PREMIÈRE PARTIE. Ifi
Il fallait être d'un esprit bien tiadble pour imaginer qu'un tel homme eût quelque accès et le moindre degré de faveur auprès du gouvernement : il est vrai que ces sortes de gens qui ont tout perdu du coté de l'honneur et de l'opinion publique, cherchent à se dédommager en faisant entendre qu'ils ont bien gagné du côté du crédit et de l'autorité; mais de tels discours n'en imposeront jamais a aucune personne sage et éclairée : une femme capable de mettre en eux sa confiance , et de se donner de pareils agens, se couvre donc elle-même de confusion.
Le même témoin ajoute , que
La Puplessis Tint dire à la dame Yandebergae > (ju'elle veoait de chez Tabbé , qu'elle ne nomma point, et qae Tabbé ne lui conseillait point de partir pour Orléans 9 lui persuadant que ses enfans auraient un ordre pour l'empêcher de revenir à Paris,
Ainsi ces abbés flétris étaient le conseil de la dame Vandebergue , et c'était par leur conseil qu'elle restait à Paris.
Enfin le témoin ajoute, que
La dame Vandebergue était entièrement obsédée par les personnes ci-dessus nommées , qu'elle ne suit de conseils que de ces gens-là <iui ne tendent qu'à détruire ses enfans , et à la ruiner elle-même.
Le second témoiu dépose , que
La dame Vandebergue voyait très-mauvaise compagnie^ et entre autres la nommée Menant et les abbés Alerlîer et Des-rues 9 et le nommé Boisgourd, et qu'elle leur faisait très-grande chère.
Antoine Chantreau, qui est encore un des héros de la pièce, est un homme chassé de la compagnie des avocats au conseil , convaincu d'avoir fait des prêts usuraires sur des-e&ts , bijoux mis entre ses mains à titre de gage , dont il a frauduleusement disposé par vente , et qu'il est iiors d'état de rendre , et autres crimes pour raison desquels le roi a ordonné que son procès lui serait fait et parfidt au Châtelçt par deux aiTéts des 2 octobre 1729 et II avril 1730.
484 OEUVRES bE COCHIN.
Le nomme Boisgourd et la nommée Noceti son associée (car c'est ainsi qu'ils sont nommés par les témoins) sont partout représentés cbmme gens qui mènent une vie scandaleuse, nourris dans les intrigues, et qui ne vivent que de désordres et de corruption.
Le douzième témoin dépose, que
Boisgourd et la Noceti ont toujours logé ensemble , et yécu comme ils ylvent encore en commerce de débauche, et reçoiyent journellement chez eux des compagnies et parties de débauche.
Le treizième témoin dépose de même, que
La Noceti est une femme qui fait un mauvais commerce 9 et qui se mêle avec un nommé Boisgourd de faire des mariages moyennant de l'argent , qu'ils prennent des billets qu'ils se font faire ; que ledit Boisgourd passe tantôt pour le mari delà Noceti^ et tantôt pour son pensionnaire.
C'est avec de telles gens que presque tous les ténicins déposent que la dame Vandebergue vit le plus ordinairement : ce sont ses conseils.
Le premier témoin dépose, que
La dame Vandebergue voit les nommés Chantreau et Boisgourd , que ce sont eux qui l'ont engagée à porter des plaintes au commissaire Lecomte contre ses enfans, et qui l'ont obligée d'y mettre plusieurs faussetés dentelle se $erait désistée , si ou ne l'en avait empêchée.
Ces mêmes faits sont souvent répétés dans les dépositions ; il serait impossible de les rappeler toutes ici ; mais le fait est même assuré par l'interrogatoire de la dame Vandebergue , en sorte qu'il ne peut être révoqué en doute.
Il en est de même de ses liaisons fréquentes avec la nommée Menant, et la nommée Leroux, dite Duplessis, toutes femmes décriées pour leur vie licencieuse , et dont la dernière a été enfermée à l'Hôpital de la Salpêtrière , pour débauche , suivant le certificat de la supérieure d^ cette maison, du 6 novembre 1728.
