‹ Œuvres complètes de Charles BaudelaireChapitre 82 sur 219 · LE BEAU NAVIRE · texte numérisé non relu

LE BEAU NAVIRE

Je veux te raconter, 6 molle enchanteresse !

Les diverses beautés qui parent ta Jeunesse ; Je veux te peindre ta beauté,

Où l’enfance s'allie à la maturité.

Quand tu vas balayant l'air de ta jupe large,

Tu fais l'effet d’un beau varsseau qui prend le large, Chargé de toile, et va roulant

Suivant un rhythme doux, et paresseux, et lent.

Sur ton cou large et rond, sur tes épaules grasses,

Ta tête se pavane avec d’étranges grâces ; D'un air placide et triomphant

Tu passes ton chemin, majestueuse enfant.

Je veux te raconter, Ô molle enchanteresse !

Les diverses beautés qui parent ta Jeunesse ; Je veux te peindre ta beauté,

Où l'enfance s'allie à la maturité.

Ta gorge qui s’avance et qui pousse [a moire, Ta gorge trromphante est une belle armoire

Dont les panneaux bombés et clairs Comme {es boucliers accrochent des éclaïrs :

Boucliers provoquants, armés de pointes roses !

Armoire à doux secrets, pleme de bonnes choses, De vins, de »arfums, de liqueurs

Qui feraient délirer les cerveaux et les cœurs!

Quand tu vas balayant l’arr de ta Jupe large,

Tu fais l'effet d’un beau vaisseau qui prend le large, Chargé de toile, et va roulant

Suivant un rhythme doux, et paresseux, et lent.

Tes nobles jambes, sous les volants qu'elles chassent,

Tourmentent les désirs obscurs et les agacent, Comme deux sorcières qui font

Tourner un philtre noir dans un vase profond.

Tes bras, qui se joueraïent des précoces hercules, Sont des boas luisants les solides émules,

Faits pour serrer obstinément, Commé*pour limprimer dans ton cœur, ton amant.

Sur ton cou large et rond, sur tes épaules grasses, Ta tète se pavane avec d’étranges grâces ;

D'un air placide et triomphant Tu passes ton chemin, majestueuse enfant.

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