‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 3)Chapitre 143 sur 196 · PREMIÈRE PARTIE. i^l · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. i^l

dont il s'agit ne remplit pas, comme on le suppose, un peu de blanc trouvé au Las d'une page j mais qu'il remplit seul le tiers de cette page ? Le duc de Wirtemberg^ dans le recueil de pièces qu41 a fait imprimer , nous a donné la page entière du registre de Rejouits, sur laquelle se trouve notre acte dé célébration; elle contient en effet neuf mariages , huit de plusieurs particuliers de Rejouits , et celui du prinôe de Montbelliard qui fait le neuvième. Ces neuf articles, dans son imprimé, contiennent vingt-trois lignes; les huit premiers n'en contiennent que dix-sept , et le neuvième seul en contient six.

Voilà de ces vérités que l'on peut appeler palpables, et dont il ne faut que des yeux pour se convaincre. On sait que l'impression est plus serrée que l'écriture à la main ; mais il y aura toujours la même proportion entre récriture du registre et celle de la page imprimée. Si les huit premiers articles ne contiennent que dix-huit lignes imprimées, ils en peuvent contenir trente-quatre d'écriture à la main; mais aussi le neuvième article, qui ne contient que six lignes imprimées , en contiendra douze à la main; cela est égal, d'autant plus qu'on n'a jamais osé avancer que l'article du mariage du prince de Montbelliard fût d'une écriture plus serrée que celle des huit articles precédens : il est donc constant que cet arlicle seul contient le tiers de la page où il se trouve.

Est-ce donc là ce qu'on peut appeler un peu de blanc trouvé par hasard au bas d'une page? Cet espace, rempli par l'acte de célébration dont il s'agit, aurait suffi pour écrire encore sur la même page trois actes de mariage de la même étendue que ceux qui précèdent , puisque de huit il y en a sept qui ne sont que de deux lignes chacun. Par quel caprice le ministre luthérien aurait-il laissé le tiers de la page sans y écrire les actes postérieurs au 27 novembre, et aurait-il été les placer sur la page suivante? C'est ce qui ne peut se concevoir.

La vérité exacte, ainsi développée, raisonnons à notre tour, et voyons de quel côté doit être le triomphe. Pour rendre suspect l'acte de célébration du prince de Montbelliard , on suppose qu'il a été mis après coup dans un

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peu de blanc qui s'est trouve au bas d'une page; mais on vient de voir qu'il est impossible qu'on eût laisse un pareil blanc dans le registre : il est donc impossible qu'il ait été rempli après coup. On ne laisse point le tiers entier et plus que le tiers d'une page sans écriture ; on ne va pas port^ sur une page suivante des actes de célébration de mariage, quand on en peut mettre encore trois sur la même page où l'on a commencé à écrire : ce prétendu Uanc n'a donc point été laissé, et par conséquent il n'a point été rempli par la suite.

Nous dira-t-on que c'était un ministre infidèle qui .voulait se ménager la criminelle facilité de supposer dans la suite quelque mariage? Mais indépendamment de l'absurdité de cette supposition , qui n'a aucun fondement, on demande si le ministre aune église de village peut concevoir de pareilles idées; s'il peut concevoir que quelque jour if se présentera une occasion de favoriser quelque imposture; et m , dans une attente sî casuelle, il aura commencé par commettre une faute énorme , et qui pouvait lui attirer de justes reproches ? On peut tout supposer pour satisiaire sa passion ; mais en cela même on révolte ceux qui ne se livrent pas aux excès. Ajoutons que toutes les pages du registre sont écrites exactement jusqu'au bas; comment n y aurait-il que celle où se trouve le mariage du duc de Monlbelliard, qui aurait été réservée pour le crime et pour l'imposture ? Enfin , on ne peut trop le répéter , si on avait voulu insérer un faux acte de célébration dans un blanc trouvé par hasard, pourquoi le ministre n'aurait-il pas donné à ce mariage la date qui convenait a l'acte qui précède , et à celui qui suit immédiatement ? Qui l'empêchait ue dater notre mariage du 28 ou du 29 novemvembre 1695 ? Quiconque commet un crime , cherche à le cacher quand il en est le maître; ici on l'aurait pour ainsi dire afhché sans intérêt et sans objet, ce qui répugne à la droite raiison.

Tout ce qu'on peut dire sur l'acte de célébration , est donc uniquement qu'il n'a pas été écrit et rédigé dans le temps même que le mariage a été fait : cela est vrai , et le ministre même a pris soin d'en avertir; mais en

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