PREMIÈRE PARTIE. 4^î
damna Thibaut à se charger *de V enfant dont Catherine Bourdet était acconchée , ordonna que la pî*o^ s^ision adjugée à Catherine Bourdet ^ lui aemeurerait en définitive y et condamna Thibaut en tous les dépens des causes principale et d'appeL
La dame Martin , incapable de penser et de rëfle'chir, livrée en aveugle à cet infâme séducteur, a eu la faiblesse non-seulement de payer pour lui la provision qui avait ëtë adjugée , mais encore de faire un billet en son propre et privé nom , au profit de M® Blanchard , procureur en la cour , pour les dépens adjugés par arrêt de la Tournelle. On sent bien que tout cela n est point son ouvrage , et que c'est une femme trop faible pour ne pas faire tout ce qu'on exigera d'elle.
Feu de jours avant l'arrêt de la Tournelle , Thibaut avait vendu, conjointement avec la dame Martin, une métairie faisant partie des biens à lui donnés en 175^6, moyennant la somme de 1,600 livres; et quoiqu'il ait disposé seul de cette somme , il fait reconnsdtre par le même acte à la dame Martin, que c'est elle qui l'a reçue , et la fait reconnaître débitrice envers lui de la même somme , comme étant propriétaire de cette métairie en verlu de la donation.
La famille de la dame Martin , instruite de tous ces désordres, crut devoir employer les voies les plus courtes et les plus simples pour en arrêter le cours. Le l5 juillet 1729 , elle fit signifier à Thibaut une lettre de cachet, par laquelle il lui était ordonné de s'éloigner d'Orléans de quinze lieues : on croyait par-là arracher la daiïie Martin à la séduction. Mais la témérité de Thibaut est au->dessus de toutes les mesures que l'on prend pour l'arrêter; l'expédient auquel il eut recours , n'avait point été prévu ; il imagina de venir à Paris, et de se faire suivre par la dame Martin; et en effet, le 26 juillet elle descendit à Paris , dans un hôtel garni , rue Froidmanteau.
Dans le même temps, Thibaut avec un nommé Motet, fit, avec un tapissier nommé Duclos , un prétendu bail sous signature privée, dans lequel Motet stipulait comme fondé de procuration de la dame Mairtin , quoiqu'il n'y
en ait jamais eu ; mais comnie ce n'était qu'une fiction, et que jamais la dame Martin n'avait pensé sérieusement à transférer son domicile hors d'Orléans, après y avoir demeuré soixante-quatorze ans, cet appartement n a point été meublé ; la dame Martin n'y a pas demeuré un seul jour; elle ne l'a pas même vu pendant qu'elle a séjourné à Paris , étant toujours restée dans la rue Froidmanieau jusqu'au mois de septembre qu'elle a été obligée de retourner à Orléans pour satis&ire à une lettre de cachet obtenue contre elle.
"C'est en cet état que le sieur de Troyes son neveu, la voyant réduite à un état de misère qu'on ne peut rfr» présenter , commença , peut-être trop tard , la procédure nécessaire pour parvenir à son interdiction; elle a été faite devant le prévôt d'Orléans, juge naturel de la dame Martin ^née , élevée , mariée à Orléans où elle a passé toute sa vie. U n'y avait personne au monde qui pût penser que le fanatisme qu'elle avait eu de suivre a Paris un misérable chassé a Orléans par des ordres supérieurs, ni que le séjour qu'elle y avait fait pendant •deux mois dans un hôtel garm, pût lui donner un domicile à Paris.
Cette procédure a été faite dans toutes les règles; il y a eu une sentence qui a permis de faire preuve des faits de dissipation, démence et dérangement (t esprit de la dame Martin ,- et de son état actuel L'enquête faite en conséquence établit la dégradation entière des biens de la dame Martin; ses &rmès et métairies sans bestiaux, sans culture, plusieurs mêmes ans laboureurs et absolument en friche; cette femme actuellement sans meubles, réduite à coucher sur la paille^ ayant envoyé, quelques jours auparavant, onze pièces de vin à Paris à l'adresse de Thibaut, pendant qu'elle n'avait ni pain ni vin à Orléans. La même enquête prouve l'empire et l'autorité de Thibaut, la frénésie de la dame Martin, qui, quinze jours après la mort 4e son mari , disait à Thibaut que s'il ne Ëdlaît point aller à Féglise elle l'épouserait tout à l'heure ; sa faiblesse d'esprit, qui la rend également incapable et de gouverner çon bien , et de résister aux volontés tîe celui à qui elle
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s*estlivree; le désordre que cet homme a mis dans toute la maison; Fëgarement de la dame Martin dans certains momens. Un des témoins dépose lui avoir ouï dire à l'occasion de son mariage avec Thibaut, que si elle avait des errons ^ elle attraperait bien ses héritiers. Ces discours d'une femme de soixante -douze ou soixantetreize ans étaient, sans doute, un trait de folie assez sensible.
