà mür, v. 13 (1852). Et chacun jusqu'aux yeux plantait son bec impur

La 9° strophe est remplacée par une pudique ligne de points de suspension dans le texte de Ia Revue des Deux Mondes.

N.117 (1852), L'organe de l'amour avait fait leurs délices, v. 18 (1852). Et les bourreaux l'avaient cruellement châtré, v. 25 (1852). En expiation de tes anciens cultes

1857, Epr.). Pauvre pendu muet, tes douleurs sont les miennes, v. 4 (1852-1855). Le long fleuve de fiel de mes douleurs anciennes; v. 14 (1852). Qu'un gibet dégoätant où pendait mon image. v. 15 (1852). Oh Seigneur! donnez-moi [a force et le courage

CXXVIIL. L'Amour ET LE CRÂNE (1° juin 1855, Revue des Deux Mondes, sous le titre collectif : FzEURS pu MAL; — Lxxxix de la 1° édition; cxvir de Ja 2°; CxLit de la 3°), p. 210.

Variantes de 1855 :

Sous-titre : D'après une vieille gravure.

v. 9. Le globe miroitant et frèle. ..

M. Van Bever, dans son excellente édition des FLEURS DU MAL (Georges Crès, 1917), dit que cette pièce a été inspirée au poète par deux gravures de Henri Goltzius.

CXXIX. Le RENIEMENT DE SAINT PIERRE (Octobre 1852, Revue de Paris; — xc de Ia 1° édition; cxvin de la 2°; cxLu dela 3°), p. 213. Pour Finspiration de cette pièce, cf., peut-être, Le Déespoir de

Lamartine et Les Soirées de Saint-Pétershourg de Joseph de Maïstre, t. [f, p. 121, édition Garnier : «Je ne suis pas du tout de Pavis de Sénèque, qui ne s’étonnait point si Dieu se donnait de temps en temps le plaisir de contempler un grand homme aux prises avec l’adversité. Pour mor, Je vous Pavoue, je ne comprends point comment Dieu peut s'amuser à tourmenter les honnêtes gens, etc.»

Mais en somme ils agit 1c1 d’un lieu commun, et on peut aussi bien admettre une rencontre fortuite qu ’une inspiration qui ne laisserait pas ’être lointaine.

Le recueil intitulé : CHARLES BAUDELAIRE, LETTRES INÉDITES À SA MÈRE (Conard, 1918), nous apprend que cette pièce avait farllr attirer Îles foudres de la Justice, dès sa premiére publication. I y a donc tout lieu d’attribuer à Ia crainte d’une nouvelle mésaventure du même ordre, la “HAE de [a note qui accompagnait Révolte dans la 1° édition :

Parmi les morceaux suivants, le plus caractérisé a déjà paru dans un des P JR P principaux recueils littéraires 1 Paris, où 11 n’a été considéré, du moins par les gens d’esprit, que pour ce qu’il est véritablement : Île Co des raisong 1” que P q RE DD P nements de ne et de la fureur. Fidele à son douloureux programme, l'auteur des FLEURS DU MAL a dû, en parfait comédien, façonner son esprit à tous les sophismes comme à toutes les corruptions. Cette déclaration candide n’empêchera pas sans doute Îes critiques honnètes de Île ranger parmi Îes théologiens de la populace et de l’accuser d’avoir regretté pour notre Sauveur Jésus-Christ, pour la Victime éternelle et volontaire, le rôle d’un conquérant » P q ; d'un Attila égalitaire et dévastateur. Plus d’un adressera sans doute au ciel les actions de grâce habituelles du Pharisien : « Merci, mon Dieu, qui n'avez pas permis que je fusse semblable à ce poète infâme ! »

Baudelaire avait soigné Ia rédaction de cette note. On fit sur l'épreuve : «Au lieu d'un Attila dévastateur et évalitaire, mettez, pour éviter à la fois [a rime et l’hiatus : d’un Attila égalitaire et dévastateur, » Il n’en était pas satisfait cependant : «Ma note sur Révolte est détestable, mandait-1l à Malassis le 14 mai 1857; je suis étonné que vous ne m'ayez pas fait de reproches à ce sujet.» I [a retrancha de la 2° édition des FLEURS DU MA. Sans doute elle avait dû contribuer à faire écarter le délit d’outrage à la morale religieuse en ot mais 1] y avait peu de chances d’être à nouveau poursuivi en 1861..

