‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 3)Chapitre 117 sur 196 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

elle-même un exemple remarquable. Elle fut mariée au mois d'août 1718, on annonce son mariage comme revêtu de la solennité la plus célèbre , comme suivi de tous les honneurs dus à son rang ; cependant au mois de septembre suivant, elle fut marraine de l'enfant d'un particulier de Montbelliard ; mais quelle qualité lui donne-t-on dans le registre public ? Illustre dame Eli'* sabeth^ Charlotte baronne de l' Espérance : on ne

Earle ni d'altesse sérénissime , ni de duchesse de Montelliard, ni d'épouse du prince régnant; on l'appelle baronne de l'Espérance, comme on appelait la première femme comtesse de Sponeck. On ne peut donc tirer au-* cune induction de cette dénomination.

En effet , supposons un mari qui passe un acte avec sa femme , dans lequel il lui donne expressément la qua** lité de son épouse légitime , sans lui faire prendre d'autre nom que celui de la famille même dans laquelle elle a pris naissance : dira-uon que cette femme n'a aucune possession de son état de femme , qu'elle n^est traitée que comme concubine , et que ses enfans ne peuvent aspirer aux honneurs de la légitimité ? il n'y a personne

ui ne se révolte contre l'absurdité de cette conséquence.

es noms, les qualités ne peuvent être tout au plus qu'un signe , qu'une indication de l'état ; mais si la qualité de femme est reconnue , si ce qu'il y a de réel dans l'état est bien établi , cette réalité subsiste ; le signe et la dénomination qu'on emploie deviennent absolument indifférens. Or, le duc de Montbelliard a traité Anne-Sabine de Hedwiger comme sa femme légitime dans le traité de divorce de 1 7 1 4 ; il y reconnaît son mariage avec elle de la manière la plus expresse. Qu'importe après cela qu'il Fait qualifiée duchesse de Montbelliard ou comtesse de Sponeck ? Elle n'en estjpas moins en possession de son état de lèmme légitime. Dans le traité de Wilbade, le mariage est reconnu; dans le mariage de la comtesse de Coligny, la mère est reconnue pour femme et la fille pour princesse. Qu'importe après cela, on ne peut trop le répéter, que Ton ait donné à la mère le titre de comtesse de Sponeck ? La possession publique de l'état de femme légitime subsiste, même avec ce titre étranger.

Que Ton juge après cela si la distiaciion qui a été proposée par le prince de Monibelliard entre la possession d état de temme et la possession des honneurs de la souverainelë, n'est qu'une subtilité', comme les barons de rEspérance veulent le taire entendre. Elle est établie par le texte même des actes les plus solennels : les mêmes actes traitent la mère du prince de Montbelliard d'épouse légitime du feu duc de Montbelliard , et ne lui donnent pas cependant les titres de la dignité de son mari. Il ne faut pas les diviser : îl ne faut pas dire, elle n'est point qualifiée duchesse de Montbelliard, donc elle n'est point reconnue pour femme légitime ; comme il ne faut pas dire , elle est reconnue

S OUI* femme légitime , donc elle est traitée de duchesse e Montbelliard : il faut conserver la vérité telle qu'elle est établie par les actes mêmes; il faut convenir quelle est traitée publiquement comme femme, et que cependant elle n en a pas les honneurs. Concluons donc qu'avant 1719 la mère était en possession publique de son état de femme légitime, et qu'il n'y avait que la possession publique des honneurs qui lui manquât. Mais si un mari, et à plus forte raison un souverain, reconnaît publiquement son mariage , et que cependant il refuse les titres et les honneurs de sa dignité à celle qu'il reconnait pour sa femme , en est-elle moins en possession de son état? C'est ce que personne ne peut penser.

Ce que l'on vient de dire décide pour le fils comme pour la mère , leur possession étant indivisible : il ne reste à son égard quà répondre a quelques traits par lesquels on a voulu le dinamer, soit dans la personne de la princesse sa femme, soit dans sa propre personne. Dans un des mémoires imprimés qui ont paru pour les barons de l'Espérance, on s'est tait un point capital <l'insinuer que la princesse de MontbelHard était fille du duc de Montbelliard et de la dame de Sanderleben; que le sieur de Sanderleben avait bien voulu passer pour son père , mais que ce n'était qu'une fiction. Quoique sa mère, dit-on, n'eût jamais eu d'autre nom ni d'autre qualité que celui ae baronne de CEs^

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