PREMIÈRE PARTIE
pendant d'y demeurer, et paraissait oublier le centre de sa famille et de ses affaires. Ce qui augmenta leur inquiétude est qu'ils virent qu'elle tirait des sommes considérables , et qui excédaient de beaucoup la dépense qu'elle était accoutumée de faire; puisqu'outre les 0,535 livres dont elle était débitrice à la caisse par le compte di| 24 décembre 1 728 , elle en avait tiré depuis , en vingt moisj plus de 23,00© livres. Ils furent donc obligés de rechercher les causes d'événemens si extraordinaires ^ et ils* apprirent enfin, avec une extrême douleur, qu'elle avait eu la faiblesse de se livrer à ce qu'il y avait de plus corrompu dans Paris , et de plus capable de l'entraîner dans le précipice.
A cette première nouvelle , le prévôt d'Orléans et le sieur des Hauts-Champs son frère , se rendirent à Paris , et vinrent se jeter aux pieds de leur mère pour la conjurer de vouloir bien revenir à Orléans, où elle se trouverait dans un asile plus honorable que dans un Kôtel garni à Paris. Mais la séduction avait déjà jeté de trop profondes racines; leurs soumissions, leurs respectueuses instances ne firent que l'aigrir; elle s'emporta contre eux , et les accaWa de menaces et d'injures.
Les sieurs Vandebergue fiirent pénétrés de douleur d'une résistance qui ne les confirmait que trop dans les vérités qu'ils avaient découvertes; mais leur chagrin augmenta beaucoup dans la suite , lorsqu'ils apprirent que la dame leur mère , devenue incapable d'agir par elle-même , et abandonnée sans mesure à ceux qui s'étaient emparés de son esprit, avait signe deux plaintes contre eux chez le commissaire Lecomte , les 5 et 9 juin 1730, dans lesquelles on lui avait fait débiter contre eux les plus affreuses calomnies , jusqu'à les accuser d'avoir attenté à sa vie, et à citer des témoins irréprochables des faits Içs plus odieux.
Ils crurent donc ne plus pouvoir différer à agir par les voies de la justice, pour soustraire la dame leur mère aux entreprises criminelles de ses séducteurs. Dans cett'e vue, ils présentèrent leur requête en la cour; ils exposèrent les faits de dissipation, de faiblesse d'esprit j de séduction^ d'égarement, et autres sur lesquels ili
fyjS œuVRES DR C.OGHW,
croyaient éti^e en droit <ie poursuivre l'inteiiiliction de la dame leur mère. Sur celte requête intecyint arrêt le 12 juillet 1730, arrêt qui renvoya au lieutenant génëral de Chartres pour y êlye pourvu ainsi qu'U apparu tiendrait.
Le lieutenant général de Chartres^ pour satis&dre à la comoiission dont il avait été honoré , a, par différentes ordonnances des 17 juillet et 3 septembre 1 780 , ordonné que les parens et amis de la dame Yaxi^çbergue seraient assemblé^ devâQt Iç lieutenant général d'Orléans j pour donner leur avis sur l'interdiction demandée; que la dame Vandebergue serait interrogée à Paris par le sieur lieutenant civu , et qu'il sçi^ait de même informé devant kù des faits portés par la requête des çnlans..
L'information a été faite en conséquence à Paris le 28 juillet et jours suivans par le sieur lieutenant civiL Le 18 septembre suivant, les parens ont été assemblés de? vaut le lieutenant général d'Orléans , où , après avoir pris lecture de la requête des sieurs Vandebergue et de Finr formation, ils ont été d'avis qu'il fut donné un conseil è la dame Vandebergue, sans l'avis duquel elle ne pourrait faire aucune affaire, vendre ni hypothéquer aucuns de ses biens; qu'il lui fût donné pour lo,ooo hvresdç meubles de ceux djs sa maison d'Orléans; que le surplus fut vendu pour êti?e joint au fonds de la société, laquelle subsisterait jusqu'au décès de la damç Vandebergue, sans pouvoir y donner atteinte; de laquelle société serait tirée tous les ans la somme de 5,ooo livres pour la pension de la dame Vandebergue^ qui lui serait payée de trois en trois mois«,
L'interrogatoire subi par la dame Vandebergue le 2> -du même mois de septembre, n'aurait servi qu'à confirmer les parens dans le parti qu'ils avaient pris, par l'instabilité qu'on y remarque dans ses idées, et par les ^contradictions dans lesquelles on la trouve presque tou-r }ours avec eUe-^même. Il ne faut pas être surpris aprè$ cela si , par la sentence définitive qui est intervenue au bailliage de Chartres le 19 octobre 1730 , îl a été or-^ (ionné qu'il serait donné un conseil à la dame Vande^^