‹ Œuvres complètes de Charles BaudelaireChapitre 68 sur 219 · LE BALCON · texte numérisé non relu

LE BALCON

Mère des souvenirs, maîtresse des maîtresses,

O tor, tous mes plaisirs ! 6 toi, tous mes devoirs! . Tu te rappelleras [a beauté des caresses,

La douceur du foyer et le charme des soirs, Mère des souvenirs, maîtresse des maîtresses !

Les soirs 1lluminés par l’ardeur du charbon,

Et les soirs au balcon, voilés de vapeurs roses.

Que ton sem m'était doux ! que ton cœur m'était bon! Nous avons dit souvent d’impérissables choses

Les soirs illumimés par l’ardeur du charbon.

Que les soleils sont beaux dans les chaudes soirées! Que l'espace est profond! que le cœur est puissant! En me penchant vers toi, reine des adorées,

Je croyais respirer le parfum de ton sang.

Que les soleils sont beaux dans les chaudes soirées !

La nuit s’épaississait ainsi qu'une cloison,

Et mes yeux dans le noir devinaïent tes prunelles,

Et je buvais ton souffle, 6 douceur, 6 poison !

Et tes pieds s’endormaïent dans mes mains fraternelles. La nuit s’épaississait ainsi qu’une cloison.

Je sais l’art d'évoquer les minutes heureuses,

Et revis mon passé blotti dans tes genoux.

Car à quoi bon chercher tes beautés langoureuses Aïlleurs qu'en ton cher corps et qu’en ton cœur si doux ? Je sais l’art d'évoquer les minutes heureuses !

Ces serments, ces parfums, ces baïsers infinis, Renaîtront-ils d’un gouffre interdit à nos sondes, Comme montent au ciel les soleils rajeunis Après s'être lavés au fond des mers profondes ? — O serments ! & parfums! 6 baïsers infinis !

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