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qull avait épousée, si ce n'est parce que cela aurait fait nécessairement le triomphe d' Anne«Sabinede Hedwiger ? Jamais le duc de Montbelliard n'avait contracté d'autre mariage que celui de 1695 : ce mariage reconnu et publié par l'histoire, ce mariage dont on prétendait avoiibrisé les nœuds par le divorce de 1714? pourquoi ne le rappelle-t-on pas dans le traité? Ne voit-on pas que la jalousie et l'ambition de la baronne de l'Espérance en auraient été offensées ; et que comme elle dominait dans cette convention, c'est elle qui n'a pas permis qu'on s'y exphquât en termes si clairs?
On ne se serait pas attendu sans doute à voir les ba-> rons de l'Espérance entreprendre de tourner cet argument en leur faveur, et prétendre que le mariage mentionné dans le traité , avait été contracté avec leur mère. On était persuadé, disent-ils , que le duc de Montbelliard avait épousé la baronne de l'Espérance par paroles de présent. Mais qui est-ce qui était persuadé de cette fable? Sur quoi pouvait-elle être appuyée? où en trouvait-on la trace la plus faible? Jamais on n'en a parlé, J'amais on n'en a eu même le plus léger soupçon. Lorsque e mariage a été célébré depuis, en 1718, c'était l'occasion favorable de rappeler cette espèce d'engagement; mais ni dans l'acte de célébration de cet odieux mariage, ni dans aucun autre acte, tel qu'il puisse être, on n en découvre aucune mention : sera-t-il permis aux barons de l'Espérance de nous entretenir perpétuellement de fictions et de chimères?
Deux vérités, disentrils, résultent de ce traité : la première , que le duc de Montbelliard était marié ; la seconde , qu'il était marié avec la baronne de l'Espérance leur mère. Pour la première conséquence elle est juste. Tout annonce en effet dans la convention de Wilbade j que le duc de Montbelliard avait été marié; c'est ce qu'il déclare lui-même dès le commencement du traité, en disant que jusqu'à présent il ri a point contracté de mariage licite et suffisamment qualifié y et suivant l'état que le requiert sa sérénissime maison. Mais pour la seconde conséquence , que le mariage qu'il avait contracté était avec la baronne de l'Espérance, c'est ce
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qu'on ne peut pas soutenir avec quelcjue pudeur : car enfin il doit demeurer pour constant que ]amais il n'y avait eu de mariage entre eux , au moins lors de la convention deWilbade. On la dëjà dit, et on ne peut trop le répéter, on n'en aperçoit pas le moindre vestige dans tout ce qui précède , non-^semement les registres publics n'en parlent point, mais les écrits privés, mais les actes les plus obscurs et les plus suspects ne nous en *pré* sentent pas même l'idée; au contraire, le mariage de 1718 suppose nécessairement qu'il n'y avait aucun engagement antériem- : comment donc entreprend-on de nous persuader que le traité de Wilbade établisse une fausseté si grossière?
Il y est parlé d'un mariage antérieur du duc de Montbelliard, cela est vrai; mais puisqu'on ne désigne point celle qu'il avait épousée, à qui peut-on appliquer cet aveu? Sera-ce à la baronne de l'Espérance, qui certainement ne l'avait point épousé, et qui n'a été mariée avec lui que trois ans après ? Ce ne peut donc être qu'à la demoiselle de Hedwiger, dont l'acte de célébration de mariage est rapporté , dont le mariage avait été reconnu par le traité de divorce fait sept mois avant la convention de Wilbade, que l'histoire avait annoncée depuis plusieurs années comme mariée au duc de Montbelliard. Les barons de l'Espérance ne veulent pas qu'on croie un mariage qui existe, dont l'acte est rapporté, qui est confirmé par les actes les plus solennels ; et ils veulent nous faire croire un mariage fabuleux qui n'a pas l'ombre même d'existence; ils veulent que le traité de Wilbade , en parlant d'un mariage, se rapporte à cette chimère, et non a l'engagement justifié de la manière la plus claire et la plus précise : c'est insulter à la raison que de lui faire tenir un pareil langage.
