PREMIÈRE PARTIE
princesse sa mère ne jouissaient pas des honneurs dus à leur rang; maïs la possession d'ëtat ne peut-elle pas subsister sans cela ? Voilà où est la question. Si le mariage de la mère était connu, s'il était public 9 il y a une possession d'ëtat qu'on ne peut contester, parce que la possession ne consiste que dans la notoriété publique de notre état : or le mariage de la demoiselle de Hedwiger n'était ignoré de personne } elle est venue à MontbeUiard avec le prince son époux, elle demeurait dans le château, elle mangea^jt à la table du duc Georges son beau-père; ce sont des laits publics, à la preuve desquels on se soumettrait si la cause dépendait de ce seid objet. Le duc Greorges la reconnaissait pour sa bru , comme le sieur Beurlin l'a déposé; c'est ce qui l'empêcha d'écouter les propositions qu'on lui fit pour marier son fils à la princesse de Bade-Dourlach. £n effet, sans l'obstacle du mariage avec la damoiselle de Hedwiger, le duc Georges rétabli dans ses états aurait-il diffère de marier le prince héréditaire, l'unique espoir de sa maison ? Se serait-il privé d'une satisfaction si douce pour im père avancé en âge? Cette seule circonstance ëtablR la certitude du mariage et la preuve que le duc Georges en était parfaitement instruit.
Si 16 mariage n'avait pas été publiquement connu ^ comment Hubners l'aurait-il publié dans un ouvrage imprimé à Hambourg en 17 12 r Comment F Allemagne fie se serait-elle pas élevée contre une supposition si grossière? Comment n'aurait-elle pas excité une espèce de soulèvement et de trouble à la cour et dans les étatii de Montbelliard ? Ce mariage a-t-il pu être ignoré jusqu'en 17199 quand le duc de Montbelliard le reconnaît par le divorce de 17 14? quand ses ministres, quand son consistoire signent un acte si important? Etait-il ignoré à la cour du duc de Wirtemberg-Stutgard, quand on se contente dans le traité de Wilbade d^en relever l'inégalité et la disproportion? C'est donc une illusion de nous donner ce mariage pour un mystère impénétrable jusqu'en 17 19 : on voit au contraire qu'il a été connu dans tous les temps.
1 Mais la mère et les enfans ne jouissaient pas des bon-
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neurs dus à leur rang, ils ne portaient que les titres de comtes et de comtesse de Sponeck. Cela peut être : mais outre qu'onne peut leur en faire aucun reproche, puisque la volonté du duc de Montbelliard souverain dans ses états était pour eux une loi absolue; c'est que d'ailleurs la publicité du mariage, et par conséquent de leur état, n'était pas incompatinle avec cette exclusion des honneurs qui leur étaient dus. Des raisons de politique pouvaient retenir le prince de Montbelliard ; mais elles ne {)ouvaient ni donner atteinte à l'état de la mbce et de 'enfant, ni les priver des avantages que la notoriété publiquti leur assurait.
il ne faut point insister sur quelques actes dans lesquels la mère n'a pris que la qualité de fille , et ensuite de comtesse de Sponeck; ces mêmes qualités se trouvent dans des actes où le mariage est expressément recoimu. Ainsi dans le traité de divorce , où l'on ne peut pas dou*» ter que le duc de Montbelliard n'ait traité Ânne-Sabine de Hedwiger comme sa femme , elle n'est cependant ap-
{)elée que comtesse de Sponeck. Il en est de même dans etraitédeWilbade, où le mariage est plusieurs fois reconnu. Mais ce qui est encore plus décisif, ce sont les lettres de naturahté dont on a parlé ci-dessus , et l'acte de célébration du mariage de la comtesse de Coligny de 1719. Elle est mariée comme princesse de MontDelliard , on lui donne le titre d'altesse sérénissime, ainsi on la traite en fille légitime du duc de Montbelliard; cependantquandon parledesespèreet mère, on dit qu'elle est fille de son altesse sérénissime le duc de Montbelliard et de la comtesse de Sponeck. Qnne peut trop fixer son attention sur un acte si important : l'état de la mère et de l'enfant n'était pas équivoque , le duc de Montbelliard marie l'unex^omme la princesse sa fUle , et ne donne à l'autre qu'il reconnut pour sa femme que le titre de conitesse de Sponeck. Que conclure de cela? sinon que, soit caprice, soit autre motif particulier, la femme légitime du souverain, dans le temps même qu'elle est reconnue pour femme légitime , porte souvent le seul titre des dignités qui lui sont personnelles.
La mère des barons de ^spérance nous en fournira