‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 3)Chapitre 160 sur 196 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

à ' un simple voyage fait pour suivre un homme ëcarte' par des ordres supérieurs: en sorte que personne ne peut douter qu'au même instant que ces ordres auraient été révoques , la dame Martin serait retournée à Orléans . où elle avait conservé sa maisqn, où elle avait laissé son équipage, et où étaient tous ses biens. Sa demeure passagère à Paris n'a donc été qu'une demeure forcée ^ un eflët des ordres que Thibaut avait reçus, auxquels il associait la dame Martin par l'empire qu'il exerçait «urelle.

On .a voulu faire entendre, dans la dernière plaidoirie, que le retour de la dame Martin à Orléans était forcé , et que tout ce qui arrivait par des ordres supérieurs ne changeait pas le domicile'; mais en adoptant le même principe, il fallait remonter plus haut, et l'on aurait reconnu que c'était sa sortie a Orléans qui avait élé forcée , puisqu'elle n'avait été dirigée que par les ordres supérieurs donnés à Thibaut. Son domicile a donc toujours été à Orléans. En écartant ces ordres de part et d'autre, on ne peut pas douter que la dame Martin ne fût demeurée à Orléans; c'est où elle a toujours eu le siège de sa fortune; c'est où elle a toujours demeuré, c'est où elle a toujours eu une maison, même pendant qu'elle a séjourné à Paris. Elle adonctoujours;:egardé Orléans comme. son vrai.domicile,et par conséquent elle ne peut jse soustraire à l'autorité du prévôt d'Orléans , ni porter . ailleurs son appel qu'au bailliage de la même ville.

Second incident. — Les parties sont respectivement appelantes d'une sentence du Châtelet , qui en faisant , mainlevée à la dame Martin de l'interdiction prononcée par le prévôt d'Orléans , ordonne qu'elle ne pourra venore, engager ni aliéner ses immeuLles, ni faire aucun acie obligatoire tendant à l'aliénation, que par l'avis de M® Guignace qui lui a été donné pour conseil.

C'est avoir connu le danger auquel la dame Martin était exposée , que d'avoir prononcé ainsi, mais ce n'est pas avoir appliqué un remède proportionné à son mal et à la triste situation dans laquelle elle se trouvait; le conseil qu'on lui donne ne peut pas empêcher qu'elle ne périsse de misère; l'interdiction seule peut la sauver

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d'une ruine entière , et , ce qui est encore plus sensible , d-un déshonneur qui rejaillirait sur toute sa famille.

C'est donc le seul parti qui convienne dans cette affaire ; la dissipation la plus outrée suffirait pour Fautoriser ; les traits d'égarement dont la conduite de la dame Martin est remplie , achèvent de convaincre de la nécessité de ce remède: c'est ce que l'on va connaître par le récit des &its et de la procédure.

Fait. — La dame Anne de Troyes , veuve du sieur Martin, va entrer dans la soixante-dix-huitième année de son âge.

Après que le sieur prévôt d'Orléans eut permis de iaire preuve de la démence et de la dissipation , les faits bien établis et bien circonstanciés , les parens ont été convoqués devant le même juge ; ils ont comparu au nombre de quatorze, tous occupant les premières places dans la ville d'Orléans : ils ont déclaré quHl était notoire et de leur connaissance personnelle , que la dame Martin est dérangée d'esprit et de conduite; ce quia caus&la ruine et la dissipation de ses biens y et leur fait justement craindre qu'elle ne tombe dan^ une plus grande misère.

Le juge s'éts^t transporté auparavant chez la dame Martin, mais elle avait refusé de le reconnaître et de répondre; en sorte que, par sentence du 7 janvier ; 780, l'interdiction fut prononcée : le sieur Huguet élu son curateur ^ et M® Guignace , avocat à Orléans , nommé conseil dans toutes les affaires qui pourraient mériter son secours.

En vertu d'une autre ordonnance du prévôt d'Orléans, la dame fut mise dans la communauté des Nouvelles-Catholiques de la ville/l'Orléans. On apprit quelques jours après qu'un nommé Cocherau , détaché par Thibaut, était arrivé à Orléans, et s'était rendu aux Nouvelles-Catholiques, qu'il avait voulu enlever la dame Martin ; mais que n'ayant pu réussir dans cette entreprise , il s'était emparé des papiers qu elle avait , çt lui avait fait signer plusieurs actes.

On fut obligé de rendre plainte contre lui, ce qui a

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