PREMIÈRE PARTIE. 3o
coui se s^ak-il prête à confirmer une impost are sîodieuse. Que la critique la plus outrée exerce ses talens sur un mariage si solennellement ëtabli , elle viendra toujours échouer contre cette foule de monumens qui se portent un secours mutuel : tant de voix qui s'élèvent en faveur du mariage , forceront toujours Fincrédulité de se rendre. Ou il n'y a rien de certain parmi les hommes y ou il faut se soumettre à une vérité si constante.
Une seule réflexion suffirait pour désarmer les barons de l'Espérance. En quel temps la fable du mariage a* t-elle été imaginée par le feu duc de Montbelliard ? Est-ce avant , est-ce depuis son mariage avec la baronne de l'Espérance? Si Ion dit que c'est avant ce mariage, on est bientôt confondu ; car le duc de Montbelliard , maître d'épouser Anne-Sabine de Hedwiger, n'aurait pas eu isecours à l'imposture pour lui donner un -état quand il pouvait le faire sans aucun obstacle par la voie de la vérité : on n'est point gratuitement imposteur. Si l'on dit que c'est depuis, on ne touche pas à un écueïlmoin^ funeste : car comment pourrait-on concevoir que le duc
quu la comblait de ses laveurs jusqu'à partage elle son rang et sa souveraineté , se fut porté à lui faire le plus cruel affront, en supposant un pramiermariage, qui pouvait ébranler l'état de la baronne de l'Espérance , et qui réduisait ses enfans à ne tenir que le second rang dans la maison de Montbelliard ? Et pour qui encore se serait - il porté à ces excès d'injustice ? Pour une maîtresse quLon dit aw>ir été abandonnée depuis près de vingt ans. Le système des barons de l'Espérance est un tissu d'égai^mens qui révolte, et qui ne peut exciter qu'une juste indignation , quand on en discute toutes les parties. Cependant avec quel air de confiance n'annoncent-41s pas leur chimère ? Mais pour lui donner plus de poids , les .déclamations les plus indécentes , et les suppositions les plus hardies ne leur coûtent rien. Confondons également et leurs impostures et leurs raisonnemeub.
XI n'y a point d'excès auxquels ils ne se soient portes
3io OEUVRES DE cocirm.
pour décrier Ânne-Sabine de Hed wiger . Sa mère , dit-on, était confiturière de la cour d'Oëls , le seul emploi de la fille était d^étre iêmnie de chambre de la duchesse d'Oëls; elle étak nnie par les liens du sang à des per-sonnes de la lie du peuple. Mais on demande d'abord à nos adversaires dans quelle source ils ont puisé ces trait» d'infamie qu'ils débitent avec tant de présomption? L'unique garant qu'ils citent est le mémoire du duc de Wirtemberg à la cour de Vienne. Mais ils auraient du être les premiers à rejeter l'autorité d'un écrivain passionné, qui s'est emporté avec autant de fureur contre la naissance de la baronne de TEspérance leur mère, que contre l'état d' Anne-Sabine de Hedwiger; il ne Êiit pas plus d'honneur à l'une qu'à l'antre, il rapporte des pièces du même poids pour les décrier toutes les deux. Voudraient-ils qu'on jugeât du rang dans lequel leur mère est née par les traits de ce liiémoire? Uiie juste indignation les transporterait si on osait en faire usage contre e\i%. Pourquoi osent41s en «faire usage contre le prince de Montbelliard ? Dans cet objet ils devraient se réunir avec nous pour obtenir une réparation propor-» donnée à l'insulte ; et ils ont la bassesse d'adopter un ottvrage qui n'est pour eux qu'un titre d'opprobres. Le supplément de Moréri qu'ils osent encore pi:oposer , n'est que le copiste fidèle du mémoire du duc de Wirtemberg , l'auteur en est convenu de bonne foi ; il tombe donc par les mêmes coups qui sont portés à ce mémoire ,^ ouvrage de passion, qui se décrie par ses propres fiireurs. Mais pour achever de les confondre l'un et l'autre, il suffit de leur opposer des monumens respectables, auxquels le public ne potura refuser sa confiance. L'empereur Léopold accorda , le 2 août 1 70 1 , à la famille de Hedwiger des lettres patentes , par lesquelles les mâles et les femelles de cette famille furent élef es à la dignité de comtes et comtesses de l'Empire. « H y «déclare qu'ils descendent de la noble et ancienne fa- > mille de Hedwiger, qui depuis plusieurs siècles a ré- »sidé dans le duché de Silésie; Qtie leurs ancêtres o»* ))passé leur vie avec honneur dans les rV>A*^es, tant 3) civiles que militaires; que sans épargner iettrs biens ni
pubmièke partie. 3i-f
»leur sang, ils les ont sacrifies pour le bien public
»qu-ils ont tâche de procurer par leurs conseils et leurs
»actiQns : BialthaBara de Hedwiger ayant été favorisé
»des grâces singulières de l'empereur Maximilien II,
»qui à cause de ses actions héroïques et du courage
» intrépide qu'il fit, paraître en Hongrie contre le Turc,
» particulièrement iorsqu'ayant passé le Danube à la
nnage pour reconnaître l'ennemi, il lui causa une perte
» considérable , pour témoignage de sa valeur et du bon
»servdce>(m'il avait rendu, fit insérer dans ses armes
»une demi-lune et un poisson nageant dans la rivière.
