‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 3)Chapitre 136 sur 196 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

de Montbelliard et son fils pour prince héréditaire ; elle signe avec eux des actes dans lesquels elle leur défère ces titres si injustement usurpés , et subit elle-même sa propre proscription : quelle frénésie ! Aussi les barons de TEspérance ne craignent point de le répéter , cela est incroyable , et cependant il le faut croire. Ce serait fatiguer inutilement le public que de pousser plus loin la' râlexion.

Mais un grand mobile , nous dit-on, conduisait toute cette intrigue. Le duc de Montbelliard avait marié le comte de oponeck son fils avec la demoiselle de Sanderleben, qu'il avait eue d'Henriette Hedwic, première baronne de l'Espérance ; ce mariage monstrueux avait ranimé toute sa tendresse; et rien ne devint difficile à la comtesse de Sponeck, soutenue du comte de Sponeck son irère, favori , premier ministre du duc de Montbelliard : car on ne craint point de lui prodiguer les titres les plus imaginaires.

Les barons de l'Espérance renouvellent ici l'imposture énorme qu'ils avaient essayé de répandre dans leurs Î>remiers mémoires; ils ne craignent point d'accuser eur père d'avoir marié ensemble deux ae ses enfans, et de l'annoncer à tout l'univers comme coupable d'excès aussi contraires à la nature qu'à la religion. A ce seul trait ils deviendraient indignes de prendre part à sa grandeur et à ses biens : il aursdt mieux valu que pendant sa vie ils lui eussent plongé un poignard oans le sein, que de lui faire une pareille insulte après sa mort; un père qui marie ensemble deux de ses entans, est un monstre qu'il faut étouffer , et un fils qui fait un pareil reproche à la méiùoire de son père, en est un autre qui n'est pas digne du jour qui l'éclairé : d'autant que ce reproche d'un côté ne peut jamais servir à la défense des barons de l'Espérance , et que de l'autre la calomnie est confondue par des titres authentiques qu'ils ne peuvent désavouer.

Ce reproche leur est inutile , parce que si on ne peut élever aucun doute sur le mariage de 1696, ni sur la naissance de l'enfant qui lui doit le jour, sa capacité de succéder ne souffrirait aucune atteinte du mariage plu»

388 OEUVRES DE COGHIN.

OU moins légitime que son père lui aurait fait contracter : c'est donc gratuitement, c'est donc sans objet que. les barons de PEsperance imaginent une imposture dont •ils ne peuvent recueillir aucun fruit. Mais c'est une calomnie confondue par les titres les plus authentiques. •Henriette Hedwic, baronne de l'Çspërance, avait été mari^ au mois de février 1697 !^^^^ ^^ «ieur de Sanderleben ; l'acte de célébration est en bonne forme dans l'église d'Oëls en Silésie , et non dans une église de Montbelliard, comme les barons de l'Espérance l'avaient avancé faussement dans un de leurs mémoires. De ce mariage est née au mois d'octobre 1700, Eléonore- Charlotte de Sanderleben, qui a été mariée en 17 19 au fils légitime , à l'héritier présomptif du feu duc de Montbelliard. Elle a été baptisée comme fille du sieur de San**- <lerleben et de Henriette Hedwic , baronne de l'Espë^ rance, sa femme; ainsi elle est née dans le sein dun mariage consacré par les lois. Légitime par sa naissance, elle en a reçu le caractère par l'acte solennel constitutif de son état; elle est donc née absolument étrangère au duc de Montbelliard.

Ce ne fut qu'en 1701 qu'Henriette Hedwic demanda et obtint au consistoire dç Montbelliard une sentence de divorce contre le sieur de Sanderleben son mari , sentence qui , en lui rendant sa liberté , défendait au sieur de Sanderleben de se marier à une autre, suivant l'usage des églises protestaiites, qui distinguent entre les deux époux celui qui, par ses égaremens, a donné lieu au divorce, de celui qui ne s est attiré aucun reproche, délivrant celui-ci d un joug trop onéreux , et laissant l'autre dans des liens qui font partie de la peine qu'il a méritée. Si depuis ce divorce le duc de MontbdQiard s'est attaché à Henriette Hedwic, baronne de l'Espérance, s'il en a eu des enfans naturels , il est souverainement injuste de confondre les enfans qu'elle a eus avec son mari pendant le cours de leur union, avec ceux qu'elle a pu avoir depuis le divorce avec un amant qui avait profité de sa liberté et de son indépendance.

