‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 3)Chapitre 103 sur 196 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

il lui a dëclàré qu'on lui avait proposé la princesse de Bade-Doui'làc pour son fils ; mais que son fils e'tant mariéavec là demoiselle de Hedwiger, dont il avait plusieurs enfans , il n'avait pu écouter une proposition qui d'ailleurs l'avait extrêmement flatte'. Après cela le consentement du père peut-il être équivoque? La vérité se rnanifeste par tous les genres de preuves dont un pareil fait peut être accompagné.

Les enfans de la baronne del'Espérance, qui ont relevé inutilement le prétendu défaut de consentement du . duc Georges, comme père du feu duc de Montbelliard ^ ne feront pas valoir avec plus de succès ce prétendu défaut de consentement^ en considérant le duc Greorges comme souverain , et le prince son fils comme son premier sujet. Ce que l'on vient d^établir sur le silence , et même sur l'approbation du duc Georges, suffirait pour écarter cette considération. D'ailleurs on ne voit point de lois qui aient changé les règles générales, quand, il s'agit dii mariage d'iin prince héritier présomptif d'une souveraineté. On peut sur une matière si sublime, donner une vaste carrière à ses idées; mais"^ toute la pompe» de l'éloquence qui ne sera soutenue par aucune loi ni

f)ar aucun principe, ne répandra qu'un vain éclat dont es coups ne seront j;amais redoutables. Dans les questions d état les principes sont les mêmes : la loi , compagne de la nature j unit et forme les souverains ^ comme elle imprime aux autres hommes le caractère qui convient à leur état.

Qu'on ne nous impute pas cependant de vouloir appliquer ce principe aux héritiers présomptifs de la couronne et aux princes du sang royal : cette matière est d'un ordre si supérieur, qu'il ne nous convient pas même d'en approcher. Eblouis par l'éclat du trône et par l'élévation de tout ce qui lui appartient , ne portons pas nos regards téméraires sur des questions qui l'intéressent ; le silence et le respect est notre unique partage , dès qu'il s'agit du sort de la première couronne de îunivers.

H faut donc écarter de cette cause ce qui s'est passé a l'égard du mariage de Gaston, frèriç de Louis XIII ,

avec la princesse de Lorraine ; il ne faut pas même approfondir les anecdotes d'un événement si remarquable: qu'il sulEse au prince de Montkelliard d'observer qu'aucun parallèle entre la succession à la couronne et la succession aux e'tais de Montbelliard , ne saurait être juste ; il sent trop le long intervalle qui sépare sa maison de celle de nos rois , pour n'être pas offense' luimême qu'on ait ose le compromettre par un exemple si disproportionne'.

Que le droit de succéder à la première monarchie de l'univers ait ses règles et ses usages particuliers , c'est ce que personne ne peut lui envier , le sort du monde entier en dépend : mais que l'on applique ces règles et ces usages à des états d un rang fort inférieur, c'est une présomption dont le^enfans de la baronne de l'Espérance ne se laveront jamais, et dont le prince de Montbelliard se ferait un crime à lui-même.

La critique hasardée par les enfans de la baronne de l'Espérance ne peut donc plus se soutenir , ils sont sans qualité et sans action. Le consentement du père n'était pas nécessaire , il n'a jamais réclamé; au contraire., il a expressément approuvé le mariage de son fils. Que devient après cela une censure téméraire contre laquelle tant de moyens se réunissent ?-

Les enfans de la baronne de l'Espérance ont fait euxmêmes si peu de cas des autres observations qu'ils ont» proposées sur le mariage du feu duc de Montbelliard , qu'on ne s'arrêtera pas à les réfuter. Le défaut de présence du propre curé est un moyen puissant parmi nous , depuis que le concile de Trente en a fait une loi dans l'église , et que nos ordonnances l'ont exigé avec tant de sévérité; mais on n'a jamais entendu paner d'un pareil moyen parmi les protestans. Ne regardant pas le mariage comme un sacrement, il n'y a point de ministre nécessaire parmi eux ; tout ministre est bon pour recevoir la foi des époux, et pour leur donner la bénédiction nuptiale ; c'est une règle constante , et dont ils sont même infiniment jaloux ; non-seulement il n'y a point de loi contraire parmi eux, mais un usage constant autorise cette conduite.