Ce n'est donc qu'en 1718 que le duc de Montbelliard a la faiblesse d'épouser la baronne de l'Espérance , au préjudice des droits sacrés de l'épouse légitime, auxquels le divorce de 1714 n'avait pu donner aucune atteinte. S'il n'y avait eu d'obstacle que dans le traité de Wilbade , le Auc de Montbelliard aurait eu raison de se soulever contre une condition aussi dure et aussi injuste
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que celle qu'on lui avait imposée par cet acte; et la baronne de FEspërance, en le faisant signer, avait bien compris qu'il ne pourrait jamais lui faire préjudice : mais ce qui détruira à jamais ce prétendu mariage de 1718, est que les nœuds qui unissaient le duc de Montbel-* liard à la demoiselle de Hedwiger , n'avaient point été rompus par le divorce , et n'avaient pu 1 être; c'est que dans la religion même protestante on ne se joue point ainsi des engagemens les plus sacrés , et qu'un prince ^ quelque élevé qu'il soit par son rang , ayant une iemme légitime , ne peut en prendre une seconde , ni lui attribuer par-là un état dont il n'est plus le maître.
Reconnaissons donc que tous les faits renfermés dans cette seconde époque , ne sont que l'ouvrage des intrigues de la baronne de l'Espérance , qui a voulu s'élever au comble des honneurs en sacrifiant celle qui Souvait seule y apporter obstacle. C'est ce qui a pro^ uit le divorce de 1 7 1 4 ? le traité de Wilbade de 1716, et enfin le mariage de 17 18 ; mais que peuvent tant de titres impuissans contre l'état inébranlable de l'épouse légitime et de son fils ? C'est aussi ce qui a produit dans la troisième époque tant de monumens dans lesquels ils ont été reconnus.
Troisième époque. — Les barons de l'Espérance effrayés du nombre et de l'autorité des titres par lesquels le feu duc de Montbelliard , dans les trois dernières années de sa vie , a reconnu la vérité du mariage qu'il avait contracté en 1695 avec la demoiselle de Hedwiger, et les droits inviolables de son fils , ont réuni tous leurs efforts pour persuader que ces actes n'étaient que l'effet d'un complot formé entre les membres de deux familles qui dominaient à la cour de Montbelliard , et dont les. intrigues ont été favorisées par la faiblesse et par l'indolence du souverain.
Il avait marié, dit-on, en 17 19, le comte de Sponeçk son fils à Eléonore-Charlotte de Sanderleben de Coligny , qui était aussi sa fille. C'est avec douleur^ disent les barons de l'Espérance, que nous rappelons une circonstance si humiliante ; mais on ne pouvait la dissimuler après les pièces que le comte de Sponeck a lui-
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même produites et qui la justifient. Ces deux famiUes réunirent tout leur crédit pour forcer en quelque manière le duc de Mombelliard à adopter le taux mariage de Rejouîts, et à reconnaître le comte de Sponeck comme
I)rince he'réditaire. Pour appuyer ces idées , on fait un ong exposé des motifs par lesquels ils parvinrent à le déterminer. Mais comme on est obligé de convenir de Tabsurdité des motifs, en supposant avec les barons de l'Espérance qu'il n'y avait point de mariage, on échappe, ou Pon croit échapper au reproche qu'excite vqûl système si odieux, en représentant le duc de Montbelliard comme un prince asservi sous le joug de Jean-Rodolphe , comte de Sponeck , qu'on décore du titre chimérique de son premier ministre.
C'est à cette intrigue qu'on attribue les lettres de naturalité que le duc de Montbelliard obtint du roi au mois de mai 1719 pour les enfans de ses deux mariages ; l'acte du 16 avril 1720 par lequel le duc de Montbelliard engage sa première femme , dont il $'était séparé par le divorce , et celle qui lui avait succédé , à se traiter et à se reconnaître pour épouses légitimes ; la commission donnée à deux de ses conseillers pour prendre une déposition juridique du sieur Nardin sur toutes les circonstances du mariage célébré en 1696 ; celte déposition ; la procuration donnée à son fils pour aller en Pologne lever une expédition de l'acte de célébration ; la fausse , l'infidèle expédition que le comte de Coligny s'en fit donner par le ministre Koch , et qu'il fit légaliser par les magistrats deSkoki; l'assignat du douaire du mois de novembre 1720; enfin les démarches que fit le duc de Montbelliard auprès de l'empereur , pour laire rendre à son fils le titre et les honneurs de prince héréditaire : ces titres a joute-t-on , ont prévenu tous les esprits en sa faveur; mais depuis qu'on a substitué les pièces véritables à celles qui ne l'étaient pas , les prestiges de l'erreur et du mensonge se sont dissipés , et l'on a vu s'élever une espèce de cri universel en faveur des barons de l'Espérance.
Tout roule dans cette dernière partie sur le système d'une cabale, sous le poids de laquelle le souverain