‹ Œuvres complètes de Charles BaudelaireChapitre 69 sur 219 · LE POSSÈDE · texte numérisé non relu

LE POSSÈDE

Le soleil s’est couvert d’un crêpe. Comme lui, O Lune de ma vie! emmitoufle-tor d’embre ; Dors ou fume à ton’gré; sois muette, sois sombre, Et plonge tout entière au gouffre de l'Ennuï ;

Je t'aime amsi! Pourtant, si tu veux aujourd’hui, Comme un astre éclipsé qui sort de [a pénombre, Te pavaner aux lieux que Ia Folie encombre, C’est bien! Charmant poignard, jaillis de ton étui!

Allume ta prunelle à [a flamme des lustres!

Allume le désir dans les regards des rustres ! Tout de toi m'est plaisir, morbide ou pétulant ;

Sois ce que tu voudras, nuit noire, rouge aurore ; Il n’est pas une fibre en tout mon corps tremblant Qui ne crie : O mon cher Belzébutb, je t'adore !

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