PREMIÈRE PARTIE
son héritier universel. Elle appelle les demies , ses en^ fans légitimes j et du sieur Èourgelat son mari; aie appelle celui-ci son cher et bien-^aimé mari. Est-ce là un langage de dissimulation et d'imposture? Elle n^a pas preteirfu faire. en leur, faveur une aéclaration qui supposerait que leur état aurait e'té équivoque; ces déclarations sont souvent suspectes; les précautions prises Sour assurer Tëtat des hommes sont souvent des preuves e son incertitude ; mais c'est une femme qui, dans lesein d'un mariage paisible, parle de son mari et de ses enfans, avec la simpHcité qui convient à l'innocence ; et dans quel t^nps parle-t-élle ainsi ? C'est au lit de la mort ; c est quand elle reconnaît que le temps pour eHe est prêt à fiiûr, et que l'éternité va commencer; c'est dans ces momens redoutables où l'on découvre toute l'horreilr du crime dont on serait coupable. Pour elle , qui ne pouvait être susceptible de ces idées si contraires à la saintelé de son mariage, elle dispose naturellement dans sa famille, elle partage ses faveurs entre son mari et ses eirfans; termes, qu'une douce habitude lui avait rendus familiers, qu'elle répète souvent , parce qu'ils lui sont chers^ et que cette tendresse fait honneur à sa vertu.
A ces reconnaissances des père et mère, se joint ensuite la notoriété pubUque, non par des dépositions suspectes et mendiées depuis une contestation liée entre différentes, parties; mais par des actes publics passés dans des temps où il était impossible de prévoir qu!ils pourraient être un jour tirés à conséquence; les j^rrains , les marraines dans les extraits baptist^ires , le^ notaires et les témoins dans le testament , le curé dans l'extrait mortuaire de la mère , qui sans être dirigé par des inspirations étrangères , donne à Hiéronime Caprioli la qualité de femme de Pierre JBourgelat , qui reconnsdt qu'elle est morte entre ses bras, atwès avoir reçu de ses mains les derniers sacremens de 1 église ; les Augustins de la Croix-Rousse , qui , la connaissant depuis longtemps, ont donné un certificat de la pureté de ses mœurs, et de la sainteté de sa vie, et reçu son corps publiquement comme celui d'une femme légitime.
Joignons à touVcela les témoignages publics qui ont
4o OEUVRES DE COCHIN.
suivi ^v Fextrait moriuaire du second fils mort en 1696, conduit eh grande procession à la sépulture de sa mère, accompagné jusqu au tombeau par son père , qui en lui rendant publiq[uement ces derniers devoirs, si durs à la nature 7 n'a pas prétendu sans doute jouer une comédie, ni en imposer au public , puisque sa femme était morte depuis deux ans , et qna'iî n'aurait pas eu le moindre
{)rétexte pour vouloir abuser plus long-temps la créduité publique.
. Joignons encore à tout cela l'autorité des deux en-^
3uétes$ composées de trente-sept témoins , faites en vertu 'un arrêt de la cour, où cette légitimité de Barthélémy Bourgelat et l'état de sa mère sont si authentiquement reconnus, qu'elles suffiraient seules pour l'étabUr.
C'est toujours dans le même esprit que Pierre Bour^igelât, pour remplir à l'égard de ses enfans les devoirs de son état, a conduit celui qui lui restait, tantôt par luimême, tantôt parles régens sous lesquels il l'a placé, et tantôt enfin par les négocians auxquels il l'a confi^. On voit dans le^ lettres qu'il a écrites, le zèle, l'attention d'un père pour un fils, à qui il devait toute sa tendresse; On ne peut trop faire valoir l'expression qui se trouve dans la lettre du sieur Tourre, écrite au marchand 'de Garcassonne, où il le prie de recevoir chez lui le fils unique du sieur Boiu'gelat ; ce terme ne fut jamais employé pour désigner un bâtard ; c'est une expression qui se trouve consacrée dans l'usage à l'enfant qui se trouve le seul fi-uit d'un mariage où l'honneur et la religion ont présidé.
Ainsi toutes les voix se réunissent pour assurer la légitimité de Barthélémy Bourgelat , et par ciotaséquent le mariage de ses père et mère : ce ne sont point ici de ces dépositions préparées avec art, soutenues ou par dévouement à la partie, ou pat corruptioil, ou par faiblesse; c'est un langage uniforme d'un nombre iniini de parties diflféreiites, dans un temps non suspect; c'est un concert de toutes sortes de personnes qui , entraînées par la notoriété , se réunissent dans un point de vérité qui n'a jamais trouvé de contradiction, et c'est là ce qm forme la possession publique de l'état.