‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 3)Chapitre 125 sur 196 · AU MÉMOIQLE DES BARONS DE L'ESPÉRANCE · texte numérisé non relu

AU MÉMOIQLE DES BARONS DE L'ESPÉRANCE

Dans un nouveau mémoire que les enfans de la baronne de l'Espérance viennent de distribuer, on a renchéri sur tout ce que la témérité et la supposition leur avaient fait hasarder dans les premiers. C est un roman qui a toutes les grâces de ces sortes d'ouvrages, mais qui en a aussi tous les défauts; on forge des aventures, on distribue des caractères à chacun des héros de la pièce, on les fait parler, on les fait agir au gré de son intérêt ; on laisse dans l'oubli les titres les plus essentiels ; on change, on défigure ceux dont on croit pouvoir tirer quelque avantage : en un mot , sans respect pour la vérité, on delîite les fables les plus grossières, démenties par une foule de monumens.

Qu'on présente cet ouvrage à des hommes qui n'ont aucune connaissance , ou qui n'ont qu'une idée trèssuperficielle des faits et des titres qui en contiennent la preuve, on ne sera pas étonné qu'ils en soient séduits jusqu'à s'intéresser même pour les barons de l'Espérance ; mais qu'on mette ce même ouvrage sous les yeux du tribunal le plus aueuste, qui, instruit par les titres mêmes , doit être révolté de toutes les fictions dans lesquelles on s'égare, c'est un excès de témérité dont on n'aurait jamais pu soupçonner des personnes capables de réflexion et de sentiment. Ces reproches seront-ils soutenus par des traits propres à confondre les barons de l'Espérance ? C'est au public à en juger sur les observations qu'on va lui présenter.

Observations sur les faits. — On les a partagés en trois époques remarquables. Dans la première, depuis 1095 jusqu'en 1707 , on voit le feu duc de /Mont-

364 œUVRES DE COCHIN.

belliard et la demoiselle de Hedwiger sWir par les liens sacrés du mariage , cette union suivie de la naissance de

J)lusieurs enfans , la paix et la tranquillité régner entre es deux époux. Dans la secpnde, depuis 1707 jusqu'en 17 10, se forme, par les intrigues de la baronne ae FEspérance, la plus violente tempête contre l'épouse légitime et contre son fils; la maîtresse audacieuse,

{)rofitant de l'empire qu'elle avait sur le cœur et sur 'esprit du duc de Montbelliard, entreprend de s'élever sur leur ruine. Dans la troisième enfin le calme succède à l'orage, la vérité et la justice reprennent leurs droits y et les honneurs que l'on accorde au fils légitime , à l'héritier présomptif, le dédommagent de tout ce qu'on avait arraché de son père pour le dégrader. C'est ce que l'on a établi dans de précédens mémoires : voyons comment les barons de l'Espérance essaient de défigurer ces vérités. •

Après avoir donné une idée de la maison de Wîrtemberg , et rendu compte de la triste situation où se trouvait le duc Georges de Montbelliard pendant la guerre commencée en 1688, on nous représente le prince Léopold-Eberard son fils comme un jeune guerrier qui, après avoir servi avec distinction à la tête de son régiment, venait se délasser à la cour de la ducHesse d'Oéls sa sœur pendant les quartiers d'hiver. Il lui fallait quelque amusement de cœur; il s'attacha, dit-on, à une jeune personne nommée Anne-Sabine de Hedwiger qui servait la duchesse d'Oëls en qualité de demoiselle de chambre. Quoique son cœur fut déjà occupé lorsque le prince de Montbelliard fut tenté d'en faire la conquête , elle ne se refusa point à ses empressemens; elle se ménagea si bien avec ses deux amans, qu'elle ne perdit ni l'un ni l'autre : elle devint mère de deux ou trois enfans; et pour se maintenir dans la liberté de les attribuer à celui des deux qu'elle pourrait conserver , elle aima mieux compromettre leur état que de leur donner un père certain. Cependant , pour fixer enfin leur destinée , elle poursuivit le sieur Zeidlitz au consistoire de Breslau pour l'obliger à accomplir les promesses de mariage qu'il lui avait faites ; elle fît pro-

Page 1