PREMIÈRE PARTIE
mais les entans n'avaient besoin de son agrément, même après la mort du père. Les droits de la nature n'avaient aucune part au pnncipe du droit romain sur cette matière, et ce sont les seuls auxquels on ait égard dans la religion ; ajoutons que parmi les Romains mêmes , le seul silence du père suffisait pour la validité du mariage.
Dans l'église catholique, le mariage est regardé comme un sacrement; c'est un acte qui appartient tout entier à la religion, quant a l'engagement sacré qu'il forme entre les parties : aussi ne l'a-t-on jamais fait dépendre de la volonté du père à l'égard des majeurs; les docteurs ont disputé sur quelques textes anciens ; mais le concile de Trente a décidé contre la nécessité du consentement, et c'est la discipline générale de l'Eglise.
Les protestans tiennent une espèce de milieu entre ces deux extrémités : ils ne regardent point un mariage comme un contrat purement civil; ils ne le regardent point aussi comme un sacrement, ils le définissent un contrat d'institution divine ou de droit divin. C'est ce qui les conduit à distinguer deux parties dans le mariage , les promesses qui précèdent, sponsalia, et la bénédiction sacerdotale qui consomme l'engagement, matinmonium; tant qu'il n'y a que de simples promesses qui produisent parmi eux une action, ils jugent qu'elles sont nulles, si le consentement du père n'est intervenu^, ainsi dans ce cas le fils qui a méprisé un devoir si sacré n'a point d'action contre la fille , comme la fille n'en a point contre lui; mais si ces promesses ont été suivies de la bénédiction sacerdotale , alors comme la religion devient intéressée, on n'écoute plus la réclamation du père : rien n'est plus décisif que ce que nous dit Capzovius , sur cette question , dans sa distinction 60. Eo malitiœ et audaciœ quandoque liberi prqgrediuntur^ ut insciis et insfitis parentibus , non modo sponsalia contrahanty sed et per benedictionem mcerdotalem pere^ grinisforsan in locis^ ubi dissensus parenUim haud facile eœplorari potest y ea consummarifaciunt^eœ quo summa parentibus infertur injuria , quippe auod tum facultas matrimonium perfectum rescindendi ipsis non competat.
346 OEUVRES DE COCBIN.
La contradiction des parens est bien marquée dans cette espèce, iiwitis parentibus; c'est pour se soustraire à cette résistance que le fils va se marier dans une terre étrangère , et par conséquent hors de la présence du propre ministre. Là il ne reçoit la bénédiction sacerdotale que parce qu'on ignore la contradiction du père : malgré toutes ces circonstances le père ne peut réclamer j^ttérw/tas nmtrirnoniumpeîfectumrescindendiTwncompe'' tit. Les docteurs protestans jugent même que quanales promesses n'auraient pas été suivies de la bénédiction sacerdotale , et que copula tantum accesserit, Vauiorite des pères devient impuissante. Edocti principes plerique magistratus es^angelici sponsalia sine consensu parentum contracta y accédante copula car^naliy sive prœcesserity sive sequatur, haut rescindant^ sedconsummationemper benedictionem sacerdotalem contrahentibus injungunt Que l'on juge après cela si parmi les protestans le duc Georges aurait pu réclamer contre un engagement qui n'avait pas seulement été suivi de la naissance de plusieurs ent'ans , mais qui avait été auparavant consommé par la bénédiction sacerdotale.
Mais il ne l'a pas fait, et cette seule circonstance écarte le moyen , non-seulement parmi les protestans et dans l'église catholique , mais même dans les principes les
Elus sévères du droit romain, nisi evidenter dissentiai. [ n'est pas question de savoir s'il a connu le mariage ou s'il 1 a ignoré , tout se présume en faveur du mariage; et quand il serait même constant que le père aurait ignoré le mariage , la loi présumerait encore
au'il aurait plutôt usé d'indulgence pour son fils , que 'employer le poids de son autorité pour troubler un mariage paisible. Enfin il est prouvé que le duc Georges a connu et approuvé le mariage de son fils avec la demoiselle de Heawiger : le moyen se trouve donc confondu de toutes parts. Le père n'aurait pas pu être écouté, des collatéraux seraient sans action , et la seule qualité d'enfans du feu duc de Montbelliard suffirait pour imposer 'à jamais silence à nos adversaires.
Il ne faut pas être surpris après cela si la qualité