‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 3)Chapitre 115 sur 196 · PREMIÈRE PARTIE. 33l · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. 33l

16 en prince hérëditaire. Anne-Sabine de Hedwiger , depuis son prétendu mariage en 1695, a pris en la même annëe la qualité de fille dans une sentence de Breslau. Si elle a suivi le prince de Montbelliard dans les ëtats de son père, c'est pour venir demeurer à Héricourt, et ensuite dans une maison écartée que le prince lui avait achetée. Elle ne se présente point au château tant que vit le duc Georges. En 1701 elle fait un échange avec son hrère , elle n y prend que la qualité de damoiselle de Hedwiger; les lettres-patentes du duc de Montbelliard ^ confirmatives de cet échange , ne lui donnent point d'autre qualité , non plus que les lettrespatentes de la même année par lesquelles l'empereur la créée comtesse de FEinpire. Un de ses enfans mort en 1 709 n'est enterré que conmae comte de Sponeck. Depuis le divorce de 1714? ses qualités ne ctian^ent point. Dans le traité de Wilbade le prince de Monmelliard reconnaît que les en&ns qu'il a eus de la comtesse de Sponeck sontincapables de succéder. Enfinlefilsd' Anne- Sabine est marié en 17 19 avec la demoiselle de Sanderleben , et on ne lui donne^que là qualité d'illustre seigneur comte de Sponeck. Il est vrai que tout a changé depuis 1719, que la mère a été traitée en femme répudiée et en princesse , et le fils en prince héréditaire ; mais pour opposer la reconnaissance du père , il faut qu'elle ait été continuée et qu'elle se soit soutenue dans tous les temps sur le même pied.

Tel est en abrégé tout ce que les barons de l'Espérance ont cru pouvoir alléguer de plus fort pour attaquer la possession d'état ; mais pour dissiper l'illusion qu'ils se flattent de répandre, il faut distinguer deux objets qu'ils pourraient se proposer dans cette discussion de la possession d'état. Veulent-ils persuader qu'il n'y a point eu de mariage, et que le prince de Montbelliard n'est point légitime ? V eulent-ils seulement en conclure que le mariage a été clandestin , et ne produit point d'efiets civils ? Dans l'un et dans l'autre objet leiir raisonnement serait également faux.

Premièrement , si le mariage est prouvé par des litres incontestables , comme on l'a démontré ; quelque

qualité que la fenuxie ait prise depuis , ou qu^on lui ait donnée, le mariage n'en subsistera pas moins. Un mariage secret , clandestin , caché jusqu'à la mort d'un des deux époux , n'en est pas moins un mariage valable, et ne rend pas moins légitimes les enfans qui lui doivent le joiu* : la seule peine que la loi prononce en ce cas parmi nous, est la privation des effets civils , c'est-à-dire , que les ^Eifims ne peuvent succéder ; au sorpltts ils conservent tous les honneurs dus à leur rang, les noms et armes de leur maison, leur état. Ainsi tout ce que l'on étale sur la possession d'état est sans objet, s il ne s'agit que de la validité du mariage et de la légitimité des enfans.

Secondement, si on veut seulement prouver que le mariage a été clandestin, et ne peut produire des effets civils, la conséquence ne sera pas plus juste, parce que cette peine, n'est attachée qu'aux mariages qui ont été tenus secrets jusqu'à la mort ; mais si un mariage que l'on a tenu caché pendant vingt et trente années, est déclaré pendant la vie des deux conjoints, il n'y a plus ni clandestinité ni aucune peine prononcée contre les en fans. Or le mariage du prince de Montbelliard avec la demoiselle de Hedwiger a été rendu public , de l'aveu des barons de l'Espérance , au moins quatre ans avant la mort du duc de Montbelliard : il ne serait donc exposé à aucun reproche de clandestinité.

Ainsi quand on passerait aux barons de l'Espérance tout ce qu'ils débitent sur le prétendu défaut de possession d'état, cette circonstance ne porterait aucun coup à la validité du mariage, et n'empêcherait aucun de s«s effets. Voilà donc bien des recherches perdues et des réflexions inutiles. Mais il y a trop d équivoque dans tout ce qu'ils avancent pour ne le pas relever. Vous n'avez point de possession d état avant IV^QT, disent-ils, et celle que vous avez eue depuis est inutile. On soutient au contraire qu'il y a en faveur du prince de Montbelliard une possession constante avant 17 19, et que celle que l'on reconnaît depuis 17 19 suffirait seule.

On dit d'abord qu'il y a une possession d'état avant 1719. Il est vrai que le prince de Montbelliard ni la

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