PREMIÈRE PARTIE
noncer contre lui un interdit ecclésiastique dès 1692 ; elle obtint une sentence le 21 mars 1690, qui le condamnait, ou à l'ëpouser, ou à la satisfaire pour ses dommages et intérêts. Le sieur Zeidliiz ayant pris ce dernier parti, et payé iliille ducats pour racheter sa liberté , il fut déchargé de son engagement par une sentence du 18 août de la même année.
Les espérances que la demoiselle de Hedwiger avait formées sur la passion du sieur Zeidlitz étant dissipées, elle ne fut plus occupée qu'à captiver le prince de Montbelliard. La paix de Risvick ayant rétabli le duc son père dans ses états, il y retourna avec lui. La demoiselle de Hedwiger , qui n'avait plus de bi<enséance à garder , y suivit son amant ; mais, pour ne point irriter le duc Êreorges, on eut soin de la confiner dans une maison obscure à Montbelliard , où elle vécut inconnue jusqu'à la mort du duc Georges, arrivée en 1699. Alors, ne croyant plus trouver d'obstacles à ses desseins , elle proposa au duc Léopold-Eberard de l'épouser ; elle ne fut pas reçue favorablement; mais l'amertume de ce reiiis fut adoucie par les protestations dont les amans sont si prodigues. La demoiselle de Hedwiger , rebutée par le duc de Montbelliard, forma alors le projet téméraire de supposer un mariage entre ce prince et elle , et de le faire inscrire sur le registre de quelque église luthérienne. Elle connaissait un ministre qui desservait l'église de Rejouits en Pologne; il ne fut pas difficile à gagner; il trouva heureusement sur son re^ gistre un blanc dans le cours de l'année 1695 ; il y inséra le faux acte de célébration de mariage qu'on lui demandait; mais comme l'imposture pouvait éclater dans le public, on rédigea cet acte d'une manière mystérieuse, et les noms des deux époux ny furent mis qu'en lettres initiales. En même temps elle se fit délivrer en allemand un certificat de cette célébration , soit par le ministre même, soit par un autre : c'est ce qu'on ne peut pas savoir, puisque ce certificat n'est signé de personne.
Pendant qu'elle se forgeait à elle-même des titres si in&ttctueux , elle traînait une vie obscure et méprisable
dans la honte du concubinage ; mais elle perdit bientôt le peu de faveur qu'elle ne devait qu'à ses intrigues et à ses faiblesses^ par la nouvelle passion dont le duc de Montbelliard devint épris ; ce fut Henriette Hedvic , baronne de l'Espe'rance^ qui la 6t naître; elle conserva jusqu'à sa mort , arrivée en i 707 , le cœur de ce prince , et acheva d'éteindre les feux languissans que la demoiselle de Hedwiger y avait allumés.
C'est ainsi que les enfans de la baronne de l'Espérance tournent les faits qui remplissent la première époque* Leur roman les réduit à une intrigue amoureuse, dans laquelle une fille adroite cherche à captiver deux amans et ne peut en fixer aucun ^ et ne recueille enfin de tant de mouvemens que la honte et l'ignominie. Reprenons toutes les circonstances de la fable pour substituer à ces traits , qui ne sont que le jeu de l'imagination , la vérité simple qui résulte des titres.
On nous dit d'abord que la demoiselle de Hedwiger , servait la duchesse d'Oëls en qualité de demoiselle de chambre y et l'on croit établir cette qualité par deux actes rédigés en allemand, qu'on nous présente traduits en français avec cette fausse dénomination. Mais outre que la dénomination de demoiselle de chambre en allemand pourrait ne pas répondre à l'idée que nous avons en français des termes de femme de chambre , il est aisé de justifier qu'on abuse ici d'une traduction infidèle. Le public, qui ne peut pas juger par lui-même de cette vérité, en sera bientôt convaincu en consultant deux lettres originales de la duchesse d'Oèls à la demoiselle de Hedwiger, et dont la suscription écrite en français par cette princesse elle-même, se trouve en ces termes : ^ mademoiselle de Hedwiger^ notre demoiselle d'honneur. C'est un juge non suspect qui s'exprime ainsi avant le mariage de la demoiselle de Hedwiger, c'est la duchesse d'Oëls qui savait mieux que personne en quelle qualité la demoiselle de Hedwiger lui était attachée. Les enfans de la baronne de l'Espérance peuvent-ils après cela soutenir leur supposition.
La vérité nç se conciliera pas mieux avec ce qu'ils