‹ Œuvres complètes de Charles BaudelaireChapitre 83 sur 219 · L'INVITATION AU VOYAGE · texte numérisé non relu

L'INVITATION AU VOYAGE

Mon enfant, ma sœur, Songe à la douceur D'aller [à-bas vivre ensemble !

Aimer à loisir, Aimer et mourir Âu pays qui te ressemble !

: Les soleils mouillés De ces ciels brouillés Pour mon esprit ont les charmes Si mystérieux De tes traîtres yeux, Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté, Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants, Polis par les ans, Décoreraïent notre chambre :

Les plus rares fleurs Mélant leurs odeurs Aux vagues senteurs de l'ambre,

Les riches plafonds, Les miroirs profonds, La splendeur orientale, Tout y parlerait A l’âme en secret Sa douce langue natale.

Là, tout n’est qu'ordre et beauté, Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux Dormir ces vaisseaux Dont l'humeur est vagabonde ; C'est pour assouvir Ton moindre désir

Qu'ils viennent du bout du monde.

— Les solerls couchants Revêétent les champs, Les canaux, [a ville entière, D'hyacinthe et d’or; Le monde s'endort Dans une chaude lumière.

Lä, tout n’est qu'ordre et beauté, Luxe, calme et volupté.

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