‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 3)Chapitre 127 sur 196 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

avancent sur ce concours de deux amans y que la demoiselle de Hedwîger sait ménager avec tant d^art qu'elle les conserve également sous son empire pendant plusieurs années, partagée entre l'intérêt qui Faitache à l'un, et l'ambition qui la flatte en faveur de l'autre. Il faut convenir que dans un roman, une pareille situation est bien propre à fournir à son auteur des tours heureux et des expressions brillantes, bien propres à soutenir et à récréer l'attention du lecteur. C est apparemment tout ce qu'on s'est proposé dans le mémoire des barons de l'Espérance; car enfin que deviendra cette feble quand, dépouillée de ses ornemens, on la mettra, pour ainsi dire, vis-à-vis des titres? On voit bien que le sieur Zeidlitz avait recherché en mariage la demoiselle de Hedwiger, qui était alors fort jeune, et qu'il en avait donné des promesses par écrit à sa famille. Mais il avait bientôt changé de sentiment, puisque dès 1692 la famille de la demoiselle de Hedwiger avait obtenu contre lui au consistoire de Breslau un interdit ecclésiastique , que nous ne voyons point, mais qui est énoncé dans une sentence du même consistoire du 18 août 1695. Il y avait donc une rupture déclarée entre les deux familles. Lorsque le prince de MontbelUard commença à concevoir de l'estime et de l'attachement pour la demoiselle de Hedwiger, rien ne faisait obstacle à sa passion naissante ; le sieur Zeidlitz , qui s'était présenté dans des vues légitimes , s'était retiré : c'était donc à un cœur libre que le prince de Montbelliard adressait ses vœux , et pour les recevoir la demoiselle de Hedwiger n'a eu besoin ni de cette adresse , ni de ce ménagement ingénieux qu'on lui attribue.

C'est ce qui résulte même de la sentence que la famille de la demoiselle de Hedwiger obtint contre le sieur Zeidlitz au mois de mars 1695. Cette sentence, rendue au consistoire de Breslau , porte en propres termes , qu'au cas que le sieur Zeidlitz voulût constamment insister à sa résistance déduite dans les actes, et que, suivant V aversion qu'il a jusqu'ici témoignée , U ne voulût pa^ aucunement se laisser induire au

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mariage y il sera tenu de donner juste satisfaction à la demanderesse y avec réfusion de frais et dépens. Ainsi depuis long'-temps le sieur Zeidlilz avait persévéré dans son refus et dans son éloignement pour la demoi* selle de Hedwiger; il s en était expliqué par écrit , et dans les termes les plus durs. Est-il donc extraordinaire «{u'après cela elle ait écouté les recherches du pnnce de Montbelliard ?

Comment peut-on attribuer à la denaoiselle de Hedwiger rheureux talent de se ménager tout à la fois et puJDliquement deux amans qu'elle retient paiement dans ses fers? Ce n'est pas depuis 1692 que l'on peut placer cette rare intelligence ménagée avec tant dart, puisque le sieur Zeidlitz portait alors ses sentimenslnon'seulement jusqu'à la plus parfaite indifférence, mais même jusqu'à V aversion , pour se servir des termes de la sentence de Breslau. Ce n'est pas non plus dans les années antérieures à 1692 que l'on peut mettre l'époque du roman , puisqu'il n'y a rien qui nous indique , ni qui nous fasse même soupçonner que la passion du prince de Montbelliard remonte à un temps si éloigné. Ce n'est donc qu'en confondant les temps qu'on est parvenu dans le roman des barons de 1 Espérance à unir en quelque manière deux amans également écoutés par la demoiselle de Hedwiger. Si l'on avait voulu consulter la vérité, on aurait reconnu qu'après une recherche honorable de la part du sieur 2eidlitz, suivie de la rupture la plus éclatante, le prince de Montbelliard est devenu sensible , et que les règles du devoir le plus austère permettaient à la demoiselle de Hedwiger de recevoir l'hommage d'un cœur auquel elle pouvait s'attacher sans réserve.

La naissance de plusieurs enfans, les mesures artificieuses attribuées à la demoiselle de Hedwiger pour conserver la liberté d'en gratifier qui elle voudrait , deviennent donc après cela des impostures grossières qui tombent avec la fable même qui les a produites.

Plus les barons de l'Espérance étalent avec pompe ces chimères, fruits de leur imagination, et plus ils suppriment habilement le fait décisif' du mariage ce-

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