PREMIÈRE PARTIE
choquant dans la tbrme , quHl est nul et insoutenable au fond^ peut être la source de la bonne foi ? Non^ un act« qui ne présente que des caractères de réprobation ^ ne peut séduire personne. Comme il n'est jamais permis d'ignorer les règles et les lois^ il n'est jamais permis de «c reposer sur un acte dans lequel elles sont toutes violées. On excuse une ignorance de fait, mais on n'excuse point le mépris des lois les plus sacrées; et comme ce caractère était sensible dans le traité de divorce, il n'a pu en imposer à qui que ce soit, et moins encore à la baronne de l'Espérance , qui ne pouvait se dissimuler à elle-même quil était uniquement le fruit de ses artifices.
( Différence entre le mariage du duc de Montbelliard de 1718 et celui de Philippe-Auguste avec Agnès d'Istrie. )
On ne peut qu'être scandalisé après cela du parallèle qu'osent faire ses enfans entre son mariage et celui d'Agnès de Bohême, ou d'Istrie, fille du duc de Méranie, avec Philippe-Auguste. Ce prince, qui avait épousé, diton, Ingelburge, sœur de Canut IV, roi de Panemarck, fit prononcer la nullité de son mariage pour cause de parenté, par un légat du sâint-siége, et, sur le fondement de cette sentence, épousa Agnès, fille du duc de Méranie ; mais la sentence de divorce ayant été depuis caseée, on jugea cependant que les enfans nés du mariage d'Agnès d'Istrie étaient légitimes. Les différences essentielles entre cet exemple et celui de la baronne de l'Espérance ont-elles donc besoin d'être relevées ?
Philippe- Auguste, qui venait d'épouser Ingelburge, ayant prétendu qu'il y avait un empêchement dirimant dans le degré de parenté qui se trouvait entre eux, le pape Célestin III nomma un légat pour présider a une assemblée d'évêques, d'abbés et de narons , et pour y prononcer en connaissance de cause sur la valicUté du mariage. Ce fut dans une assemblée si auguste que le mariage liit déclaré nul, quelque résistance qui! y eût de la part il'Ingelburge et du roi de Danemarck son ii'ère. Le roi de Danemarck en porta ses plaintes au pape, qui représenta à ses envoyés les informations qui.avaient été faites
4o4 OEUVRES ifE COCHIN.
en Frauce sur Talliance des deux maisons : ce qui les obligea de se retirer. Ce fut dans ces circonstances que Philippe- Auguste épousa Agnès d'Istrie. Cet ëve'nement excita de nouvelles plaintes de la part du roi de Danemarck ; il y eut plusieurs conciles tenus en France par de nouveaux légats du pape , pour prendre une plus amie connaissance du fond; mais Philippe-Auguste, fatigue' u trouble que cette affaire causait dans le royaume, reprit Ingelburge sa femme, sans que cela fût ordonné par aucun jugement contraire au premier.
Quand après cela on aurait reconnu Agnès d'Istrie
Sont femme légitime , et ses enfans comme capables e succéder, quel avantage en pourrait tirer la baronne de FEspérance? La bonne foi d'Agnès distrie était appuyée sur le jugement solennel d'une assemblée vénérable d'évéques , d'abbés et de barons , qui avaient à leur tête un légat du saint- siège. Ce jugement avait été rendu sur des informations juridiques ; le pape Célestin III paraissait l'avoir adopté ; et ce ne fut que son successeur Innocent III qui permit de renouveler la question terminée par un jugement, qui dans la règle ne pouvait être réformé. Que l'on mette vis-à-vis de ces circonstances l'acte purement volontaire passé entre le duc de Montbelliard et Anne-Sabine de Hedwiger, par lequel ils se permettent mutuellement de se marier a d'autres , il n'y a personne qui ne soit révolté du parallèle.
