‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 3)Chapitre 12 sur 196 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Le mariage des sieur et dame Bourgelat subsista ainsi aux yeux de la ville de Lyon jusqu'en 1 693 , c'est-à-dire,

3ue la dame Bourgelat continua de vivre publiquement ans la possession de l'ëtat honorable de femme, connue dans cette qualité par toute la ville de Lyon , traitée dans toutes les occasions par son mari comme son épouse légitime, n'ayant point d'autre nom que celui de la dame Èourgelat, élevant chez elle ses enf'ans, dont elle se faisait gloire d'être reconnue la mèi:e; enfin jouissant de toutes les prérogatives dues à celles qui vivent dans un état honorable.

Mais une grande maladie qui lui sui^int, l'ayant préparée à la mort , elle pensa à faire son testament ; elle envoya chercher le 20 mars 1693, un notaire de la ville de Lyon avec les témoins nécessaires, et elle leur déclara ses dernières volontés. Dans ce moment où la dame Boiurgelat envisageait les approches de l'éternité et les jugemens redoutables d'un Dieu vengeur, devant lequel elle allait paraître, quel compte rend-elle de l'état de sa famille / Elle ordonne sa sépulture dans l'église des Augustins de la Croix-Rousse; et après quelques autres dispositions pieuses , elle donne et lègue à Barthélémy et Pierre Bourgelat ses fils naturels et légitimes y et du sieur Pierre Bourgelat son mari , à chacun la somme de» i ,5oo liv, pour tous les droits de légitime qu'ils pourraient as>oir et prétendre dans sa succession , payables lesdits legs auadits Barthélémy et Pierre Bourgelat ^ lorsqu'ils auront atteint rage de vingt- cinn ans chacun, et sans intérêts jusqu' audit temps. Elle fait une substitution réci- Ï)roque en cas que Tun des deux vienne à mourir avant 'autre , et que Pierire Bourgelat leur père soit décédé ; ce qui n'est point arrivé , le cadet étant mort du vivant de son père ; et au résidu de tous et un chacun ses autres biens , meubles et immeubles , elle a institué son héritier unii>ersel sieur Pierre Bourgelat son cher et bienraimé mari, auquel elle veut que tous et un chacun ses biens arrivent et appartiennent , à la charge par lui de payer ses dettes et frais funéraires. Ce sont là les propres termes du testament y dans le*

quel la dame Bourgelat mourante a donne' à sa Famille les derniers témoignages de sa tendresse , et à la vérité les preuves les plus solides sur lesquelles ^Ue puisse se reposer.

Après avoir satisfait à ce qu'elle devait à la vérité et à sa famille, elle s'abandonna tout entière aux devoirs de la religion , qu'elle avait toujours pratiqués pendant sa vie d'une manière qtd avait fait l'édification publique; elle reçut tous les sacremens de l'église par les mains de son curé, et mourut , s'il est permis de parler ainsi , également fidèle à son Dieu, à son mari et à ses enfans, • .

Le sieur Bourgelat, sensible à sa vertu et à sa tendresse, lui fit rendre les honneurs qui lui étaient dus. Elle avait demandé par son testament d'être inhumée dans l'église des Augustins de la Croix-Rousse; il exécuta fidèlement ce qu'elle ayait prescrit. Voici les termes de l'extrait mortuaire, tiré des registres de Notre-Dame de la Platière, et compulsé avec les défendeurs. Uan 1693 , etle2.q mars, a été porté par ma permission le corps de demoiselle Caprioli ^ femme du sieur Pierre Bourgelat y aux ré^ér^nds pères Augustins de la Croix-Rousse , où elle est décédée , ayant reçu tous ses sacremens ; par moi soussigné y de muzy, curé. Il la fît donc enterrer solennellement dans cette-église , et assista lui-même à ses funérailles avec ses deux enfans tous en grand deuil , qu'il porta un an, aussi-bien que ses enfans et toute sa maison : témoignage éclatant de la sainteté de l'union dans laquelle ils avaient vécu.

Ainsi, non-seulement elle était connue publiquement pour femme du sieur Bourgelat ; mais tous les monumens publics qui doivent fixer l'état et la qualité des hommes lui donnent ce même titre ; elle était connue pour telle par son curé , par les notaires et les témoins, par les Augustins de la Croix-iRousse, qui ont donné de plus un certificat authentique de la pureté de ses niœiu's et de la sainteté de sa vie : tous rendent un témoignage non suspect à cette vérité, dans un temps où l'on ne prévoyait pas qu'elle pût un jour être contestée; tous rendent même hommage à sa vertu. Sera-t-il donc.

