‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 3)Chapitre 113 sur 196 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Fuchs ; mais cette expression ne désigne pas une tierce personne, quand c'est le ministre Fuchs c|ui signe luimême, et qu'il a dit au-dessus^ je soussigné y certifie et atteste par ces lignes ^ etc. On est fâche' d'entrer dans la discussion de pareilles équivoques, capables d'avilir la cause la plus célèbre.

Cependant voilà ces redoutables critiques à la faveur desquelles on veut détruire le mariage d'un prince souverain , ébranler l'état de ses enfans , et décider du sort d'une des plus illustres maisons de l'Europe. L'acte de célébration est rapporté en bonne forme , les registres publics en contiennent une mention expresse ; n'iûiporte, les barons de l'Espérance ne veulent point en croire les actes les plus authentiques : plutôt que de se rendre , ils feront le procès à toute la terre; le ministre sera un prévaricateur, son successeur un faussaire, leur père un imposteur; bientôt nous leur entendrons dire que les témoins sont corrompus, que les historiens sont dévoués^ queles actes les plus solennels sontantidatés; en un mot, il faut que toute la terre soit couverte de crimes pour parvenir à la conquête de l'état auquel ils aspirent: que leur triomphe serait funeste, s'il en devait coûter a tant de personnes et leur honneur et leur innocence!

On a^ eu une extrême attention à ne négliger aucunes des critiques par. lesquelles les barons de l'Espérance ont voulu diminuer la foi de l'acte de célébration de mariage , parce que c'est là le fondement sur lequel porte toute la cause. On passera plus rapidement sur les observations qu'ils proposent contre les autres preuves; celles qui sont tirées de l'histoire les blessent infiniment. Peut-on établir un mariage par Vhistoire ? Non , sans doute , si cette preuve était la seule ; mais quand elle se joint à des titres authentiques , elle produit deux effets également importans : le premier, qu'elle confirme la preuve du mariage ; le second, qu'elle en établit la notoriété publique , ce qui est infiniment décisif dans ces matières.

Hubnersy dit-on, est un homme li^>réà la comtesse deSponeck; il entreprend de réfuter les maus^ais bruits qui avaient été répandus sur sa naissance , il se prér

sente pour la défendre , et dès lors voilà un auteur qui a prêté sa plume à la comtesse de Sponeck. On pourrait rëpondre d'abord que dans la première édition de son ouvrage, qui est de 1712, il nV a pas un seul mot sur la naissance d'Anne-Sabine de Hedwiger; il se contente de dire simplement qu'elle est fille d'un conseiller d'Olau : le reproche s'e'vanouit donô à Pégard de cette première édition, qui, comme la pltA ancienne, est la plus importante. Mais dans quelle source a-t-on donc puisé cette maxime, qu'un historien qui rend compte du mariage d'un prince souverain, doive perdre toute confiance , parce qu'il dit que celle qu'il a épousée est d'une noblesse ancienne ? La justice qu'il lui rend sur sa naissance , le rend-elle suspect dans ce qu'il dit sur son mariage? A l'avenir, pour se ménager une réputation de sincérité , il faudra donc déchirer dans l'histoire ceuy dont on exposera l'état ? Au fond que peut-on reprocher à Hubners ? Il a rendu compte de l'ancienne noblesse de la famille de Hedwiger; mais l'empereur l'avait bien fait lui-même dans les lettres de 1 70 1 . Un auteur est-il coupable quand il parle sur la foi d'un monument si respectable ?

Mais il dit en 1716^ en parlant du duc de Montbelliardy que sa première épouse , qui wt encore , est jinne-Sabine de Hedwiger ; il ne pouvait parler ainsi que depuis que le duc de Montbelliard avait épouse une seconde femme : c^ est donc une addition faite depuis 1718^ par le secours d'un carton. Voilà toujours la ressource des barons de l'Espérance : un auteur leur déplaît , aussitôt son ouvrage est altéré. Mais on leur demande si deux ans après qu'un ouvrage U été répandu, et qu'il est entre les mains de tout le monde, on s'avise d'y mettre des cartons? Cela se pratique quelquefois dans les premiers momens de l'impression , et avant qu'un ouvrage ait vu le jour : mais deux ans après

3u'il est répandu , cela est impossible ; parce qu'il fau-' rait ou faire rapporter tous 1^ exemplaires qui sont dispersés , ou afficher, pour ainsi dire , l'imposture , en ajoutant dans-un petit nombre d'exemplaires ce qui serait contredit par tous les autres.

