PREMIÈRE PARTIE
subsister alors ? Ce n'ëlait pas le mariage avec la baronne de l'Espërance, puisqu'on suppose son décès; 11 y avoit donc toujours un empêchement connu, un empêchement subsistant , que la baronne de l'Espérance fût morte ou vivante; mais on le répète , quel était donc cet empêchement , sinon le mariage contracté avec Anne-oabine de Hedwiger, qu'un divorce aussi radicalement nul que celui de 1714 n'avait pas pu dissoudre ? Ainsi les barons de l'Espérance ont beau con- . tourner lés clauses du traité de Wilbade pour y trouver un soupçon de mariage entre leur mère et le feu duc de Montbelliard , cette idée pèche dans le principe, puisque ce prétendu mariage est évidemment une chimère, et que les clauses même du traité ne peuvent se concilier avec elle.
Mais que signifie donc cette promesse du duc de Montbelliard de ne se point marier pendant la vie de la baronne de l'Espérance?' On pourrait répondre qu'il n'est pas permis de demander les motifs des dispositions d'un acte dans lequel on parait avoir renoncé à toutes les lumières de la droite raison. L'honneur, l'équité, la religion, tout y est violé; l'ambition et la politique en dictaient les clauses, sans s'embarrasser de chercher même des couleurs aux engagemens qu'on y faisait contracter. On veut assurer au duc de Wirtemberg la succession de Montbelliard ; pour cela on fait proscrire le mariage contracté avec la demoiselle de Hedwiger; on met des entraves au duc de Montbelliard pour l'empêcher de se remiarier , et on le flatte par ce qui peut le toucher davantage , c'est-à-dire , par 1 attachement pour une maîtresse qui possédait son coeur sans réserve; tout cela est-il juste, mesuré, raisonnable? non sans doute ; or il n'est pas permis de demander de la raison dans un acte qui n est inspiré que par les plus aveugles passions.
Pour suW«€t l'ordre chronologique que les barons de l'Espérance nous ont trcK7d-,T?rto^»^oat xjœ depuis le traité de Wilbade , il y a encore deux ou trois actes , dans lesquels Anne-Sabine de Hedwiger n'est qualifiée que de comtesse de Sponeck, et son fils que de comte
de Sponeck; mais c'est précisément ce qui détruit tout Tavantage que les barons de l'Espérance ont voulu tirer des actes antérieurs au divorce dans lesquels on trouve les mêmes qualités. En effet , le mariage ayant été bien solennellement reconnu dans le divorce, on ne peut ^s même imaginer que depuis Ânne-Sabine de Hed* wiger ne fût pas reconnue pour. épouse légitime du duc de Montbelliard. Mais si dans cette possession constante de son état on ne lui donnait que le nom de comtesse de Sponeck , sera-t-on surpris qu'avanfle divorce, on ne lui donnât que le même titre, quoiqu'elle fût mariée dès 1695 ? Conclura-t-on des actes antérieurs au divorce, qu'elle n'était pas mariée, quand dans les actes postérieurs, elle est traitée de même, quoique le mariage fût reconnu par le duc de Montbelliard d'une manière si claire , si précise et si positive ? On voit donc que ces dénominations ne peuvent former aucun préjugé. Anne-Sabine de Hedwiger, mariée en 1695 , ne reçoit dans les actes qui suivent^ que la qualité de comtesse de Sponeck ; les barons de l'Espérance en concluent que le duc de Montbelliard ne la regardait pas, ne la traitait pas comme sa femme ; mais cette conséquence est-elle juste, quand on voit qu'après le divorce où il 1 a bien reconnue pour sa femme , on ne lui donne encore que la qualité de comtesse de Sponeck ? Il ne fallait qu'un peu de réflexion pour faire sentir aux barons de l'Espérance toute la iorce de ce raisonnement qui renverse leur système.
Enfin, depuis 17 19 jusqu'en 1723 que le duc de Montbelliard est mort, c'esi-à-dire , pendant quatre années entières , les barons de TEspérance sont obligés de convenir que la possession d'état a été publique , qu elle est soutenue par un grand nombre de titres , dans lesuuels Anne-Sabine de Hedv^riger a été <jualifiée de duchesse de Montbelliard , et son fds de prmce héréditaire. Tout se réunit donc pour -ssurer les droits de I91 mprp pf ripc 4>n£»no. Iton-seulcment le mariage est constant , mais il n'y a plus d'ombrage sur sa publicités
Mais , dit*<on , il ne s'agit pas de savoir si le mariage
PREMIÇRE PARTIE. 4^9
a été secret jusqu'à la mort, il est question de savoir s'il y a eu un mariage ; et ces actes , si réitére's pendant quatre années , ne peuvent en fournir une preuve suffisante. Premièrement , le duc de Montbelliard , diton, était tyrannisé par le comte de Sponeck, iavori, à (|ui il avait donné un empire absolu , et dont il suivait aveuglément les passions. Secondement, les déclarations , les reconnaissances de toute espèce ne peuvent jamais travestir en une uni<yi légitime un concubinage avéré. Enfin, on ne s'arrête jamais à des reconnaissances données au préjudice d'une contestation engagée.
