‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 3)Chapitre 120 sur 196 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

lontes aussi bien que de sa puissance? C'est dans ce temps où elle ëtait parvenue au comble delafaveur et de Fautorite' , aue le duc de Montbelliard n'a pas cru pouvoir trahir la nature, la religion, la vérité, qui parlaient en faveur du prince son fils. Asservi sous le joug de la baronne de l'Espérance, n'ayant de goût, d'attachement que pour elle , lui ayant sacrifié une femme dont l'union lui avait été si chère , c'est' dans ce moment qu'il tourne les yeux vers l'enfant de son premier mariage , aue la nature le force de se rendre , et qu'elle obtient de lui des démarches qu'il ne pouvait ^différer sans péril. Les circonstances du temps ajoutent donc un nouvel éclat au triomphe du prince de Montbelliard. Dans une cause moins importante on n'aurait point été obligé de rassembler tant de preuves et de réflexions ; mais quand il s'agit de l'état, et de l'état d'un souverain, rien ne doit être négligé; tout concourt heureusement

f)Our sa défense. On lui conteste sa qualité d'enfant égitime : cette question ne dépend que du seul point, qui est de savoir si Léopold^Eberaru, duc de fVirtem' oerg'Montbelliard a épousé Arme-Sabine de Hedwigersa mère; mais quel est l'homme en qui on reconnaisse encore un fonds de droiture, qui puisse se défendre d'une vérité si sensible? Un registre public, un acte de célébration en bonne forme, nous déclarent que Léopold- Eberard avec les lettres initiales de duc de IVirtemberg^MorUbelliard y et Arme-Sabine avec les lettres initiales de Kedwiger, ont reçu en face d'église la bénédiction nuptiale. Les témoins présens au mariage attestent dans une enquête juridique , que c'est le même Léopold-Eberard , duc de Wirtemberg-Montbelliard , et Anne-Sabine de Hedwiger qui ont été mariés. L'histoire le publie dès l'an 1712, sans que personne, ni en Allemagne , ni dans la maison de Wirtemberg , ni dans les états de Montbelliard , se soit soulevé contre un fait si éclatant. Léopold-Eberard , duc de Wirtemberg-Montbelliard , fait un divorce en 1 714 avec Anne- Sabine de Hedwiger. On lui fait reconnaître , en 1716, que son mariage n'est pas conforme au rang de la maison de Wirtemberg ; et sur ce seul prétexte , on veut

exclure ses enfans de sa çuçcession. Alarme cependant des droits inviolables du fils , le duc de Wiriemberg- Stutgard exige de lui une ratification du traite , et un serment corporel de l'exécuter. Le père rëpare cette injustice , en 1719 , en pre'sentant son fils à toute l'Europe comme son successeur. Il lui fait rendre tous les honneurs dus au prince héréditaire. Ce fils enfin succède tranquillement à la souveraineté de son père. Quand on réunit tous ces objets , il n'y a point d'esprit assez aveugle , de cœur assez prévenu , pour hésiter sur une vérité si palpable. L intérêt , l'ambition , la

Eolitique peuvent s'armer contre le prince de Mont— elliard ; mais il n'y a aucune de ces passions qui au fond ne rende hommage à ses droits.

Surxe qui concerne la validité du mariage, les nouveaux défenseurs des barons de l'Espérance ont si peu insisté sur cet objet, qu'il mérite à peine de trouver sa place dans la cause : disons -en néanmoins un mot. Parmi les protestans , la seule circonstance essentielle pour former le mariage, est la bénédiction nuptiale. Nostris moribuSy dit Capzovius ^ wwoft'ûP duplici cons* tant q,ctUy solemni copula saceraotaliy et comnvio nuptialiy quod ultimum tamen prœcise necessaritun non est; at bene copula et benedictio coramfacie ecclesiœ sacgrdotalis , quœ in orbe christiano successit in locumdeductionis sponsœ indomum. Aussi n'a-t-on imaginé d'autre prétexte de critique, que le défaut de consentement du père et du souverain. Le prince de Montbelliard croit avoir dissipé un prétexte si frivole dans un précédent mémoire ; il observera seulement ici

au'il est facile de distinguer à cet égard les principes du roit romain, ceux de l'église catholique et ceux des protestans, pfcr les. idées différentes que l'on s'est faites dans chaque droit de la natfire du mariage.

. Parmi les Romains , ^ce n'était qu'un contrat purement civil; il n'est pas extraordinaire qu'il fût entièrement subordonné à la puissance paternelle ; mais ce principe est trop étranger à nos mœurs pour y être adopté. Les enfans émancipés n'étaient pas même obligés de demander le consentement de leur père; et pour la mère, ja-

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