‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 3)Chapitre 124 sur 196 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

n'auraient point fait fortune , et dont on ne pourrait faire aucun usage.

Le divorce de 171 4 ne peut donc se soutenir, ni dans la forme, parce qu'il ny a point de sentence; ni au fond , parce qu'il n'y a point de causes légitimes. £n vain oppose-t-on que l'acte de divorce ne se borne pas à la di^arité d'humeurs, mais qu'il ajoute S où sont fiées et arrivées de part et d'autre des causes suffis santés de divorce : car que peut-on conclure de ces expressions? Veut-on nous faire entendre que sans expliquer aucune cause de divorce en particulier , on peut le demander en alléguant en g^énéral qu'il y a entre les parties des causes de divorce? Ce serait introduire un relâchement encore plus funeste que de se contenter de la disparité d'humeurs; un pareil retranchement pour les barons de l'Espérance ne sert qu à manif!»ster l'impossibilité où ils sont de se détendre.

Mais le premier mariage du duc deMontbeUiard, ce mariage subsistant nonobstant le prétendu divorce de 17 14 9 n'était pas le seul obstacle à l'engagement qu'il a paru contracter en 1 7 1 8 avec la baronne de l'Espérance ; une vérité reconnue de toutes les parties est qu'il avait vécu auparavant dans le crime avec Henriette Hedwige; il ne pouvait donc plus épouser la baronne de l'Espérance sa sœur sans une dispense en forme qui fît cesser cet empêchement. On ne prétend point agiter ici une question de savoir si cet empêchement est de droit naturel ou divin, ou s'il est seulement établi p^r la discipline des églises catholique et protestante ; il suffit qu'il soit constant entre nous que l'alliance au premier degré forme un empêchement dirimant, soit qu'elle vienne d'un mariage légitime , soit qu'elle procède d'une conjonction illicite. On ne parlera point ici de la décision du concile de Trente , sess. 24 5 cnap. 4 ? de reform. ma^ trimoniiy puisqu'il n'est pas reçu parmi les protestans; on se contentera d'opposer aux barons de 1 Espérance ce que les auteurs protestans ont avancé sur cette matière, et ce que la discipline de leurs consistoires a établi. Capzovius , liv. 2, distinct. 97, nous expose leurs principes : Idvero)iubii adhuc restât num etiam qffinitas

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divorce : peut-on insalter la raison par des propositions si contradictoires/ Mais si elles se détruisent mutuellement, elles ne sont pas plus difficiles à combattre en les discutant séparément.

1° A qui persuadera-t-on que la baronne deTEspërance i{>norât le premier mariage du duc de Montbelliard? (^uand ri n'y aurait eu que le divorce de 17 14 pour l'en instruire, pourrait-on jamais supposer que ce mariage lui fût inconnu? Eiait-elle donc si étrangère a la cour de Montbelliard, que ce qui était public lui fiit ca^hé à elle seule? Ce divorce signé par neuf ministres du prince et par son consistoire; ce divorce enregistré et dans le consistoire et dans la chancellerie, pouvait-il être ignoré de personne ? Il était plus connu de la baronne de l'Espérance que de tout autre , puisque c'était elle seule qui, par ses intrigues, avait préparé ce grand ouvrage, et 1 avait fait consommer.

Mais que repondra-t-on au traité de Wilbade que la baronne de PEspérance elle-même a signé; ce traité dans lequel il est dit que le duc de Montbelliard n'avait point été marié conv<înablement au rang de la maison de Wirteniberg, et où il déclare en termes exprès qu^il ne se remariera pas ^ et ne convolera point a d^ autres noces ? Elle savait donc que le duc de Montbelliard avait contracté un mariage que l'on prétendait inégal; mais quelque inégal qu'il fût, et quand il aurait rendu les enfans incapables de succéder, il formait toujours un lien indissolunle pour le duc de Montl)elliard. Enfin, que répondra-t-elle à la notoriété publique du mariage et du divorce attestés par l'histoire? Quoi, un auteur cdèbre publie à Hambourg dès 1 7 1 2 le tait du mariage , le même en 1716 rend compte du divorce du 6 octobre 1714, et l'on supposera que la baronne de l'Espérance ignorait ces grands événemens dans Montbelliard même? A qui prétend-on faire illusion par un pareil prétexte?

