‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 3)Chapitre 148 sur 196 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Il reste à examiner ce qu'opposent les barons de l'Espérance aux preuves tirées dxm grand nombre d'actes qui confirment pleinement la foi du mariage. Vous nous parlez de possessions , disent-ils , et d'actes qui se lient avec le titre primitif du mariage ; mais il faut distinguer deux temps : dans les yingt-cin q premières années, on n'aperçoit aucun vestige de possession; la mère n'y paraît jamais que comme fille et comme concubine, et les en&ns que comme enians naturels ; c'est ce qui résulte de beaucoup d'actes^ qui se suivent presque d'année en année. Dans les trois dernières, on voit bien quelques reconnaissances qu'on aarrachées à la faiblesse d'un prince

i n'était plus maître de lui-même; mais que servent es reconnaissances de père et mère dans des questions d'état, et des reconnaissances surprises depuis que la contestation était engagée? C'est à quoi l'on peut réduire toute la critique des barons de PEspérance.

Pour rétablir la vérité altérée dans leur défense , il Ëiut commencer par donner une idée si nette de ce que nous avons soutenu jusqu'à présent, quon ne puisse plus équivoquer sur notre système. Le mariage a été contracté en iGgS^ les deux époux sont revenus à Montbelliard après la paix de Riswick, où ils ont été rejoindre leurs père et beau-père ; la femme a été logée dans le château de Montbelliard avec son mari , pendant que le duc Georges demeurait dans le donjon. Les nœuds qui unissaient les deux époux n'ont été ignorés de personne : ils vivaient à la vue de tout le peuple comme mariés; le duc Georges venait très-souvent voir sa bru , et lui faisait mille caresses; elle allait voir le duc Georges, et mangeait publiquement avec lui ; elle ne l'a point quitté dans sa dernière maladie; et il est mort entre ses bras. Depuis son décès Anne-Sabine de Hedwiger a continué de demeurer dans le château de Montbelliard jusqu'en 1714? quoique le duc de Montbelliard ait eu successivement deux maîtresses , qui avaient étouffé en lui tout sentiment de tendresse pour elle , jamais on n'a cessé de la traiter un moment comme sa femme : voilà quel a été le caractère de la possession jusqu'en

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Les faits que l'on vient d'expliquer sont justifiés par le témoignage unanime de plusieurs personnes qui vi-» vaient à la cour de Montbelliard ^ et qui ont vu ellesmêmes toutes les circonstances que l'on vient de révéler. La notoriété du mariage s'était tellement répandue, que dans les tables généalogiques d'Hubners, imprimées en 1712 a Hambourg, au rang des souverains d Allemagne on trouve Léopold-Eberard, duc de Wirtemberg-Montbelliard, et Anne-Sabine de Hedwiger sa femme. On ne

Eeut pas désirer un garant plus sûr de la possession pulique.

Les barons de l'Espérance opposent à des faits si constans des actes passés par la demoiselle de Hedwiger, dans lesquels on ne lui a donné que la qualité dç fille , ou de comtesse de Sponeck , sans que dans aucun elle ait pris, ni qu'on lui ait donné le titre de dudhesse de Montbel^ liard; ils n'en demeurent pas là, ils soutiennent qu'elle n'y est traitée que comme concubine , et ils portent même l'audace jusqu'à citer deux extraits baptistaires de 1697 ^^ un extrait mortuaire de 1709, daps lesquels, disent-ils, ses enfans sont annoncés comme erifàns nor turels ; c'est ce qu'ils ont eu soin de faire imprimer en lettres italiques, pour qu'on ne pût pas douter que ces termes d'enfans naturels ne fussent employés dans les actes mêmes.

Ces derniers traits d'imposturq répondeat parfaite* ment à toute la suite de l'ouvrage dans lequel ils sont répandus. On dénie formellement qu'il y ait un seul acte dans lequel ait été donnée aux enfans cette qualité d'enfans naturels, et ceux que l'on cite en particulier ne renferment ni ces expresrfons, ni aucune qui en présente l'idée; comme il n'y a aucun acte non plus dans lequel la demoiselle de Hedwiger soit traitée comme concubine. II. est vrai que le prince son époux n'ayant pas déclare authentiquemem son mariage, quoiqu il fût connu de tout le monde, elle ne pouvait pas prendre la quaKté de duchesse de Montbelliard; ce qui la réduisait à prendre, ou le nom d'Anne-Sabine de Hedwiger, o^ celui de comtesse de Sponeck. Mais que peut-on conclure de là? Qu'elle n'était pas en possession publique de son

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otat. Cesl une équivoque sur laquelle on s'est assez ex-» pliqué, pour que les barons de rEspërance ne dussent, pas y insister plus long- temps.

