‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 3)Chapitre 159 sur 196 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

ponant promesse de payer pour Thibaut; elle répond que tout est faux, que Thibaut s^est bien comporté chez elle , et n'a fait aucune mauvaise action dans sa maison ni ailleurs , et qu'elle ne l'aurait pas souffert. Peut-on voir une jplus grande preuve de raiblesse et d'imbécillité ? Le rait de la débauche de Thibaut avec la servante a été public ; un arrêt solennel de la Tournelle l'a jugé en 1728; la dame Martin a signé une promes^se pour les frais, qui est actuellement entre les mains de M^ Blanchard. Cependant elle ne sait rien de tout cela , c'està-dire 9 qu elle n'est pas capable de la moindre réflexion sur ce qui se passe sous ses yeux dans sa maison , même sur ce qui la déshonore ; ç^est-à-dire, qu'elle si^ne des promesses sans le savoir : la faiblesse d'esprit , l'imbécillité peut-elle être mieux prouvée ?

Rien n*est plus propre à confirmer cette faiblesse d'esprit, que ce qu'elle dit sur l'article 19. On lui demande si elle n'a pas fait une donation entre- vifs à Thibaut, et si l'acte comprend les meubles et les immeubles; elle répond que la donation n'est pas universelle, qu'elle ne sait pas précisément ce qu'elle contient..,, que cette donation n'a été faite que pour intimider sa famille. Elle ne sait pas ce qu'elle a donné : premier trait d'iml)écillité. Elle a donné poyr intimider sa famille : second trait qui la' démontre , comme si une donation parfaite n'était qu'une menace ; c'est à peu près la même chose que si on disait que l'on a tué quelqu'un pour l'intimider.

D y a donc dans cet interrogatoire même, auquel on l'avait préparée avec tant de soin , des preuves de faiblesse et d'égarement qui se manifestent malgré tant de précautions pour les cacher. Au reste , la dissipation énorme , et l'extravagance de la conduite de la dame Martin à l'égard de Thibaut , seront toujours des fondemens inébranlables qui soutiendront l'interdiction dans tous les tribunaux où elle pourra être agitée.

Mais comme il ne s'agit, quant à présent, que de la compétence du juge d'Orléans, il faut se renfermer dans le moyen quil'éiablit.

Ce moyen est simple. La dame Martin est née et a

été é\eyée à Orléans; elle y a été m^iée, et y est demeurée toute sa vie : un domicile de soixante«-quatorze ans est bien raisonnable pour établir la compétence du juge.

Mais. dit-on, elle avait changé de domicile en 1729, et c'est le domicile actuel qui doit décider : les réponses se présentent en foule.

1 ® S'il était bien vrai que la dame Martin eût voulu changer de domicile en 1 729 ^ ce serait un nouveau trait de folie, seul capable de la faire interdire. Avoir eu un domicile persévérant pendant soixante-quatorze ans , et vouloir se transférer ensuite dans ime ville éloignée , ce serait un égarement manifeste.

2® La dame Martin n'a jamais pensé aussi à choisir un domicile à Paris. Thibaut , dont elle suivait aveuglément les impressions, avait eu ordre de s'éloigner de quinze lieues d'Orléans, et était venu à Paris; la folle passion qui anime la dame Martin l'engage a le suivre.

Est-ce donc là se donner un domicile ? Comme ceux qui sont éloignés de leur vrai domicile par lettre de cachet, conservent toujoiu'S ce domicile, leur demeure dans un autre endroit étant involontaire : de même ceux qui les suivent par pur attachement à leur personne, ne se fixent pas un domicile dans ce lieu d'exU, et leur domicile précédent est toujours le même.

3^ Aussi la dame Martin n'a-t-elle j)oint quitté sa maison d'Orléans comme ny devant plus revenir; egp n'a point mis écriteaii pour la relouer; en un mot, elle -a conservé la même habitation qu'elle avait toujours eue , parce qu'elle comptait y revenir aussitôt que Thibaut aurait la liberté d'y demeurer avec'elle.

4^ Par la même raison, elle a toujours été imposée aux charges publiques de la ville d'Orléans, elle y a payé la capitationen 1729 et 1730.

5^ Si on a loué pour elle un appartement à Paris , non-seulement elle n'a pas signé le bail , mais ell« n a pasi mis le pied dans cet appartement; elle a été plus de deux mois à Paris logé dans un hôtel garni.

Le domicile à Paris est donc une chimère ridicule : on n'aperçoit ici ni le fait ni la volonté ; et tout se réduit

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