Ces liaisons seules fourniraient un moyen suflSsant d'interdiction ; car eniin il est constant que ce n'est point un esprit de débauche qui a engagé la dame Yandeber-
gue à former de tejles habitudes; mais c'est en cela même
Îue la faiblesse de son esprit se manifeste davantage. >ans cette conduite, on remarque une femme incapable de discerner ce qui lui convient, qui donne dans les
Premières connaissances qu'oit lui propose , qui s'abanonne sans re'serve à des gens dont elle rougirait d'entendre prononcer le nom chez elle , si elle pouvait faire quelque re'flexion. C'est donc une femme trop facile, qui ne peut se garantir des efforts de la séduction , qui succombe aux premières atteintes, et qui, par cette faiblesse , serait bientôt entraînée dans un abîme de malheurs , et qui y est en effet presque déjà plongée, comme on va le reconnaître.
3** Depuis qu'elle a été dans de si funestes liaisons, elle a déjà fait une grande brèche à sa fortune. Il est
Êrouvé , par deux extraits de registres de la société dévrés par le sieur des Hauts-Champs le 1 6 septembre 1780, que depuis le 28 décembre 1728, jusquau commencement du mois de septembre 1780, c'est-à-dire, pendant vingt, mois de tertips, elle a dépensé 25,478 1. outre les 3,d35 liv. qu'elle devait à la caisse, sinvant le compte du 24 décembre 1728, c'est-à-dire, presque trois ibis son revenu. Elle avait cru détruire une preuve si convaincante, en disant qu'elle avait remis 17,000 1. au banquier de Paris, correspondant de la société ;.mais on a fait voir qu'elle avait reçu la même somme tant du sieur Dumoulin que du sieur Thuillier, marchand épicier à Paris, débiteur de la société; eiî sorte qu'outre les sommes remises au correspondant de Paris , elle a tiré de la société plus de 35,ooo liv. en vingt mois de temps r dépense bien différente de celle qu'elle avait faite toute sa vie , et qui n'est que l'effet des dissipations dans lesquelles ses obsesseurs l'avaient entraînée.
Presque tous les témoins parlent des dépenses que ses pernicieux conseils lui faisaient faire.
Le premier témoin dépose , que
La dame Yandebergue est convenue avec elle 9 que lesdits Ghantreau et Boisgourd étaient gens de mauvaise foi 9 à qui elle avait déjà donné beaucoup d'argent 9 et qui lui en demandaient ancore par une lettre qu'elle a l'ait vois. à elle déposaote. .
4^ OEUVRES DE COGHIN.
Ainsi la dame Yandebergue n'était pas assez aveugle pour ne pas s'apercevoir qu'on la ruinait; mais elle était aussi trop faible et trop tacile pour s'en défendre.
Le second témoin dit, que
Quand les eofaos de la dame Vandebergue la venaient voir, elle n'avait qu'un très-petit ordinaire , au lieu que quand la nommée Menant , les abbés Merlier et Desrues, et le nommé Boisgourd étaient chez elle , elle leur faisait très-grande chère.
Le septième témoin déclare ,
Qu'il a ou! dire que la dame Vandebergue recevait chez elle quantité de mauvaises gens qui lui donnaient de mauvais conseils , et lui disaient faire une grande dépense > et a ouï nommer dans le nombre de ces personnes un nommé Tabbé Desrues.
Le quatorzième parle d'une proposition qui avait été faite
Au sieur Rotrou , marchand épicier à Paris, de lui vendre de la part de la dame Vandebergue, une certaine quantité de sucre moyennant une somme de 1,000 liv^ en argent comptant, et le surplus en lettres de change.
Maïs si l'on joint à ces premiers faits de dissipation déjà parfaitement établis, ceux qui ont été nouvellement articulés par la requête du 27 janvier dernier , on ne pourra plus douter que la déprédation n'ait été portée aux derniers excès. Les sieurs Vandebergue justifient, par un protêt qui a été signifié au sieur des Hauts- Champs le 6 novembre 1730^ que la dame leur mère avait tiré sur lui, le 16 octobre précédent, une lettre de change de 6,000 liv. Ils établiront par des témoins sans reproche , qu'on en a présenté tme de pareille somme au sieur Ha;ppn, banquier à Paris; qu'on en a voulu négocier deux, l'une de 4 ^^ l'autre de 2,000 L avec la veuve Bouterot ; enfin qu'on en a présenté une infinité d'autres a différens banquiers de Paris , par le ministère (les . nommés Savdrd et Le Fèvre. Si tous ces faits sont prouvés , n'est-il pas certain que la dame Vandebergue est à deux doigts de sa ruine , et que y par l'aveugle complaisance qu'elle a eue pour les mallieureux qui l'obsèdent , elle a peut-être consumé erx deux an^ de temps tout le fruit qui lui revenait dç^