Cependant ce ne fut qu'avec beaucoup de peine que les enfans d'Agnès d'Istrie furent reconnus pour légitimes. Philippe^ Auguste y dit un de nos historiens, obtint du pape y et de plusieurs prélats de France , qu'un fils nommé Philippe y et une fille nommée Ma-^ rie y qu'il avait eus d'Agnès de Bofiêm^e ^fussent déclares légitimes et capables d'hériter de lui ; ce qui
DÉPLUT FORT AUX SEIGNEURS DE FRANCE : m^is ajont
un fils d'Isabelle de Hainaut sa première femme y et ce fils ayant eu postérité y cette affaire n'eut point de suite. Un autre historien, qui ménage moins les ex-
Eressions, dit que Philippe- Auguste eut d'Agnès de Boême deux enfans qui ne pointaient passer que pour
l^âtards ^ si le pape Innocent III ne les eût légitimés. Quel avantage les barons de TEsperance peuvent-ils tirer de cet exemple? On ne pouvait pas soupçonner la bonne foi d'Agnès de Bohême ou d Istrie ; cependant Philippe- Auguste eut besoin de toute son autorité pour faire reconnaître légitimes les enfans qu'il avait eus de cette princesse , et pour vaincre la re'pugnance de la nation. Qu'aurait-on pensé alors , que doit-on penser aujourd'hui des enfans de la baronne de l'Espérance ^ elle dont la mauvaise foi éclate dans toutes ses démarches, et qui n'a en sa faveur qu'un divorce purement volontaire, sans cause et sans prétexte?
Rien ne peut donc justiner le prétendu mariage de la baronne de l'Espérance avec le duc de Montbelïiard. Quand ce prince n'aurait pas été dans les liens d'un premier engagement, il n'aurait pas pu épouser la sœur de celle dont il avait eu plusieurs enfans naturels* Mais l'obstacle du premier mariage détruit si radicalement le second, qu'il n'est plus possible de le soutenir, et le prétendu acte de divorce entre le mari et la femme , en confirmant de plus en plus la foi du premier mariage y n'est propre qu'à fournir des arn^es contre le second y loin de le justifier ou de lui servir d'excuse.
Observatioiïs sur la troisième proposition des barons de l'Espérance.
Nos adversaires commencent par élever des doutes sur la naissance de Georges -Léopold, fils unique du feu duc de Montbelïiard et d'Anne-Sabine de Hedwiger. On ne prouve pas, disent-ils, qu'il soit même fils naturel de ce prince, on n'est fondé que sur le certificat d'un inconnu , qui n'est soutenu d aucune possession d'état, ou plutôt qui se trouve combattu par une possession contraire; comment peut-il se présenter comme fils légitime, et comme capable de recueillir les états et les biens du feu duc de Montbelïiard '^ Pour dissiper ces' doutes affectés, il suQit de retracer en un mot les titres qui prouvent et la naissance et la possession d'état , contre lesquels les barons de l'Espérance osent s'étever.
4o8 ŒUVRES DE COCHIN.
përance, de traiter un enfant dont la naissance est si éclatante^ comme le fruit d'une débauche obscure, qui ne permet pas de distinguer ni de reconnaître ceux à qui il doit le jour. Les plus grands excès ne leur coûtent rien , et il n'y a point de vëritë pour eux qu'on puisse regarder comme sacrëe.
Mais si la naissance n'est point équivoque, le mariage des père et mère est-il certain, èst-il inébranlable? C'était à proprement parler l'unique question à laquelle il fallait se réduire, c'est aussi celle sur laquelle nos adversaires réunissent tous leurs efforts. Suivons-les dans leurs raisonnemens,et faisons voir qu'ils ne sont appuyés que sur l'imposture et sur l'illusion. Comme le premier litre qui soutient le mariage est l'acte même de célébration , ils entreprennent de le combattre par trois réflexions : 1 ° Il était impossible que le duc de Montbelliard et la demoiselle de Hedwiger se mariassent au mois de juin 1 696 ; 2° l'acte de célébration présente par luimême des preuves et des caractères de fausseté; 3*" il ne renferme aucune preuve de mariage.
Pour établir la première réflexion , ils observent que la demoiselle de Hedwiger poursuivait en 1696 le sieur Zeidlitz pour lui faire accomplir des promesses de mariage. Il serait .absurde de penser, disent-ils, qu'elle voulût dans le même temps épouser le prince die Montbelliard. D'un autre côté le prince de Montbelliard était à la tête de son régiment en Hongrie; il n'aurait donc pas pu se trouver à Rejouits en Pologne le l ^^ juin, pour y recevoir la bénédiction nuptiale : il est donc impossible, selon nos adversaires, que le mariage ait été célébré dans de pareilles circonstances. Mais il est facile de faire tomber ces prétendus obstacles.
Par rapport au sieur Zeidlitz, il suffit de consulter les pièces même qu'on nous oppose, pour démontrer la fausseté des raisohnemens dont on les accompagne. Le sieur Zeidlitz avait fait une promesse de mariage , mais en quel temps? C'est ce que nous ne voyons pas; ce qu'il y a de certain, €St qu'elle remonte nécessairement au delà de 1692 , puisqu'on voit que dans cette même année on avait obtenu un interdit ecclésiastique