rUEMIÈRE PARTIE. SsS

Au surplus, quel est le prétexte de cette diffamation? L'auteur, en parlant du duc de Montbelliard , dit que sa première épouse , qui mt encore , est Anne'Sabine de Hedwiger. On voit bien pourquoi il s'exprime ainsi, c'est, que dans cette même édition il parle du divorce de 17 i4î la*t entre le duc de Montbelliard et Anne-Sabine de Hedwiger. Il l'appelle donc sa première e'pouse , parce qu'elle Pavait été' et qu'elle ne l'était plus , parce que le rfuc de Montbelliard pouvait se remarier à tout moment, et que dans le temps que l'auteur écrivait à Hambourg , ce prince aurait pu prendre une seconde femme à Montbelliard ; c'est donc une misère que d'in» sister sur une pareille réflexion.

Pour opposer l'histoire à l'histoire, les barons de l'Espérance nous citent une brochure imprimée en 1707, dans laquelle il est dit que le prince de Montbelliard n'est pas encore marié; mais l'ignorance d'un particulier ne peut faire aucune impression , q,uand la notoriété publique s'élève pour publier le fait dont il n'est point instruit : c'est aux lumières des uns et non à l'igno* rance des autres qu'il faut déierer.

Les crijiiques des barons de l'Espérance contre la preuve testimoniale ne sont pas plus solides; ils conviennent que les enquêtes à mlur sont reçues à Montbelliard et en Pologne , mais ils soutiennent qu'on est toujours en droit d examiner si la preuve par témoins est admissible; et ils ajoutent que dans l'espèce particulière elle ne peut être admise, soit parce qu'on ne prouve point un mariage par témoins , soit parce qu'on n'en détruit pas un autre par une pareille preuve. Mais ces deux argumens sont également frivoles, i** On ne prétend pçts prouver par témoins le mariage de 1 695 , quoique les protestans se contentent de ce genre de preuve; on prétend seulement confirmer par la preuve testimoniale celle qui résulte déjà et du registre et de l'acte de célébration délivré au duc de Montbelliard et à la demoiselle de Hedwiger : pourrait-on refuser une pareille preuve, quand elle ne fait que seconder celle qui résulte déjà des titres les plus déciisifs? 2° On ne prétend pas non plus combattre par la preuve testimoniale

32S OEUVRES DE COCTIIN.

octobre 1714- Q^c veut-on donc de plus pour sa manifestation? Fallait-il le faire publier à son de trompe dans les états de Montbelliardr Rien ne manmie à sa publigité. Que trouve-t-on de plus en 1720? jLes ministres du consistoire le confirment de nouveau , il est rappelé dans l'assignat du douaire; pourquoi donc les barons de l'Espérance lui donnent-ils pour époque l'année 1720? Serait-ce parce qu'ils ne reconnaissent pour vérité que ce qui convient à leur système?

Le divorce y dit-on, ne prouve pas le mariage^ il n'en forme que la présomption ^ ilny a point de rruzi' tresse qui ne pût obtenir un pareil brevet d'un prince protestant Voilà tout ce que l'on pourrait hasarder si effectivement l'acte de divorce était une pièce isolée; il formerait même en ce cas une présomption, les barons de l'Espérance en conviennent : mais quand il se joint à des titres aussi puissans que ceux qui établissent le mariage, ne se convertira-t-il pas en démonstration, ne dissipera-t-il pas tous les doutes, ne confondra-l*il pas les subtilités et les équivoques ? Le conseil des barons de l'Espérance a eu bien de la peine à retenir un pareil aveu dont on sent qu'il est entièrement pénétré. H ne reste plus qu'à le suivre dans ses réflexions sur le traité de Wilbade et sur les reconnaissances.

• Pour le traité de Wilbade , on dit au'il y a de la témérité de la part du prince de Montbelliard à s'en faire un moyen ; il y est confondu avec les enfans naturels , il y est déclaré incapable de succéder, et exposé à manquer d'alimens. Il est vrai qu'on y dit que le duc de Montbelliard n'avait pas contracté de mariage licite ; mais quand cela s'appliquerait au mariage de Rejouits , il faudrait en conclure que ce mariage a été reconnu licite : d'ailleurs cette expression peut s'appliquer à la baronne de l'Espérance , à qui le duc de Montbelliard avait donné des promesses de mariage. Toutes ces réflexions tombent par un seul mot. Le duc de Wirtemberg-Stutgard et le duc de Montbelliard reconnaissent expressément que le duc de Montbelliard a été marié : non-seulement il est répété plusieurs lois que le duc de Montbelliard n'a point contracté de mariage convenable à la dignité de sa mai-

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