De ces réflexions , il faut retrancher d'abord l'autorité de ce prétendu favori; c'est encore un fantôme qu'on nous présente, et que l'imagination seule des barons de l'Espérance a produit. Personne n'a jamais entendu parler de ce pouvoir imaginaire dont on veut revêtir le comte de Sponeck ; jamais il n'a eu la confiance intime du prince , jamais il n'a eu plus d'accès , plus de crédit que les autres conseillers. Si quelqu'un jouissait alors d'un pouvoir redoutable à la cour de Montbelliard, c'était la baronne de l'Espérance, elle qui avait su s'élever au comble des honneurs , et qui n a jamais éprouvé aucun partage dans le cœur du duc de Montbelliard; et c'est ce qui donne un nouveau poids à tant de reconnaissances ; car si la ibrce de la vérité a fait faire tant de démarches au duc de Montbelliard, dans le temps que la baronne de l'Espérance dominait avec le plus d'empire , que n'aurait-il pas fait si , dégagé des liens dans lesquels elle le retenait , il avait joui de toute sa liberté ? Il aurait renvoyé l'usurpatrice , et rendu à la seule épouse légitime les droits sacrés dont elle n'avait pu être dépouillée; mais, partagé entre l'autorité de son premier engagement et sa passion subsistante pour la naronne de l'Espérance, on doit regarder comme xxn. prodige tout ce qu il a fait et pour sa femme et pour son fils; il xx'y a que la vérité qui piiiô«c^ obtenir un pareil triomphe.
Que dus déclarations et des reconnaissances ne pui^ sent pas travestir en union légitime un concubinage
connaissance solennelle du père qu'elles renierment. Passant donc tout d'un coup à la commission donnée par le duc de Monlbelliard , pour recevoir l'inierrogaloire de Nardin , sur la connaissance qu'il a du ma^ riage que nous avons contJ*acté solennellement avec madame Anne-Sabine de Hedwiger ^ les barons de l'Espérance nous demandent si on a jamais fait faire à un prince une démarche aussi choquante et aussi ridicule. Mais en prenyer lieu c'est changer d'objet ; il ne s'agit pas de savoir si la démarche est digne de la grandeur du souverain , il n'est question que du fait même qui est reconnu. En second lieu, qu'y a-t-il donc de choquant , de ridicule dans cette démarche ? Le sieur Nardin était le seul habitant de Montbelliard qui eût été présent au mariage , on voulait avoir de lui une déclaration judiciaire ; comment pouvait-on s'y prendre autrement ? Il ne s'agissait pas d'un mariage clont l'acte de célébration reposât dans une église de Montbelliard ; il avait été célébré en Pologne ; on ignorait alors si le ministre l'avait écrit sur son registre , si ce registre se trouverait ; on se disposait à en aller faire la recherche , mais il ne fallait pas négliger une preuve facile , et "u'on avait pour ainsi dire sous la mam ; le sieur Narin pouvait mourir , et il était essentiel de le faire répondre judiciairement.
Par-là tombe la même critique que l'on fait sur les procurations données le lendemain au fils légitime, pour aller ou envoyer en Pologne faire les recherches du mariage du duc de Monwelliardy qui a été accom-pli avec demoiselle jinne-Sabine ae Hedwiger. Estil donc bien étonnant qu'on fît la recherche d'un mariage célébré depuis long-temps dans une église éloignée de Montbelliard de plus de deux cents lieues ?
C'est, dit-on, s'exposer à la risée du public d'imaginer qu'on ait attendu jusqu'au 3o novembre 1720 pour assigner un douaire à Anne-Sabine de H^^wiger. Mais encore une foi» , on fait do roconnaissance , il s'agit du fait seul ; d'ailleurs ce douaire avait été assigné dans le traité même de divorce de 17 14? ^^ l'acte du 3o novembre 1720 n'est qu'une réduction du douaire ou de la