Mais plus elle aurait été instruite, dit-on , et plus elle aurait été en bonne foi; car elle voyait que le duc de Montbelli^urd avait recouvré sa liberté par le divorce; elle a donc pu l'épouser sur la foi d'un acte si solennel. Mais les moyens que l'on vient d'établir contre

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le divorce dissipent ea même temps te fantôme de bonne foi; car puisqu elle connaissait Facte de divorce, elle savait en même temps qu'il ne pouvait jamais pro*> duire Fefiet qu'on veut lui attribuer. Elle savait qu'il n^y avait point de sentence de divorce, elle savait qu'il n'y avait point de cause de divorce; et par là sa mauvaise foi ne peut plus admettre d'excuse. Les principes sur cette matière sont si publics, ils son( si intëressans pour la société , qu'il n'est permis à personne ni de les Ignorer, ni de se faire une excuse de cetle prétendue ignorance.

Si parmi nous un mari et une femme passaient un acte par lequel ils reconnaîtraient leur mariage nul, et qu'au pied d'un pareil acte il plût à un officiai d'écrire qu'il le trouve juste et conforme à l'intention des parties, croit-on qu'il pût autoriser des conjoints à contracter un autre mariage, et que celui ou celle au' il aurait épousé, pût se mettre à l'abri de la rigueur aes lois par l'autorité d'une pareille pièce? La seule proposition révolterait : mais le même principe règne parmi les protestans pour le divorce , que parmi nous pour la nullité du mariage : il tant qu il intervienne un jugement en connaissance de cause; on ne voit ici ni aucun jugement, ni aucune cause; jamais l'acte de divorce n'a donc pu constituer la baronne de l'Espérance en. bonne foi.

Par là tombent les préjugés que l'on oppose pour autoriser la bonne foi, car il n'y en a pas un seul dans lequel on ne trouve au moins un jugement émané d'ua juge compétent, qui avait prononcé la nullité du mariage : alors la bonne foi peut avoir quelque fondement. Mais qu'un acte passé entre les deux conjoints, par lequel ils se donnent une liberté qui n'est pas en leur pouvoir, puisse jamais servir de voile à la bonne foi, c'est ce qui n'a jamais été pensé. D'ailleurs ^ dans une question de bonne foi, tout dépend des circonstances particulières , et l'on ne peut raisonner par des exemples , entre lesquels règne nécessairement une extrême disparité.

La conduite de la baronne de l'Espérance est trop

opposée à tout ce qui ressent la bonne foi, pour cju'ellè puisse jamais se prévaloir d'un pareil moyen. On excuse quelquefois une femme infortunée qui a été trompée par un mari perfide, et qui, par les routes de Thonneur a été engagée dans un mariage dont la nullité se découvre dans la suite; mais pour une maîtresse livrée depuis long-temps à la passion d'un souverain , et qui a profité de la faiblesse de son cœur pour l'entraîner dans les plus honteux déréglemens j qui lui a fait rompre les nœuds fiacrés qui l'unissaient à sa femme légitime , pour lui faire contracter avec elle l'engagement le plus criminel ; c'est profaner le terme de bonne foi , que de le faire servir à excuser tous ses désordres.

Tout se réunit donc pour la défense du prince de Montbelliard ; les titres les plus authentiques assurent la vérité du mariage auquel il doit la naissance ; le feu duc de Montbelliard l'a contracté dans un temps où il n'était sous les lois d'aucun autre engagement ; la demoiselle de Hedwiger, qui a reçu les premiers hommages de son cœur, en a accepté le tribut aux pieds des autels; la liberté a présidé à leur union, la religion l'a consacrée, et l'honnêteté publique l'a élevée à un degré d'honneur dont l'éclat ne peut être obscurci.

Au contraire ^ l'engagement que les barons de l'Espérance réclament comme le titre de leur état, est marqué aux caractères les plus odieux : c'est en violant toutes le& règles, c'est en franchissant toutes- les bornes de la bienséance , que leur mère s'est tracé la route aux grandeurs dont elle était éprise. L'accès du lit conjugal lui était interdit, et par les droits d'une épouse légitime qui y était entrée avec honneur, et par les fautes d'une soeur trop facile qui l'avait profané; la vertu avec tout son éclat, le crime avec la confusion qui l'accompagne, devaient également l'en exclure ; mais incapable d'imiter les exemples de l'une et d'éviter la contagion de l'autre, elle n'a pas craint de fouler aux pieds ce que la religion et la nature avaient de plus sacré.

Les barons de l'Espérance peuvent-ils donc se flatter de partager avec le prince de Montbelliard, la gloire dune naissance légitime? Un parallèle si odieux serait

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