On convient qu'elle n'était pas en possession des honneurs et des qualités dus à son rang et à son état ; c'est une vérité qui a toujours été avouée, et qu'on ne devait

{>as se donner la peine d'établir. Mais la baronne de 'Espérance n'a-t-elle pas été traitée de même depuis son mariage de 1718? N'a-t-on pas justifié que près d'un mois après die n'est qualifiée que baronne de l'Espérance dans l'acte de baptême d'un enfant dont elle a été marraine? Etsesenfans ne rapporteront pas un seul acte où eUe soit qualifiée duchesse de Montbelliard avant l'année 1720, qui est le même temps dans lequel ce titre a été donné à la demoiselle de Hçawiger. Qu'on ne nous dise donc pas que la demoiselle de Hedwiger a passé pour concubine du duc de Montbelliard , que son mariage a été ignoré, qu'elle n'a pas été traitée à Montbelliard comme femme légitime. Débiter de pareilles impostures, c'est se soulever contre l'évidence qui résulte , et des dépositions des témoins , et de l'histoire.

Mais les témoins, ont été corrompus, les historiens ont été gagnés ; tout cela est l'effet des intrigues et de l'artifice de la comtesse de Sponeck, C'est ainsi que les barons de l'Espérance ont toujours une réponse prête pour détruire tout ce qui leur fait obstacle ; ils la répèlent sans cesse, et la font également servir dans t,outes les occasions. Le sieur Fuchs, ministre de Rejouits. le sieur Koch, son successeur, les magistrats de Skoki, les témoins qui ont déposé dans l'enquête de Rejouits , ceux qui ont déposé à Montbelliard , Hubnersr, dans ses tables généalogiques , l'éditeur de Puflfendorf , en un mot , tout ce qui a rendu hommage à la vérité du mariage, n'a cédé qu'à la corruption. Qui pourrait après cela se déclarer contre les barons de l'Espérance î La probité la plus connue, la réputation la plus entière, rien ne les arrête, tout devient prévaricateur au moment même qu'on ne traite pas de fable, d'imposture, le mariage qu'ib ont iiitérêt de combattre : faut«il donc pour

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leur triomphe que l'univers entier soit couvert d'opprobre ?

Mais quand Anne-Sabine de Hedwiger et ses enfans n'auraient eu aucune possession d'état qu'en 1714^ ^out ce que cela opérerait serait que le mariage aurait ëté secret ; mais en serait-il moins un mariage 'l Anne-Sabine de Hedwiger en serait-elle moins la femme légitime? Ses enfans en seraient-ils moins capables de succéder ? En France même, où les mariages tenus secrets jusqu'à la mort , ne produisent point d'effets civils , on les reconnaît pour valables; la légitimité , la noblesse et tous les autres avantages d'une naissance pure , sont acquis aux enians : à plus forte raison doivent-ils jouir de ces avantages hors le royaume, où les mariages secrets ne sont pas punis par la perte des effets civils.

D'ailleurs si la possession n'a pas été aussi éclatante qu'elle aurait dû l'être jusqu'en 17149 que lui manqtte-t-il dans les années qui ont suivi ? D'abord, que peut-on ré-

Sondre à l'acte de divorce de 1 7 1 4? dans lequel le duc de [ontbelliard et la comtesse de Sponeck déclarent qu!ils ont eu pendant leur mariage légitime quelques enfans ensemble y dont deux sont encore en vie, et dans le-

?uel ils se donnent la liberté de se remarier ailleurs ? !et acte qui est signé non-seulement des deux époux , mais encore de neuf conseillers consistoriaux du prince, ne fait pas seulement une preuve constante du mariage, mais il annonce encore , dans les termes les plus clairs, la reconnaissance du mari dans un titre public , et par conséquent, il forme une possession publique de l'état.

Cependant aux yeux des barons de l'Espérance, c'est une pièce frivole ; si on le considère seul, les principes ne permettent pas de faire dépendre les preuves du mariage et de l'état, du &it seul des parties intériBssées ; le divorce serait une voie facile pour couvrir la honte du libertinage; si au contraire on lie ce divorce avec ce qui a précédé et suivi* on voit qu'il ne peut se concilier avec tant d'actes dans lesquels Anne-Sabine de Hedwiger est traitée comme fille; cet acte antidaté ne peut donc se lier, disent-ils, qu'avec des actes marqués au même caractère fie fausseté.

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