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permis , trente ans après sa mort, de flétrir sa mémoire, et de la dégrader de 1 état de femme légitime ?

Les défendeurs , enfans du second lit du sieur Bourgelat, ne rougiront-ils jamais de Finjure qu'ils osent faire à la mémoire de leur père, lorsqu'ils le taxent d'avoir poussé l'impiété jusqu à venir pleurer aux pieds des autels y en présence de toute une ville où il tenait un rang distingué, celle qui n'aurait été que l'objet de sa criminelle passion? Quel scandale cet événement n'auraitil pas* causé dans la ville de Lyon, si on avait pu même soupçonner que Pierre Bourgelat n'eût pas été marié avec Hiéronime Caprioli? Les ministres de l'église auraient-ils administré les sacremens à la concubine, sans l'obliger de se séparer de son complice ? Auraient- ils souffert que Pierre Bourgelat eût consommé son crime en venant jusque dans le sanctuaire se faire un trophée de sa profane douleur? La religion et la nature sontéga-» lement offensées d'une si odieuse accusation.

Le sieur Bourgelat ayant perdu sa femme, ne pensa qu'à l'éducation de ses deux enfans ; il les conserva chez lui , où ils furent élevés publiquement comme ses enfans légitimes. Le cadet mourut en 1695 , âgé d'environ neuf ans , et fut enterré le i ^'^ septembre ; son père lui fit faire un enterrement solennel , qui répondait à la fortune qu'il avait commencée dans le commerce; il assista luiméniie à l'enterrement, comme il est prouvé par l'extrait mortuaire que voici : J'ai enterTé en graride procèssion dans l'église des révérends pères Augustins de la Croix-Rousse^ Pierre ,jils du sieur Pierre Bourgelat, marchand y et de demoiselle Hiéronime Caprioli ; témoins ledit Bourgelat père y et messire Claiide Hébert, prêtre habitué de ladite église. Signé, Hébert, Bourgelat et Lespart*

Ainsi , le père rendait publiquement les devoirs qu'exige l'affection parternelle envers ses entans légiti-J^ mes ; il leur faisait rendre les honneurs dus à la qualité de leur naissance. Il fait enterrer un enfant de neuf ans engra?ideprocession^û y assiste lui-même; il signe l'extrait mortuaire , et lui rend ainsi dans le moment de sa mort, le même témoignage qu'il n'avait pu lui refuser

3o ŒUVRES DE CÔCtïIK.

au moment de sa naissance. C'est toujours dans les acte$ les plus redoutables de la religion, c'est à l'église même et à la face des autels qu'il atteste cette vente' , que ses enfans, dénature's par un excès de témérité qui fait horreur , traitent aujourd'hui de fables et d'impostures.

Il ne lui restait plus qu'un fils , Barthélémy Bourgelat. n prit tous les soins qu'un père peut se donner en faveur d'un enrant légitime , la ressource de sa famille , et rhéritier universel des biens que la Providence lui a procurés. Il le retint auprès de lui jusqu'au commencement de 1697, quil le plaça alors dans le collège de Sainl- Rambertde Lyon, appartenant aux pères missionnaires; les registres de ce collège nous en ont conservé la mémoire. Doit M. Bourgelat, ce sont les termes qu cm y trouve 5 pour la pension de monsieur son fils dans notre collège de Saint-Ramèert , à raisonde 220 liv. par an, laquelle a commencé le 3 mai \ 697.

Mondit sieur Bourgelat a payé les pensions pour monsieur son fils depuis ledit jour 3 mai 1697 , juS' qu'au 25 septembre 1700.

Il est à observer que tous les samedis son père lui en* voyait régulièrement son linge pour la semaine ; que les

I'ours de congé le fils venait les passer chez son père, qui ui témoignait beaucoup de tendresse et d'amitié, ne l'appelant jamais que son fils , ou simplement Bourgelat , s'informant lorsqu'il rentrait si son fils était couché , et allant le voir lui-même pour être plus assuré si on avait eu de lui tous les soins qu'il exigeait.