On né peut pas douter de la vérité de ces particularités j 1 acte de célébration de mariaire des sieur et dame de San-

FREMIÈUE PARTIE. 38^

derleben du mois de février 1697, l'extrait kaptistaire d'Eleonore-Charlotte, leur fille^du mois d'oetobre 1700, enfin K sentence de divorce de 1701, tout est rapporté en bonne forme. Il n'y a point d'état dans le monde qui ne puisse être compromis , si avec de pareils titres on n'est pas à l'abri de l'insulte et de la calomnie. Que rester l-il donc aux barons de l'Espérance d'une accusation si odieuse et si téméraire , que l'indignation publique dont ils doivent être accablés pour avoir votdu couvrir la mé-. moire de leur père d'un opprobre éternel?

Si dans les dernières années de sa vie le duc de Mont-» belliard a rendu hommage aux droits de sa femme et de §on fils, s'il les a présentés au roi, à l'empereur., aux princes et princesses de sa maison, aux peuples du duché de Montbelliard^ comme lui étant unispar les titres les plus sacrés; s'il a rassemblé toutes les preuves du mariage, s'il a eu recours pour cela aux monumens. publics, s'il a employé les dépositions des témoins présens au mariage; en un mot, s'il' a mis dans tout son jour une vérité si importante , il uefaut donc pas attribuer cette conduite au crédit de la famiDe de Sponeck et de celle de Sanderleben; le duc de Montbelliard n'a fait en cela que ce que rhoïineiar, que ce que la religion exigeaient de lui pour réparer l'injustice que la branche de Wirtemberg-Stutgard lui avait fait taire par le traité de Wilbade.

Que la baronne de l'Espérance se soit jointe ellemême à tant de témoignages par les actes qu'elle a si-* gués. On n'en doit pas être surpris; autant elle aurait dû s'élever contre ces démarches si elles avaient été le fruit de la cabale et de l'imposture, autant était-elle çbligée décéder à l'éclat d'une vérité si incontestable; trop heureuse , en se retranchant sur le divorce de 1 7 1 4> d'occuper la seconde place à la cour de Montbelliard , et de miàiager à ses enfans un rang éclatant à la suite du fils légitime qu'elle ne pouvait méconnadtre. Dans cette conduite tout est simple , tout est naturel ; au lieu que dans le système imaginé par les barons de TEspérance, tout révolte, tout choque également et la raison et la vraisemblance. .

Après avoir détruit toutes les fables, toutes les sup--

3go OEUVRES DE GOCHIN.

Êositiôns hasardées par les barons de TEsp^rance, il lut passer aux conséquences qu'ils en tirent dans Fëtablissement de leurs moyens : ils les partagent en trois propositions. Dans les deux premières, ils entreprennent de prouver que quand le duc de Montbelliard aurak epousë en 1096 la demoiselle de Hedwiger, le second mariage qu'il a contracté en 171 8 avec la baronne de TEspërance n'en serait pas moins valable. Dans la troi-^ sième, ils attaquent le mariage de 1696 par tous les moyens que la malignité , la passion et l'esprit d'erreur a pu leur inspirer.

L'ordre naturel aurait voulu cpi'on suivit une autre route 9 qu'on commençât par examiner si le duc de Montbelliard avait été marié en 1695 , avant que d'agiter la question de savoir s'il a pu se marier en 1718; car quoique dans les deux premières propositions on sup-

J)ose rexistence et la validité du mariage de 1 698, on sent 'extrême différence qu'il y a entre une vérité constante et parfaitement justifiée, et une supposition toujours accompagnée de réserves et de correctifs qui laissent Vjesprit en suspens , et qui le disposent plus facilement à recevoir tout ce qu'on veut lui inspirer contre cette vérité qu'on regarde comme équivoque. Les barons de l'Espérance ont senti tout le besoin qu'ils avaient de cet artifice pour sauver , s'il était possible , le prétendu ma-, riage de 1 7 18; mais quoiqu'ils aient cru se ménager queU que avantage dans cette interversion de l'ordre naturel , on ne craindra pas de les suivre dans leurs propositions, telles qu'ils les ont arrangées, et de soutenir lès deux propositions contraires , en faisant voir : i-*' Que le prétendu mariage de 1718 ne peut jamais être légitime. 2^ Que celui de 1695 avec la demoiselle de Hedvrigcr est aussi sacré, aussi indissoluble, qu'ikest constant et appuyé sur les preuves les plus décisives. Mais avant que de traiter ce$ deux objets, qu'il soit permis de faire iciune réflexion importante sur l'idée générale que présente mie contestation si célèbre.

Observation générale. — Le feu duc de Montbelliard a été marié deux fois : en 1696 avec la demoiselle de Hedwiger , en 1718 avec la baronne de ^Espé^ancç^

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