Quant à la publication des bans , non-seulement elle n^a jamais fait en France un moyen d abus pour les mariages des majeurs , mais elle n'est même d'aucune considération parmi les protestans ; souvent elle est absolument omise , sans que jamais on y ait donne' la plus légère attention. Ilnefaudrait pour s'en convaincre que consulter la feuille du registre de Rejouits , dont les enfans de la baronne de l'Espérance rapportent un extrait. On y . voit neuf mariages célébrés , sans qu'aucun fasse mention de publications de bans ; ce n'est qu'une cérémonie étrangère au mariage : simple précaution pour connaître les empéchemens lorsqu'il y en a ; précaution absolument superflue lorsqu'il n'y en a aucun.

On croit donc avoir pleinement dissipé toutes les illusions que les enfans de la baronne de l'Espérance ont imaginées pour altérer la foi du mariage, ou pour en combattre la validité. Le mariage est établi sur le titre constitutif d'un engagement si sacré , sur une foule de monumens qui en confirment la vérité; il a été reconnu par les ennemis même de la duchesse de Montbelliard et de son. fils; il a été suivi d'une possession publique ; rien ne manque à sa forme ; le consentement du père , qu'on ne peut pas proposer comme nécessaire, se trouve

I'ustifié, non-seulement par son silence, mais encore par 'approbation la plus expresse; ce moyen, qui lui aurait été personnel, serait éteint dans sa personne, et n'aurait jamais pu passer ni à son fils ni à ses petits-enfaiis: enfin les autres formalités sont absolument étrangères aux protestans. Il ne reste donc plus de ressource à la calomnie ; et la légitimité du prince de Montbelliard , qui est le seul objet que le roi ait renvoyé en la cour, est établie sur des fondemens inébranlables.

Seconde proposition. — Les enfans de la baronne de l'Espérance sont des bâtards adultérins.

Ce qui reste à établir est une suite nécessaire de la première proposition. Si le leu duc de Montbelliard a été marié dès 1695 avec la demoiselle de Hedwiger, tant qu'elle a vécu , il n'a pu contracter un autre mariage avec la baronne de l'Espérance ; la polygamie n'est pas

plus autorisée parmi les proteslans que parmi les catholiques, c'est une vérité dont on convient de toutes parts. Aussi , les enfans de la baronne de TEspérance , pour se donner une légitimité qui ne peut leur convenir , sont-ils réduits à deux moyens : le premier se tire du divorce de 17145 par lequel ils prétendent que le feu duc de Mbnlbelliard avait recouvré sa liberté ; le second est tiré de la prétendue bonne foi de leur mère. Si on les force dans ces derniers retranchemens , il faut qu'ils abandonnent la chimère de légitimité dont ils veulent encore se décorer dans le public.

Il ne paraît plus nécessaire de combattre le premier moyen tiré du divorce : les enfans de la baronne de l'Espérance avaient paru y mettre quelque confiance dans leurs premiers écrits ; mais ils l'ont abandonné expressément à l'audience: ils y ont reconnu que ce divorce était nul et contraire à toutes les règles ooservées dans la confession d' Ausbourg ; ils s'en sont même fait un prétexte de déclamer contre le consistoire de MontbelUard, qui l'avait approuvé. Ils ne peuvent donc s'en faire un titre pour soutenir le mariage de leur mère.

En effet , les luthériens qui ont admis le divorce , ne l'ont autorisé que dans des cas singuliers , et avec des modifications bien sévères. Le divorce ne peut être permis, selon eux, que dans deux cas, celui de l'adultère, et celui de la désertion malicieuse. Celui qui a trahi la foi de l'union conjugale , soit en se livrant à une autre , soit même en abandonnant la personne à laquelle il était uni, peut être puni par le divorce; mais si les époux ne se trouvent ni dans l'une ni dans l'autre circonstance , les nœuds qui les unissent sont indissolubles. Il est inutile de s'étendre en citations pour établir une vérité si constante; ce sont des principes consacrés parmi les luthériens , et dont jamais un seul auteur ne s'est écarté. Un autre principe qui n'est pas moins constant parmi eux, est que si l'un des conjoints a donné lieu au divorce, l'autre peut bien se dégager et acquérir la liberté de se marier, mais le coupable demeure dans les liens d'une interdiction absolue ; autrement , celui qui voudrait ac-

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