Pendant que cet enfant était encore dans ce collège , il fut attaqué d'une grande maladie; le père alarmé le fit apporter chez lui , où il fit appeler un médecin et trois chirurgiens de la ville de Lyon : on ne peut exprimer les inqiuétudes qu'il fit paraître. Un jour entre autres , les médecins et lesi chirurgiens ayant fait une opération à l'enfant, qui l'avait beaucoup fait souffrir, et qui avait mis sa vie en danger, le père transporté s'écria: Vous avez tué ma femme, q)ous voulez eneore tuer mon fils : mouvement presque involontaire , dans le-

3uel toute Paffection d'un père se développe ; la perte e sa fertime se renouvelle dans le danger de son fik^

PUEMIÈRE PARTIE. 3|

«es douleurs se rëutiisseni et lui font' éprouver tout à la fois ce qu'il devait à la mémoire d'une épouse légitime qu'il n'a plus, et à l'état d'un fils unique qu'il est près de perdre.

Quand ce fils, revenu en santé, eut fini ses exercices de collège, le père qui le destinait à soutenir un jour son commerce, voulut lui faire prendre les premières teintures du négoce; et comme il est d'usage d'envoyer pour cela les jeunes gens dans de grosses maisons où il y a des manufactures, il pensa que celle du sieur Fraisse de Carcassonne iui pourrait convenir; il veut à cette occasion plusieurs lettres écrites au sieur r raisse , tant par le sieur Bourgelat, que par le sieur Tourre leur ami conunun. On rapporte en original une lettre du dernier, datée du ii septembre 1701. Voici comme il y parle : Vous connaissant^ comme f ai l'honneur de faire, monsieur, je n'hésitai pa^ un moment d'assurer M. Bourgelat que vous recouriez, sans hésiter, dans votre maison son fils unique , et nous convînmes qu'il "VOUS en feraitjaire la proposition par M. Salandre y etc. Ce terme àejils unique , dont se sert le sieur Tourre, ne peut jamais convenir qu'à un fils légitime ; on ne croit pas que personne s en soit jamais servi à l'égard d'un bâtara , dont l'état toujours incertain ne peut pas être désigné sous le titre de fils unique.

Les lettres du père, aussi rapportées en original, parce que le sieur Fraisse a bien voulu les communiquer au fils, soutiennent également la possession publique, où celui-ci a toujours été de son état. J'ai appris par M. Salandre^qui a eu l'honneur de vous parler de ma part, au sujet de mon fils , les bontés que vous avez pour moi en voulant le recevoir pour l'occuper quelques mois dans votre manufacture ; ce qui fera après mes très-humbles remercimens , que je prendrai la liberté de le faire partir au premier jour , ac^ compagne de la recommandation de M. Tourre et de M, Pascal vos bons amis et les miens, qui veulent bien avoir la bonté de prendre quelque part à ce qui meregarde, et/oindre leurs prières aux très-instantes quefevousjàis de vouloir bienenprendreles soins que

n)ous Jugerez aisément gui lui seront nécessaires. C'est encore un écolier , mais qui a bon corps pour travailler. Pour le rendre plus soumis y il ne faut pas répargner dans les -œuvres les plus moindres , ^ous suppliant à cet effet de n'avoir pour lui aucune considération y ni faire la moindre attention qu'il m' dp» pariienty etc.

Dans une autre lettre du 4 décembre 1701,1! mande encore au sieur Fraisse : Monsieur , je "vous ai bien-de l'obligation de l'honneur que vous voulezfaire à mon fils de le recevoir chez vous..... Je vous prie , autant que je le puis y de le tenir continuellement occupé y et de lui faire faire son devoir sans aucune considéra^

tion Comme Une sait pas bien écrire ni chiffrer y

si vous voulez avoir la com,plaisance de lui faire

trouver un maître c'est une grâce que vous me

faites :t dont je conserverai un souvenir éternel...... Je

partirai y Dieu aidant y la semaine prochaine pour l'Italie y où je vous offre de même tout ce quidépend de moi.

Il diflFe'ra cependant le voyage dltalie de plusieurs mois /en sorte qu'il écrivit une lettre au sieur Portalet le 20 juin 1702, qui est encore très-importante. La prolongation des paiemens ayant un peu dérangé mes affaires y ddl-A^j'ai été obligé y malgré moiy de différer mon départ y même au delà du temps de la permission que j'avais obtenue pour mon voyage d'Italie y et je serai encore ici jusqu'à la semaine prochaine.... J'ai reçu votre obligeante lettre du \ 2 du courant , et vous fais mes remercùnens sur les soins que vous avez pris pour mon fils. M. Fraisse écrit ici à ses amis y un peu fâché de ce que vous ne le lui aviez pas remis à son arrivée ; mais je les ai guéris par mes ordres de le dégourdir auprès de vous..... Je me fiàtte que ce jeune homme y par vos recommandations y s'appliquera à faire son.devoir; ce qui sera y comme vous pouvez croire y une véritable consolation pour moi y et pour lui un très-grand bien.

