PREMIÈRE PARTIE
lui-inénie a succombe. Voilà à quoi aboutit tout l'efTort du génie qui préside à la défense des barons de l'Espérance. Une foule de monumens confond nos prétentions ; mais pour lés détruire , imaginons que tout cela n'est que l'efiet de l'obsession sous laquelle le prince a gémi , que l'honneur, que la vérité n'ont pu pénétrer jusqu^à lui , qu'il a cédé à la tyrannie exercée sur son esprit , et que tant de démarches qu'il a faites dans le cours de trois ou quatre années lui sopt absolument étrangères. Avec , de pareilles insinuations , il n'y a point de vérité qu'on n'oDSCurcisse , point d'état qu on ne renverse , point de titre qu'on ne détruise. Il est inutile de raisonner sur ce que les hommes ont fait, sur ce qu'ils ont écrit et signé, sur ce qu'ils ont répété cent et cent ibis ; tout cela ne pourra être opposé à une partie téméraire , qui aura toujours la 'ressource de supposer que c'est l'artifice et la séduction qui ont arraché d'un homme faible tant dé preuves et tant de reconnaissances.
Mais si un pareil moyen ne peut être écouté , quel jugement en peut-on porter , quand on le propose dans des circonstances qui en découvrent toute l'absurdité ? La comtesse de Sponeck , selon nos adversaires , n'était qu'une concubine reléguée depuis près de^vingt ans ; le prince, dans le temps qu elle régnait avec le plus d'em-
{)ire , n'avait rien fait, n avait rien voulu faire pour elle ; 'indifférence d'abord , la haine et le mépris dans la suite, avaient pris successivement la place de la tendresse et du dévouement; la baronne de l'Espérance au contraire était devenue l'objet de l'estime la plus pure , de la passion la plus vive , et le duc de Montbelliard s'était déterminé avec joie à partager avec elle son rang et sa fortune. Telle était la situation de la cour de Montbelliard en 17 19; et c'est dans cette supposition que la * comtesse de Sponeck , cette concubine qui avait vieilli dans l'obscurité et dans l'ignominie , reprend un empire despotique sur le duc de Montbelliard ; tout tremble , tout fléchit sous ses lois ; le prince , ses ministres^ les officiers du consistoire, les peunles du duché de Montbelliard , rien ne lui résiste ; eue travestit la honte du concubinage , et l'élève à la dignité de l'engagement le
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lus sacre ; elle fait adopter un acte faux ^brique dans es ténèbres ; elle se fait reconnaître pour épouse légitime, et son fils pour prince héréditaire : est-ce donc à des personnes sensées que Ton propose une si étrange métamorphose ? La décoration change aussi subitement à la cour de Monibelliard que sur nos théâtres ; c'est ime espèce d'enchantement qui la produit , contre les lumières de la raison , contre les idées du vraisemblable* Les barons de l'Espérance ne peuvent se le dissimuler à eux-mêmes ; ils sont forcés de convenir que cela est incroyable , et cependant ils ne permettent pas d'en douter. Que pourrait-'OU répondre à des gens qui tiennent un pareil langage, sinon qu'ils veulent que tous les hommes deviennent aussi imbéciles qu'ils représentent le feu duc de M ontbelliard ?
Mais que devient pendant ces révolutions la baronne de l'Espérance leur mère ? Elle venait d'épouser le souverain , jet si l'on en croit ses enfans , tous les officiers 4e la cour , tous les ordres <de la principauté avaient assisté à son mariage ; elle. en avait reçu les honhmages ; les princes et les princesses de la branche de FTirtemberg'Oëls lui^vaient écrit dans les termes les plus tendres , et ont toujours continué de lui don" ner y comme à une souveraine y comme à leur pa^ rente , des témoignages signalés de leur estime et de leur tendresse. Quel triomphe ! quelles acclamations ! quel degré de gloire et d'honneurs ! Cependant aussitôt on la dégrade , et l'on l'avilit jusqu'à donner à son époux une femme qui la précède dans l^ionneur du mariage , et aux enfans nés de ce maris^e supposé, un rang qui rabaisse les siens ^ ^lle voit subitement un prince âgé de vingt-deux ans , paraître à la cour de Montbelliard comme prince héréditaire , et elle demeure tranquille , sans crédit , sans considération ; elle laisse tout faire à une cabale qui l'opprime au moment même où elle parvient à la souveraineté ; personne ne s'intéresse pour elle , elle n'a ni ami ni confident; et jusqu'à cet époux m^me qui la comble d'honneur , tout la trahit. Ce n'est point assez , elle se prAe elle-même à la conjuration , elle reconnaît la demoisellede Hedwiger pour duchesse