PREMIÈRE PARTIE
déshonneur qu'il rëpand sur sa maison : n'est-ce pas là l'excès de la fplie ? ,
Ajoutons l'idée dont elle se berce, que si elle a des ent'ans à soixante-quinze ans , ses héritiers seront bien attrapes : il faut avouer que bien d autres seraient attrapés comme eux ; mais ce discours seul est un trait d'égarement.
11 est vrai que dans le commerce ordinaire de la vie , elle peut tenir quelque discours suivis sur des choses indifférentes; il y a cependant bien des momens où elle ne se souvient pas des choses importantes, et où ses idées se brouillent ; on en trouve quelques vestiges dans l'interrogatoire qu'elle a sul?i devant M. de Paris.
Depuis plusieurs jours, Thibaut et ses affîdés la préparaient à répondre sur ce qui devait naturellement taire le sujet de son interrogatoire ; aussi sur plusieurs articles concernant l'état de sa famille répond-elle assez juste; mais il y en a plusieurs autres dans lesquels elle «'a plus la même exactitude. On veut bien ne pas mettre dans ce nombre le premier article où elle se donne soixante-dix ans, quoiqu'elle soit dans sa soixante-quinzième année, suivant son extrait baptislaire qui est rapporté ; on prétendra sans doute que c'est moins une absence d'esprit qu'un déguisement réfléchi pour diminuer l'extravagance de sa conduite. Passons donc à d'autres articles.
Sur le cinquième article, on lui demande ce qu'elle a eu en mariage ; elle répond que sa mère lui a donné le bien de son père , qui a été partagé en lots avec le sieur de Troyes de Gautray, qui était son propre frère. A-t-elle oublié qu'elle avait deux autres frères , qui ont partagé avec elle le bien de leur père commun: C'est une preuve qu'eUe a des idées fort brouillées , si dans de pareilles circonstances elle oublie la moitié de sa famille.
Sur l'article sept , on lui demande si elle a eu des procès «vec son défunt frère; elle répond qu'elle en a eu beaucoup qui ne sont pas finis , quoiqu'elle ne plaide pas présentement avec le fils de son défunt frère ; néanmoins qu'ils ont des comptes à régler ensemble. Thibaut
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n'avait pas apparemment prévu cet article , c'est pourquoi la dame Martin a répondu tout de travers : jamais elle n'a eu de procès avec son frère , il n'y en a point de commencé, et il n'y a aucun compte à feire entre la tante et le neveu. Il y a donc de l'égareipent dans la réponse. '■>
Sur le dixième , on lui demande si c'est elle qni a passé le bail de l'appartement de Duclos , ou si c'est un fondé de procuration ou se portant fort; elle répond que c'est elle nommément qui a signé le bail ; ce qui n'est pas vrai , puisque c'est Motet qui l'a signé comme se faisant fort d'elle. Elle ajoute un galimatias inintelligible , qu'elle avait donné ordre à son cocher de la venir quérir à Paris , pour y faire apporter des meubles d'Orléans, autant qu'elle pouvait en avoir Je reste, le surplus ayant été vendu pour les frais de justice, sceDeet autres trais pour raison du testament de son mari, t On ne l'interrogeait point sur les meubles; 2° on ne sait ce qu'elle entend en disant qu'elle avait donné ordre à son cocher de la venir quérir à Paris pour y faire apporter des meubles d'Orléans ; 3* elle a dit dans ce même interrogatoire que long-temps avant la mort de son mari, elle étai4 séparée de biens. Comment donc ses meubles auraient-ils été vendus pour les frais de scellé, de justice et pour le testament du mari? Tout cela s'est pns sur la succession du mari, et non sur le bien de la femme.
Sur le seizième , on lui demande si elle ne s'est point informée de Thibaut à d'autres qu'à son frère; elle repond qu'elle s'en est informée à ungentilhon^ ^ Bloisy ou soi-disant y lequel s'est dédit de ce qu'il Iw, avait mandé. Pourquoi faire le procès à ce gentilhomme qu'elle ne nonune point , et dont on ne lui parle point. Pourquoi l'appeler gentilhomme , et aussitôt lui con* tester cette qualité ?
Le dix>-septième mérite une attention particulière. On lui demande si elle n'a pas su le mauvais ccwoinaercç de Thibaut avec sa servante ; si elle n'a pas vendu 5a vaisselle d'argent pour payer les réparations civiles auxquelles il a été condamné, et même souscrit un ^'"^*