PREMIÈRE PARTIE
Ainsi ce n'est pas de ce mariage qu'on, a voulu parler. Au contraire , les deux épithètes conviennent à un mariage avec la baronne de l'Espërance : il n'était pas licite , parce qu'elle ëtait sœur d'Henriette Hedwic , qui avait été la concubine du duc de Montbelliard ; il n'était pas suffisamment qualifié, parce que la baronne de l'Es-
Kërance n'était pas d'une condition égale au duc de [ontbelliard. C est donc d'un mariage avec la baronne de l'Espérance qu'il faut entendre le traité de Wilbade.
Voilà sans doute le triomphe de la grammaire ! Qui que ce soit n'aurait pu, sans cet art^ pénétrer dans un
I)areil mystère , et découvrir de st grandes vérités à la ecture de ces deux épithètes. Mais ne nous laissons pas éblouir par l'éclat d'une si magnifique interprétation. Le terme de licite ne s'entend pas seulement de ce qui est permis par les lois , mais encore de ce qui est permis dans les règles de l'honneur et de la bienséance , et suivant ce que demandent l'état et la condition ; on peut dire d'un mariage contracté avec une personne d une naissance obscure , que ce n'est pas un mariage licite et suffisamment qualifié , d'autant plus que si la première épithète n'était pas parfaitement exacte , elle serait assez expliquée par la seconde. Ajoutons que ceux qui rédigent des actes n'apportent pas ordinairement dans leurs expressions ce choix, cette exactitude dont se piquent les orateurs et les académiciens , et que ceux-ci même, malgré leur vigilance, ne jsont pas toujours ^exempts de ces fautes légères , qu'on ne pourrait éviter que par une contrainte perpétuelle de l'esprit , qui ferait languir la composition. Le commentaire des barons de l'Espérance ne peut donc se soutenir, et avec lui disparait ce mariage imaginaire dont ils nous entretiennent.
Mais , dit-on , il faut joindre cette première clause avec une autre qui se trouve tlans le même traité, par laquelle ^ A^ic de Montbelliard promet de ne point passer à d^ autres fiDcv^-pcrvdaon& ix^ uCvuncité Ta ha^^ ronnede l'Espérance; et où il survivra ladite damey et n^aura aucun empêchement de se rem^arier, et comolera à d'autres noces proportionnées à sa con-^
ditioUy sans empêchement, etc. Pourquoi lui &it-6n
Erometlre de ne se point marier pendant la vie de la aronne de l'Espérance , s'il n'était pas marié ayec elle ? Il y a une liaison si naturelle entre la première et la seconde clause, qu'il résulte des deux qu'on reconnaissait un mariage subsistant avec la baronne de l'Espérance. Mais si l'on avait besoin d'entrer dans cette discussion, il serait facile de tirer de cette dernière clause une conséquence toute contraire à celle que les barons de l'Espérance veiJent nous faire apercevoir.
Le duc de Montbelliard promet de ne point passer à d'autres noces du vivant de la baronne de l'Espérance; mais^'il avait été marié avec elle , convenait-il démettre une pareille clause dans un traité solennel? Un mari s'engage de ne point se remarier du vivant de sa femme ; voilà sans doute une étrange convention. Elle est de droit naturel et divin; est-il d'usage, est-il honnête et licite de la stipuler par un contrat .î* Qu'on ne dise pas que le divorce étant reçu parmi les protestans, une pareille clause ne doit pas paraître aussi extraordinaire
J3armi eux que parmi nous ; car le divorce, dans la conession d'Ausbourg, n'est pas libre et arbitraire; il faut qu'il soit fondé sur des causes graves; et l'on a déjà fait voir qu'il n'était autorisé que dans le cas de l'adultère et de la désertion malicieuse. Il faudrait donc, dans le système des barons de l'Espérance , faire dire à la clause dont il s'agit, que le duc de Montbelliard promet de ne point faire de divorce avec la baronne de l'Espérance; que
3uand elle tomberait dans le crime d'adultère ou de ésertion malicieuse, il lui serait toujours fidèle, et ne profiterait pas de la liberté que lui donnait la discipune des églises luthériennes; ce qui lait dégénérer la clause dans une absurdité qu'on ne peut pas soutenir. •
Mais cette clause n'en demeure pas là , p^ ajoute : Et oh il 4turvh)rn. InAjtp i^nmi> ,^û n aura aucun en^ péchement de se remarier, et com^olera à d'autres noces proportionnées à sa concUtion, sans empêche-ment, etc. Quel était cet empêchement qui pouvait