PREMIÈRE PARTIE
a été baptisée le i4 juillet i656 : elle est actuellement dans sa soixante-quinzième année.
Elle est fille de Charles de Troyés, sieur de Gautray, secrétaire du roi, et a été mariée avec le sieur Martin, conseiller au baiUiageet siège présidial d'Orléans.
Le sieur Martin mourut le l***" février 1726. Le même jour, un fils que le sieur Martin avait eu d'un premier mariage , arriva dans la maison de son père , suivi d'un nommé Thibaut , qui lui servait de domestique.
Ce Thibaut, seul auteur de tous les troubles dont on va rendre compte, s'était déjà formé aux grands exploits, par plusieurs traits que la justice n'avait pas ap Srouvés. Le 6 février 1722 , il avait été décrété de prise e corps, par le lieutenant criminel du Cbâtelet de Paris, pour fausses signatures mises au dos de six lettres de change; le 11 du même mois il avait été constitué prisonnier. Depuis, son procès lui a été fait et pariait; et par sentence du 27 juillet 1 72? , i7 a été déclaré atteint et convaincu d'avoir faussement signé le nom de la Haye ^ pour acquit , sur les sioc lettres de change mentionnées au procès ; pour réparation de quoi il a été condamné à être mandé et admonesté , avec dé-- Jenses de récidiver j à peine de punition exemplaire y 3 liv. d'aumône^ 100 liv. de réparation civile; et en outre a été condamné par corps , de rendre audit de la fiaye la somme de t^,2Qo liv, de principal et intérêts. Cette sentence a été'confirmée par arrêt, et Thibaut est demeuré en prison jusqu'à la fin de 1725.
A peine avait-il recouvré sa liberté , qu'il arriva à Orléans, et fut introduit, commeonl'a dit, dans la maison de la dame Martin. Il trouva une veuve âgée de soixantedix ans, d'un esprit faible, capable de recevoir toutes sortes d'impressions; et ce qui pouvait seid le toucher, ayant un bien considérable tant en meubles qu'immeubles, n s'insinua facilement dans son esprit , et fit des progrès si rapides que , quinze jours après la mort du sieur Martin , il lui parla de mariage. Elle donna sans réflexion dans tout ce qu'il jugea à propos de lui proposer ; et au scandale non-seulement delà famille de la
CocHiN. TOME II. 29
le
45o ŒUVRES DE COCHIÎ^.
dame Martin , mais encore de toute la ville d'Orléans , on entendit publier un premier ban de mariage entre la dame Martin et Thibaut , le 12 mai 1726.
Il n'y avait que trois mois que le sieur Martin était mort ; cette circonstance rendait encore la démarche plus toile , et on le peut dire, plus criminelle. La famille s empressa pour traverser un mariage si honteux; il y eut opposition au mariage , ce qui a donné lien à des procéduires qui ont effectivement empêché qu'il ne fût céle'bré.
Mais Thibaut a profité de ces obstacles mêmes pour
Sarvenir à son véritable but. Le 2 1 mai 1726 , il fit venir eux notaires dans la maison de la dame Martin à Orléans , et en leur présence , il se fit faire une donation ar la dame Martin de la terre de Bertheaux, et de tous es biens en fonds qu'elle avait, avec les meubles morts et vifs dont ils étaient garnis; se réservant seulement l'usufruit de ces biens; ce qu'elle confirma par une autre donation plus étendue, du 9 juin suivant. Ainsi un misérable, à peine échappé de la main de la justice, se trouve, en quatre ou cinq mois, maître de la personne et des biens d'une veuve qui tenait un rang distingué dans la ville d'Orléans , et qui appartenait à tout ce qu'il y a de plus considérable dans la province. En faut-il davantage pour exciter l'indignation de tous ceux qui conservent quelques sentimens d'honneur ?
Pendant que Thibaut dépouillait ainsi la dame Martin, sous prétexte de mariage , il excitait un nouveau scandale par le commerce honteux qu'il entretenait avec Catherine Bourdet, servante de la dame Martin. Elle devint grosse au commencement de l'année 1727, et accoucha le l5 octobre de la même année. Aussitôt elle poursuivit Thibaut comme père de l'enfant ; et ayant obtenu une provision alimentaire de 220 liv. pour 1 enfant, par sentence du 1 0 novembre 1 727, qui condamnait Thibaut par corps , elle le fit arrêter et conduire dans les prisons d'Orléans , le 10 décembre suivant. Thibaut appela de toute la procédure; et par arrêt de la Tournelle , du 14 juillet 17281, la cour mit l'appellation et ce dontétait appel au néant , évoquant le principal , cow-