Le Reniement de saint Pierre manqua n'être pas se dans Îa 3° édition. M°* Aupick : insistait très vivement dans ce sens : «Comme chrétienne, Je ne puis pas laisser imprimer cela. Si mon fils vivait, certes, il n'écrirait pas cela maintenant, ayant eu, depuis quelques

années, des sympathies religieuses, etc.» (Voir E.-J. Crepet, op. it., p. 268-271.) Fort heureusement, Asselineau résista avec fermeté : «Ma lettre à M”° Aupick a fait un effet terrible, pouvait-il écrire à Poulet: Malassis. Je lui avais dit que si elle entrait dans cette voie des suppressions, ni Banville ni moi ni aucun des amis de son fils ne se mélerait plus de rien. Elle m’a répondu par des soumissions effarées. J’aï, bien entendu, répliqué par des douceurs. »

M. À. Van Bever, en publiant le manuscrit qui appartient au D" Laffont, a révélé deux leçons différentes du texte publié par Ia Revue de Paris année même dont est daté le manuscrit : nous les reproduisons ci-après en les faisant précéder de Ia lettre M.

Variantes :

P. 213, v.1 (1852). Qu'est-ce que Dieu fait donc de ces flots d'anathèmes v.2 (1852). Qui montent tous les jours vers ces chers Séraphins?

v.3 (1852 M.). Comme un tyran goinfreé de viande et de vins (1852). Comme un tyran gonflé de viande et de vins (1857). Comme un tyran gorgé de viandes et de vins

v.4 (1852). IT s'endort au doux bruit de nos sombres blasphèmes.

(1852 M.). Il s'endort au doux bruit de nos tristes blasphèmes. v.8 (1852 M:). Les Dieux ne s'en sont point encor rassasiés. v.9 (1852). © Jésus! souviens-toi du Jardin des Olives! v.17(1852). Quand de ton cœur brisé [a pesanteur horrible v.18(1852). Allongeait tes deux bras distendus, — quand ton sang P. 214, v.4 (1852). Où tu venais remplir l’éternelle promesse, .4 (1852 M.). Où tu foulais, trônant sur une douce ânesse,

CXXX. ABeL ET CAÏn (xCI de la 1°° édition; cxix de la 2°; CXLIV de la 3°), p. 215.

Variante de l’exemplaire d'épreuves de 18 ns

P. 216, v. 2. Grelotte comme un vieux chacal!

Variantes du texte de Ia 1° édition (18 Li pe

P. 216, v. 3. Race d’Abel, sans peur pullule : v. 4. L'argent fait aussi ses petits.

v. 5. Race de Caïn, ton cœur brûle; v. 6. Eteins ces cruels appétits.

Dans Le texte de [a 1° édition, le poème n’est pas scindé en deux parties.

Sans établir entre [a citation qui va suivre et cette pièce aucun

rapport de cause à effet, il ne nous paraît pas inutile de reproduire quelques lignes d’un article de Louis Goudall, paru quelques mois avant les FLEURS DU MAL, et qui montre assez clairement quelle valeur symbolique avaïent prise, dans la première moitié du x1x° siècle,

en dehors de Mexégèse biblique, les figures d’Abel et de Caïn :

Abel, type primitif du bon jeune homme, tel que M. Véron le faisait revivre il y a deux ans, pour lédification des abonnés du Constitutionnel, Abel le umide, Abel linnocent, Abel le pudique, fut [le premier représentant de l'Ecole du Bon Sens, comme il fut aussi le premier bourgeois.

Et Caïn, le farouche Caïn, — Caïn le révolté, Caïn le fratricide, — en même temps que son frère fondait l’école de Îa sagesse, de la modération et du bon sens, il créait, lui, celle de l'insurrection morale, de la fantaisie déche- ‘velée, de la rébellion à outrance et du romantisme à tous crins.

Oui certes, Caïn fut le premier romantique, et le précurseur de la tragédie shakespearienne, du drame byronien et du théâtre hugotique. — Sa hache ensanglantée devait, plus tard, et tour à tour, devenir Îe poignard de Macbeth, le sabre du Giaour et la fine [ame d’acier deux fois trempé, — la bonne lame de Tolède!

O poignard de Macbeth! 6 bonne lame de Tolède! Qu'’êtes-vous devenus?

(Le Figaro, 24 février 1856 : De l'état actuel des lettres françaises

Voir aussi nos notes sous [a prèce suivante.

CXXXI. Les LITANIES DE SATAN (xCII de la 1°° édition; Cxx de Be Cry dela 2°); p. 217.

Variantes de 1857 (exemplaire d'épreuves et 1° éd.) :

P. 217, v. 8 (Ed.). Aimable médecin des angoisses humaines, v. 10 (Ed.). Qui, même aux parias, ces animaux maudits, P.218,v.1 (Ed.). Toi qui peux octroyer ce regard calme et haut

VTT (Ed.). Toi dont l'œil clair connaît les secrets arsenaux

v. 13 (Ed.) Toi qui frottes de baume et d'huile les vieux os

v. 19 (Ed.). Toi qui mets ton paraphe, à complice subtil

v. 20 (Ed.) Sur le front du banquier impitoyable et vil, PET. 2 (EÉpr.). Un amour de la plaie, un culte des guenilles,

Page 1