Le même jour il écrivit une lettre au sieur Fraisse y qui contient les mêmes recommandations et les 'méihe»

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Diarques d^âffection et de tendresse paternelle, malgré les sujets de mécontentement qu'il avait déjà reçus de son fils, puisqu'il dit qu'il avait déjà oublié à Lien écrire et chiffrer pendant son exil, et par sa fainéantise.

Voilà donc encore des lettres d un père tendre «t plein d'affection pour son fils, inquiet sur les périls de la jeunesse, attentif à l'en préserver par les soins d'un surveillant éclairé et même sévère; en un mot, la conduite du père se soutient toujours dans le même caractère d'affection que nous lui avons vu.

En vain a-t-on imaginé de dire que tout cela se pouvait faire pour ua bâtard. Premièrement , je demande aiu^ défendeurs s'il était possible de faire qqelque chose de plus pour un enfant légitime? Si cela est impossible, qu'ils confessent donc que le père ne pouvait auti^ment reconnaître son fils. Secondement , quand ce même père a présente son fils au baptême, et l'a fait baptiser comme son fils légitime, peut-on supposer que toutes ses attaitions dans la suilse n'ont considéré dans ce même enfant qu'un bâtard? La possession est toujours relative au titie; elle est toujours censée continuée comme elle a commencé. Troisièmement, est-ce donc le traiter comme un bâtard que de ^^ écrier^. iTous a^ez tué ma femme , "vous voulez donc encore tuer mon fils ? Ces deux expressiops , qui sont relatives l'une à l'autre , ne font-elles pas connaître que s'il traitait Barthélémy Bourgelat comme son fils^ c'était comme le fils de sa femme, et par conséquent comnj^sôn fils légitime? Enfin,* la qualité de fils unique donnée à Barthélémy fiourgelat , suppose une reconnaissance publique de son ët^t.

XiC fils ne répondit pas comme il le devait aux désirs de son père ; éloigné de ses yeux dans un âge encore tendre, et insU*uit trop tôt 4e la fortune immense que son père faisait tous les jours dans le commerce , et qui le regardait seul , puisqu'il était fils unique , il négligea de travailler, eisenvra au contraire avec empressement auic plaisirs. .

Le père irrité contre son fils, le fit revenir de Carcassonne où il avait demeuré plus d'un an. Etant arrivé près de Lyon , il le fit enlever sur le pont du Rhône ,

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et coDiduLre chez les Cordeliers de Sainte-Colombe , où il le tint six mois en pénitence. C'est encore dans le châtiment même que la tendresse dW père éclate; c'est Fouvrage d'un amour solide qui est guidé par la raison dont il emprunte une nouvelle force. De là il le mit chez un marchand d'Avignon ; mais sa conduite n'étant pas plus rangée , ce fut apparemment ce qui détermina le père à se remarier.

Il épousa, le 23 août 1707, Geneviève Terrasson; il ne fut point passé de contrat de mariage , et l'acte de célébration ne fut écrit que sur une feuille volante , dont le sieur Bourgelat demeura saisi; en sorte qu'il s'en est peu fallu que ce second mariage n ait été aussi exposé que le premier, à devenir un jour le sujet d'une célèbre contestation. La dame Terrasson sa seconde femme, dont le mariage était caché , demeura encore depuis la célébration un temps considérable et de plus de six mois dans le couvent, d'où elle ne sortit qu'à la veille d'accoucher, ainsi qu'il est justifié par la déposition de plusieurs témoins, et le propre aveu des défendeurs ; et si depuis le décès du sieur Bourgelat père, on n'avait pas recouvré l'acte du mariage qu'on a fait cdller dans le registre de la parois9£;Jes entans du second lit auraient été aussi intéressés que celui du premier à recourir à la possession publique de leur état , dont ils ont depuis combattu si vivement l'autorité.

Il est aisé de concevoir qu'avec. l'indisposition dans laquelle était le sieur Bourgelat à l'égard du fils de son

Sremier lit, il ne fut. pas difficile à la seconde femme 'étouffer tous les sentimens de tendresse que le père pouvait conserver pour lui. Ce chang^nent est une suite trop ordinaire des seconds mariages; et lorsqu^il y a déjà un fond de chagrin dans le cœur du père, il n- est pas difficile d'en profiter , et de lui faire prendre d^ nouvelles forces.

Barthélémy Bourgelat l'éprouva bientôt ; et après avoir fréquenté quelque temps la maison de son père , n'y trouvant plus les mêmes agrémens, il prit le parti de se jeter dans les gardes du roi, où avec le secours d'une pension de 4oo liv. que son père lui faisait remettre^

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et sa -paie , il a subsiste jusqu'au dëcès de son père arrivé en 1719.

