PREMIÈRE PARTIE
conçlura-t-on que Facte est faux; qu'il a été mis après coup ? C'est ce qu'on ne peut raisonnablement soutenir. L'inspection seule du registre prouve que l'acte de célébration a été ëcrit avant tous tes actes qui se trouvent sur les paçes suivantes : il a donc ëtëe'crit en 1695. Il la étéj si Ion veut, six mois après le mariage ; mais ce .n'est pas une raison d'imaginer qu'il soit faux. Un ministre, un cure qui n'écrira un acte que trois mois, que six mois après qu'il a été fait , ne commet pas une fausseté ; au contraire , il répare une faute qu il avait commise : il n'est donc point coupable d'avoir écrit, mais d'avoir écrit trop tard ; voilà tout ce qu'on peut lui reprocher. Mais le mariage en lui-même ne pourra-t-il plus subsister? La femme deviendra-t-elle une concubine? Ses enfans serontrils dégradés, et réduits à la vile condition d'enfans naturels? Voilà des conséquences qui ne fteuvent être goûtées que par les enfans de la baronne de Espérance.
1 ROisiÈME PREUVE DE FAUSSETÉ. — Le texte de l'acte de célébration ne peut s'appliquer au prince de Montbelliard ni à la demoiselle de Hedwiger; les énonciations ne conviennent qu'à d'autres époux: on y dit qu'ils venaient du duché de Teschen , mais le duc de Montbelliard et la demoiselle de Hedwiger venaient du duché d'Oéls : on y dit qu'on n'avait pas voulu les marier à cause dé la différence de religion, cependant il y a beaucoup d'églises luthériennes en Silésie : on y dit que l'époux servait dans les troupes de Saxe , cependant il servait dans celles de l'empereur. Les noms du mari et de la femme ne sont qu'en lettres initiales; la première de ces lettres ne convenait pas même au prince de Montbelliard, puisque c'est une H, première lettre du terme Herzog\ qui , en allemand, veut dire duc , et Léopold- Eberard n'était pas alors duc, mais prince de Montbelliard : cet acte est donc une espèce de monstre dont les parties n'ont aucune proportion y une énigme que personne ne peut destiner ^ un dédale où la raison s'é» gare.
Dans ces mouvemens de colère, qui transportent ici les barons de l'Espérance , on ne doit pas être étonné
4l6 OEUVRES DE COCHIN.
Su'ils oublient leur propre système; il faut de la réexion pour être d'accord avec soi-même , et cette vertu n'est pas du ressort des grandes passions. Si les barons de l'Espérance soutenaient aujourd'hui , comme ils avaient fait dans leur premier mémoire, que l'acte qui est sur le registre de Rejouits , est absolument étranger au feu duc de Montbelliard, et que son fils ne l'a adopté que parce qu'il a cru y trouver quelques caractères équivoques dont il pouvait profiter, on ne serait pas surpris de leur entendre relever des énonciations qu'ils croient propres à combattre l'application de cet acte au feu duc de Montbelliard et à la aemoisellc de Hedwiger ; mais que dans le nouveau roman qu'ils débitent, ils nous aisent que c'est la demoiselle de Hedwiger qui,
Eour supposer un mariage entre le feu duc de Montelliard et elle, aÊdt dresser l'acte de célébration, et Fa fait insérer dans le registre de Rejouils, et que cependant il est tellement fabriqué, qu'il ne peut jamais convenir ni à l'un ni à l'autre; c'est un paradoxe si nouveau, c'est une contradiction si grossière, qu'on ne peut pas la pardonner à gens qui se piquent de raisonner.
Il faut supposer pour cela que dans le conseil intime de la demoiselle de Hedwiger, on s'est dit à soi-même: il faut nous ménager un acte de célébration, il faut le faire rédiger dans une église éloignée, et le laisser là comme dans un dépôt sacré, dont nous saurons bien le tirer quand il sera temps; mais il faut le rédiger d'une manière si obscure et avec des énonciations si fausses, qu'on ne puisse jamais y reconnaître ceux dont nous voulons supposer le mariage. Voilà non-seulement le langage que l'on fait tenir aux ministres de l'impostiu'e, mais encore la conduite qu'on leur fait observer. Ne serait-ce point de ce système dont on pourrait dire que c'est un monstre composé départies qid n'ont aucun rapport y aucune proportion entre elles ? Ou ne supposez pas que la demcéselle de Hedwiger ait fait fabriquer cet acte de célébration, ou ne supposez pas que, de dessein prémédité, elle l'ait fait rédiger de manière à ne pouvoir s'en servii?.
Mais voyons donc quelles sont ces énonciations si