PREMIÈRE PARTIE, 34l
il n'aurait que la possession publique depuis 17 19 qui est reconnue parles barons de l'Espérance eux-mêmes , elle serait suffisante. Un mariage peut être caché pendant un grand nombre d'années, la femme, lesenfans peuvent n'avoir aucune possession d'état; mais si le mari prend enfin le parti de rendre justice et aux uns et aux autres, et que long -temps avant sa mort ou ayant la mort âe sa femme il déclare solennellement son marfage, qu'il rende aux uns et aux autres les titres, les honneurs qui leur conviennent , que par-là il les mette en possession publique de leur état : alors tous tes avantages de la possession d'état leur sont acquis , et après la mort de leur père on ne peut en contester les efiets.
C'est ce qui serait arrivé au prince de Montbelliard quand il ne remonterait point avant 1719. Sa mère a été traitée publiquement comme duchesse de Montbelliard , et lui comme prince héréditaire ; son père lui a donné cette qualité dans un grand nombre d'actes importans; dès 1719 il a obtenu du roi des lettres de uaturalité pour le prince de Montbelliard : comme son fils légitime et prince de Montbelliard, il lui a donné en 1720 une procuration pour aller en Pologne, et un passe-port sous l^es titres de fils et de prince héréditaire; il l'a fait recommander aux prières publiques dans les églises; il lui a fait rendre tous les hommages par ses peuples; les princes et princesses de la branche d'Oëls ont tenu ses enfans sur les fonts de baptême , et lui ont écrit un grand nombre de lettres , ainsi qu'à la princesse son épouse , sous les titres d'altesse sérénissime ; enfin à la mort de son père il est entré en possession de la souveraineté, et a reçu de ses sujets le serment de fidélité : voilà donc en sa faveur la possession la plus pubUque et la plus constante. Dans cette situation , le principe des barons de l'Espérance décide en faveur du prince de MontbeUiarcf : tout se présume en faveur de celui qui est en possession d^un état qu'on lui conteste , il n'a pas besom de s'armer de titres .et de preuves ; mais le prince de Montbelliard n'était-il pas en possession de tous les droits
u'on lui conteste, avant que la tempête se fat formée ?
a possession seule lui suffisait donc contre les efforts de ses ennemis.
En ])ossession de Ve'tat de fils légitime , de la qualité de prince héréditaire , de la souveraineté même , reconnu par son père et par toute sa maison, respecté par des peuples soumia et tranquilles , on vient lui demander qui il est? Qu'a-t-il à répondre à une demande si téméraire , sinon que pour le connaître , on n'a qu'à le considérer avec tout Féclat qui l'environne , que son
1)ère, que sa maison, que ses peuples répondent pour ui, que ce n'est point à lui à descendre de son rang pour en faire la conquête , que c'est à ceux qui l'attaquent à rapporter des preuves qui les détruisent? Tel est en général l'effet de Li possession , tel est en particulier l'avantage que le prince de Montbelliard doit recueillir de la sienne.
Mais y nous dit-on , cette possession n'a pas toujours été la même , vous avez vécu longtemps dans l'obscurité y et r éclat dont vous avez été revêtu , n'est que l'effet des intrigues de votre nouvelle épouse.
On croit avoir établi qu'avant 1 7 19 la mère et le fils étaient en possession de leur état, quoique les honneurs publics n'y tussent point attachés; mais quand on sup-
{)oserait que le mariage aurait été caché, que l'état ae a mère et du fils n'aurait point été connu , la reconnaissance publique qui aurait suivi n'en serait pas moins décisive ; autrement il fendrait dire que les mariages cachés pendant un temps, mais que la possession publique a manifestés depuis , ne pourraient jamais former un état pour les enians. Ce qui résiste aux notions les plus communes.
Attribuer cette possession publique aux intrigues de la princesse héréditaire, lui donner un crédit sans bornes a la cour de Montbelliard, c'est placer ses'suppositions dans des circonstances bien peu propres à les faire adopter. A-t-on donc oublié que c'était la baronne de l'Espérance qui dominait alors avec tout l'empire qu'elle avait su se ménager ; qu'elle était la maîtresse absolue du cœur du prince régnant, et qu'elle disposait de ses vo-