Aussitôt qu'il en eut reçu la nouvelle il se rendit à Lyon , 011 il forma sa demande en partage de la succession de son père , contre la veuve tutrice des enlans du second lit. il ne pouvait pas prévoir que cette demande éprouvât la moindre contradiction ; aussi ne put-*il revenir de son étonnement, lorsqu'il apprit qu'on refusait de le reconnaître pour fils légitime de Pierre Boiu'gelat. Un enfant qui , depuis le moment de sa naissance, a tou« jours vu son état publiquement reconnu , n'imagine pas qu'à l'âge de trente - quatre ans on viendra exciter un doute sur une vérité si publique. Il fallut done faire la recherche des difiérens litres, qui concouraient avec la notoriété publique à assurer son état.

Qn ne put contraindre la dame Terrasson de fournir de défenses, que long-temps après la demande de Barthélémy Bourgelat, et elles se réduisirent à soutenir que pour étalJir son état il devait rapporter le contrat de mariage et l'acte de célébration de ses père et mère ,

Îa'elle avait eu soin <ie détourner après la mort de ierce Bourgelat.

Barthélémy Bourgelat répondit à ces défenses, qu'il ne lui était pas possible de rapporter le contrat de mariage, ni l'acte de célébration de ses père et mère, parce qu'à la mort de son père, sa veuve et ses enfans du second ht s'en étaient emparés ; mais que la possession pubhque de son état, et les titres dont on a rendu compte à la cour lui sufiisaient.

Pendant ces conte^ations il contracta mariage avec la demoiselle Artaud,fille d'un marchand de Lyon, qui lui apporta 30,000 hv« en dot ; son père avait été le parrain de Barthélémy Bourgelat, et associé dans plusieurs affaires de. commerce avec Pierre Bourgelat.

Quelque temps après que les nœuds de cette union lurentfbrmés, le ^ur Bartnélemy Bourgelat tomba dans une maladie dangereuse; sa femme n'épargna ni soins ni dépenses pour lui procurer les secours nécessaires ; elle consomma presque toute sa dot dans cette longue ei&nestemala(fie, qui dura plus de dix-biiit iQqis. Le

36 œUVRES DE GOCHIN.

sieur Bourgelat, sensible à sa teadresse, l'iastituasonhe^<«' ritière par son testament du 2 1 octobre 1720, et il persista dans cette volonté jusqu'à son décès, arrivé au mois de juillet 1 72 1 .

Epuisée par les dépenses d'une longue maladie , et l'eatretien aun gros ménage qui n'avait subsisté que de la dot qu'elle ayak apportée à «on mari , auquel les défendeurs ses frères et sœurs , qui nageaient dans l'opu-* lence^ avatient refusé tout secours, la veuve n'eut d'autre ressource que de reprendre l'instance pendante en la settécliaussée de Lyon sur la demande en partage formée par son mari. EUle rapporta toutes les jnèces dont on a rendu compte; elle articula plusieurs autres faits de possession , tant à l'égard des père et mère qu^à l'égard du fils. Sa cause ne paraissait pas susceptible du moindre doute.

Mais le crédit de ses parties était redoutable. La veuve de son père s'était emparée d'une riche succession ; elle avak marié deux filles très^richement; la troisième était promise au fils du prévôt des marchands, l'un de ses ]uges ; en sorte que par ces alliances et celles qu'die avait méditées , elle tenait à tous les officiers du tribunal.

EUe obtint donc, le 5 septembre 1722, une sentence par laquelle, sans s'arrêter aux liaits articulés par le sieur Bourgelat pendant sa vie , et depuis par sa veuve, etle fut déchargée de la demande en partage, avec injonction aux curés de la ville de Lyon d'observer l'ordonnance de 1667 sur lès registres des mariages.

Cette dernière disposition «e référait à la preuve que l'on avait rapportée,que lesecondmariagedusieurBoili> gelât avec la demoiselle Terrasson n'avait été ^ciit que sur une feuille volante, dont le sieur Boiargelat avait toujours été saisi ; elle annonçait assez aux juges que le premier avait pu être célébré dans la même forme , et qine la spustraction de la feuille où il était écrit , était le seul prétexte de l'incident que l'on avait formé contre Barthélémy Bourgelat.

La même &ve«r n^a pas accompagné les défendeurs sur L'appel porté en la cour par la veuve de Barthélémy

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