» Charles de Hedwiger, leur bisaïeul, ayant servi jus-
»qu!à samort avec honneur feu le duc Henri de Lignitz^
»en. qualité de conseiller intime; et Christophe de
» Hedwiger leur aïeul, de la même manière, et en la
»niéme qualité, le duc Jean-Christian de Lignilz; et
»leur père Jean-Georges de Hedwiger s'étant égale-
})meat ii^ndu^ rçcommandable à noure service dans les
» troupes, à Kaïservaldan et Prausdorf , et ayant fini sa vie
»par une mort prématurée , en qualité de capitaine dans
))ie régiment du, général Thim. »
Des témoignages si honorables dans un titre émané de l'empereur, n imposeront-ils pas silence à la calom-** nie ? La demoiselle de Hedwiger est sortie d'une famille noblq et ancienne; les services de ses ancêtres sont con-^ nus dans l'Empire, et ont mérité depuis plusieurs siècles des distinctions honorables à cette famille ;^ son père est mort jeune , étant déjà capitaine dans un régiment impérial.. Sa mère était de l'ulustre maison de Pogrel (l) ; tousJes hvres généalogiques en parlent avec la distinction qui lui convient, et c'estavecla même distinction que la mère de la demoiselle de Hedwiger avait toujours été regardée à la cour de la duchesse d'Oëls, où elle a exercé la charge de surintendante de la inaison^ de cette souveraine.
On ne peut donc dégrader la demoiselle de Hedwiger du côté cle sa naissance , sans trahir la bonne foi et la,
{}) ^ Schlescen, i P. pag. a33. Jac. Schiefuo, l. nue. ». pag. P- Tîic. Fol: a) Henucx. ftlL^^. pag. iaa Hiiliii«f«a Dpmané^t foMtqufitf T. H. pag. 56o.
3l2 œUVRES DE COCHIN*
vérilë. Aussi la duchesse d'Oëls l'a-t-elle toujours traiiëc avec distinciion. Nous raj^orterons deux lettres qu elle lui a écrites avant son iharis^ge , dont l'adresse est a mOf demoiselle (k^Hedwiger , notre demoiselle d'honneur. Ce n'est point une traduction hasardée que nous rapportons, ce sont les termes des lettres écrites de sa propre maili dont Tadresse est en français; ces lettres ne sont pas suspectes, elles sont écrites avant le mariage. Que deviennent donc après cela ces idées forgées par la calomnie, que la mère était confiturière^ et la nfle femme de chambre de la duchesse d^Oëls? Ne rougira-* t-on pas d'avoir débité des fables si grossières?
Après avoir vengé Anne*Sabîne des reproches qui lui sont faits dii coté de la naissance, il faut revenir àTacte de célébration de son mariage, et parcourir tontes les critiques que l'on a imaginées pour le décrier. On prétend qu'Anne-Sabinedenedwigerne pouvait pas épouser le duc de Montbelliard au mois de juin 1 695 , parce [u'il y avait des promesses de mariage entre le sieur le Zeidlitz et elle, et que parmi les protestans ces promesses seules ôtent aux parties la linerté de contracter un autre engagement. Mais il y a deux réponses également solides à cette objection : la première est que du propre aveu des barons de l'Espérance , le sieur de Zeidlitz refusait d'exécuter ses promesses , et qu'il l'avait déclaré au consistoire de Bre»au : or la demoiselle de Hedwiger en épousant le duc de Montbelliard acquiesçait au refus du sieur de Zeidlitz ; les parties se trouvaient donc d'accord de se rendre une mutuelle liberté. II n'en est pas des simples promesses comme du mariage même; pour le mariage même, quand il est une fois célébré, le seul consentement réciproque des parties ne suffit pas pour rompre des nœuds qui les unissent , il faut un divorce en i'orme prononcé par un tribunal compétent; pour les simples promesses , il suffit que les parties y renoncent de part et d'autre , ces promesses ne leur donnent qu'une action; mais quand tous deux renoncent à cette action, les promesses s'évanouissent, et sans ancini jugement elles sont libres de prendr«> ^'autres èngagemens.