PREMIÈRE PARTIE. 4'Î^I
Quel talent pour secouer le joug d'une vérité' qui accable ! Le divorce détaché de ce qui précède et de ce qui suit , fournirait seul une preuve du mariage ; car enfin est-ce tendresse , est-ce complaisance qui a arraché cet acte au duc de Montbelliard ? Il y avait longtemps que ces sentimens étaient bannis de son cœur; livré à d'autres charmes , il n'avait plus que de l'indifférence pour sa femme, et le divorce même en est la preuve la plus complète ; ce n'est donc pas à sa facilité ni à sa complaisance qu'on peut attribuer un acte de cette qualité ; il ne l'a consenti que parce que c'était la seule voie de recouvrer une lil^erté dont il était si jaloux.
Dans quel cas rejette-t-on la preuve qui ne se tire que de la simple reconnaissance des parties? C'est quand elles ont un égal intérêt de persuader qu'il y a eu un mariage entre elles ;]et qu'elles ne sont occupées que du desr sein de 'le soutenir : alors on est peu touché d'une reconnaissance si suspecte; mais quand on voit au con-* traire qu'une des parties n'aspire qu'à rompre les nœuds qui l'unissent ^ que rebutée de 1 engagement qu'elle a contracté^ elle ne cède qu'à la force d'une vérité qu'elle ne peut désavouer : alors son aveu ^ loin d'être rejeté, acquiert un tel degré de force, un tel poids d'autorité , <m il n'est pas possible d'y résister. C est donc abuser des principes contre les principes mêmes, que de nous dire en général que la reconnaissance des parties intéressées est indifférente dans une question d'état. De ?uel poids n'a point été dans l'affaire de la demoiselle errand la reconnaissance de sa mère , qu'elle était accouchée d'une fiUe, qu'elle prétendait décédée depuis , sans pouvoir le justifier? On disait alors de la part des collatéraux^ que la reconnaissance de la mèi;p était impuissante; mais personne ne fut touché d'un principe si mal apphqué. Un aveu contraire à l'intérêt même de celui qui le fait, est de toutes les preuves la plus éclatante.
. Le duc de Montbelliard en 1714^ voulait avoir la li-? Jberté de se marier , le moyen le plus simple était de soutenir qu'il ne l'avait jamais ébé ; mais la bonjoe foi ,
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mais l'honneur et la probité ne permettaient pas de recourir à une supposition si honteuse; il est donc forcé de recourir au remède du divorce. Et Ton nous dira que la reconnaissance du mariage que renferme un pareil traité ^ n'en fait pas la preuve la plus décisive ? C'est en vérité renoncer aux lumières de la raison , que de proposer une pareille défense. Mais cet acte si décisif par lui-même, répand encore plus de lumières quand on le rapproche du mariage contracté en lôgS, et de cette foule d'actes qui ont suivi , dans lesquels le ma* riage a été si solennellement reconnu . par le duc de Montbelliard.
C'est une illusion dédire queletraité de divorce devient suspect, quand on considère tous les. actes qui précè* dent, dans lesquels Anne-Sabine de Hedwiger ne porte pas d'autre nom que celui de comtesse de Sponeck. Anneoabine de Hedwiger était mariée en face de l'église, mais son mariage n'était pas déclaré publiquement; il fallait donc qu'elle se contentât du litre de comtesse de Sponeck; mais cette comtesse de Sponeck était cependant mariée avec le duc de Montbelliard ; il a donc fallu un divorce pour rendre à son mari la fausse liberté dont il était si jaloux : qu'y a-t-il donc en cela qui ne se concilie parfaitement?
S'il était impossible qu'une femme fût mariée, lorsqu'elle ne porte pas le nom de son mari , le raisonnement des barons de l'Espérance aurait quelque couleiu*; ils nous diraient : Comment voulez-vous qu'il y ait eu un divorce en 1 7 14 entre deux personnes qui n'étaient pas mariées? Mais si on peut être bien réellement marié sans porter le nom de son mari, le sophisme s'évanouit; il ny a plus de contradiction entre les actes où Anne- Sabine de Hedwiger n'est appelée que comtesse de Sponeck ,<iet le traité dans lequel on dissout, à la mode des protestans, le mariage subsistant et qu'on est forcé de reconnaître.
Mais cet acte, nous dit-on, est antidaté, et ne se concilie qu'avec des actes aussi faux qu'il l'est lui-même. Voilà sans doute une réponse bien séduisante; tous les homm«s sont prévaricateurs , tous les actes sont faux ;