PREMIÈRE PARTIE
Cependant, si on en croit les défendeurs, il n y a rien de décisif dans ces faits; la déclaration du père ne peut former Tëtat de ses en&ns , ni le sien même el celui de sa femme ; elle a été enterrëe comme femme du sieur Bourgelat, mais il avait trompé le curé; il a fiadt élever ses enfans avec soin, mais c'est un devoir même à Vé« gard des bâtards ; au surplus il a abandonné Barthélémy Bourgelat, et s'est contenté de lui donner une modique pension de 4oo liv. comme à son fils naturel: ainsi d^x temps a distinguer ; un premier , c'est celui dans lequel il a pris soin de son fils, parce que l'humanité l'exige à l'égard des bâtards; un second, dans lequel il l'a entièrement abandonné a lui-même , parce qu'il l'avait mis en état de se soutenir; il l'a donc toujours traité comme son fils, mais comme son fils bâtard.
Mais quelles preuves peut^on donc rapporter de la possession publique de l'état, si celles qu'on a expliquées n'étaient pas suffisantes? La déclaration du père ne suffit pad , dit-on , pour assurer et son propre mariage, et l'état -de ses enfans; quel moyen! Si c'était une déclar ration donnée depuis la contestation, cela pourrait être supportable ; mais lorsqu'un grand nombre d'actes passés,dans des temps éloignés , dans lesquels le père a parlé naturellement de létat de sa famille, non dans la vue de fournir des preuves de l'état , mais pour satis&ire aux devoirs ordinaires et les phis essentiels , ces actes, dis-je , ont toujours formé une preuve décisive par leur réunion, pour former une preuve de possession, qui supplée à l'impuisance où senties en&ns de rapporter les titres fondamentaux de leur état.
Que le père n'ait traité Barthélémy Bourgelat xme comme son fils bâtard, c'est encore une illusion bien Ëicile à dissiper. Il est certain, du propre aveu des dé-^ fendeurs, qu'il l'a toujours traité comme son fils ; il a pris smn de son éducation : d'abord il l'a élevé dans sa propre maison, ensuite il l'a mis au collège, et enfin chez des négocians comme son fils ; il n^a jamais manqué de pourvoir à ses besoins. Mais, dit-on, il ne l'a traité en tout cela que comme bâtard. Voilà le dernier reiranchement des enfans du second lit. Mais qui doit-on
4i OEUVRES DE COCHIN.
croire sur ce fait? Est-ce au discours des défendeurs qu'il faut déférer, ou à celtai de la dame Bourgelat? Le» uns et les autres veulent pe'nctrer dans l'intention du père, la tourner aU' gre de leurs intérêts : les uns disent que les soins du père sur Barthélémy Bourgelat, considéraient en lui un fils légitime ; et les autres , qu'ils n'y considéraient quW bâtard. Voici ce qui décide, c'est la déclaration du père ; lui seul est le fidèle interprète de^s pensées et de son intention : or que nous dit-il dans une pièce non suspecte , dans l'extrait baptistaire de Barthélémy Bourgelat? Que cW son fils légitime. C'est la déclaration qu'il a signée lui-même ; tous les soins , tous les mouvemens qu'il s'est donnés depuis , se réfèrent à cette première déclaration , et s'expliquent
i)ar elle. Que les défendeurs ne se donnent donc plus a liberté d'interpréter la conduite de leur père , et de lui donner des moti& qu'il désavoue avec inmgnation ; il â toujours traité Barthélémy Bourgelat comme son fils , cela. est constant entre les parties, mais était-ce comme son fils bâtard ? Que les détendeurs rougissent de le dire , . quand leur père a solennellement déclaré et ^gné le <:ontraire; la possession publique de l'état n'est donc point ëquivoquîe; c'est un fils toujours reconnu, toujours traité comme fils légitime pendant la vie de son père et jusqu'à l'âge de trente-quatre ans.
Mais dans les dernières années de la vie du père, le fils ne venait point chez lui , et n'en recevait qu'une faible pension de 4oo liv. par an. On ne peut déguisera la justice que le fils, par sa conduite, s était attiré ce re&oidissement de la part de son père; mais à cette^première cause s'en est jointe une autre bi^iphis efficace: un second mariage, dans les douceurs duquel il n'est que trop ordinaire que l'affection pour les enfans du premier lit s'affaiblisse. Il Êiudrait avoir bien peu d'usage du monde , pour n'être pas convaincu que ces nouveaux engagemens ont souvent des suites encore plus funestes. Il sied bien après cela aux en&ns du second lit d'insulter aux malheurs que le second mariage du père commun a attirés à celui du premier lit; c'est bien assez qu'ils par tageiit avec lui la fortune du père '