Ces faits bien établis et bien circonstanciés, et encore plus la notoriété publique et la connaissance de tous les parens, les obligèrent de donner leur avis pour Tinterdiction qui fut prononcée le 7 janvier 1730. Toussaint Huguet rut élu son curateur.
C'est de cette sentence que Thibaut lui a fait interjeter appeler la cour, taïit comme de juge incompétent au'autrement; elle a demandépar préalable d'être amenée ans cette ville de Paris et d'être interrogée par un commissaire de la cour; ce qui a été exécuté.
U s'agit donc maintenant de statuer sur son appel.
Moyens. — S'il était question d'établir au fond la nécessité de l'interdiction , trop de preuves se réuniraient ici pour faire voir que c'est le seul remède que l'on puisse appliquer à tous les maux dont la dame Martin est accablée.
Deux causes peuvent donner lieu à une interdiction légitime : la dissipation et la démence. ' La dissipation ici est portée à son comble ; on ne reconnaît plus au bout de quatre mois la fortime et les biens de la dame Martin. Une maison meublée trèshonorablement , des fermes et des domaines dans l'étaf le plus florissant, \m équipage convenable à son état et à son rang : telle était la situation de la dame Martin en 1 726 , à la mort de son mari. Aujourd'hui elle n'a plus de meubles ; elle était réduite à coucher sur la paille trois mois après qu'elle était retournée à Orléans ; elle n'avait ni blé , ni vin , m aucifne sorte de pro-^ visions; ses métairies étaient abandonnées et incultes : ni bestiaux, ni engrais, ni laboureurs; joignons à cela les donations immenses qu'elle a faites à un homme qui ne méritait pa? d'être veqvk dans sa maison comme do-
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mesiique; la vente d'une mëiairie, les dettes dont elle est chargée; s'il n'y en a pas là assez pour interdire une femme de soixante-quinze ans , il faut abandonner les biens de toutes les familles à la fureur et à l'indiscrétion de ceux qui sont les plus incapables de les gouverner , et il n'y aura plus de remède contre un désordre qui souvent en entraine d'autres encore plus funestes*
La démence que l'on peut alléguer n'est peut-être pas de la nature de celle qui se répand également sur tous les discours et sur toutes les actions de la personne qui en est attaquée; mais il n'est pas nécessaire aussi que le dérangement spit parvenu à ce dernier période pour donner lieu à l'interdiction , il suffit que 1 esprit affaibli soit incapable de résister à certaines impressions , et que cette faiblesse conduise à des partis que l'on regar^ derait soi-même comme fous , si on jouissait de la liberté naturelle et de la raison.
Telle est constamment la situation de la dame Martin: une femme née d'une famille considérée dans la province, veuve d'un conseiller au bailliage d'Orléans, et qui appartient à ce qu'il y a de plus distingué dans cette ville, perd son mari à lage de soixante-dix ans; un aventurier se trouve par hasard dans sa maison, homme sans bien , sans état , sans honneur, et quinze jours après la mort.de son mari, elle est déjà disposée à l'épouser; elle se livre et s'sJDandonne tout entière à ses volontés; elle ose faire publier un ban, lorsqu'il y a à peine trois mois que son mari est mort ; elle lui donne tout son bien quinze jours après ; elle lui laisse jenleveV tous ses meubles et tous ses effets : quel excès d'extravasance !
Encore si c'était un homme qui ne la déshonorât pas; mais .c'est un homme flétri par arrêt comme coupable de plusieurs faussetés; c'est un homme qui, en même temps qu'il s'introduit chez elle sous le voile honorable du mariage, séduit sa servante, et est condamné par un autre arrêt à se charger de l'enfant ; et cette fenune aveugle , insensée , ce n'est pas trop dire , se charge de payer pour lui , c'est-à-dire, qu'elle prodigue son bien pour le récompensjer des infidélités qu'il lui fait y et du