‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 3)Chapitre 167 sur 196 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

travafut de son mari pendant plus dç quarante ans? Il n'y a donc jamais eu d'occasion où le secours de Fin* terdiction ait été jplus nécessaire.

4° C'est par un effet de cette soumission aveugle aux volontés de ses obsesseurs , qu'elle s'est portée à rendre contre ses enfans des plaintes qui sont , comme on l'a dit, de véritables libelles diffamatoires. Il est. vrai que , dans tous les temps , elle avait paru avoir pour eux des sentimens bien éloignés de la tendresse d'une mère ; mais quelque indisposition qui régnât dans son cœur, elle ne 1 aurait jamais portée aux excès qui éclatent dans ses plaintes. On lui fait dire dans celle du 5 juin 17^0 , que ses enians l'ont insultée et maltraitée dans sa maison d'Orléans, où elle a souvent couru le risque de perdre la vie, l'un d'eux ayant jeté une grosse lanterne à la tête de ladite dame; que sa fureur était si grande qu'il cassa tous les vitrages des cloisons, les miroirs de glaces, et les vases de faïence qui formaient un ornement sur une galerie de sa maison ; qu'enfin les juremens et les ipenaces nirent poussés avec tant de violence , que le vicaire de la paroisse fut obligé de survenir pour les apaiser; que depuis son séjour à Paris ses enfans Im ont écrit des lettres de me-^ naces , d'insuUes; qu'ils soni; venus à Paris exprès pour l'insulter, l'ont maltraitée de paroles outrageantes p^ différentes fois, en menaçant qp^ils briseraient ses armoires et enlèveraient ses papiers, et que si elle n'avait pas pris, le parti de leur parler avec douceur, ils l'auicaient maltraitée de coups; elle aajouté dans la plainte du 9 du même mois, que ses en&ns l'ayant trouvée dans la rue Sainte». Marguerite, ils s'avanjcèrent la canne levée, lui dirent les injures les plus insultantes , et lui firent beaucoup de menaces.

Les sieuvs Vàndebergue ne rougissent point de rapporter dé^ traits si injurieux , parce qu'autant qu ils seraient capables de les noircir , s'ils étaient vrais , au*tant se trouvant manifestement faux , ils découvrent le caractère des imposteurs qui font parler si indignement, la dame Vandebergue. Les scènes prétendues arrivées à Odéans sont des tables qui ne sont que le fruit de l'imagination de ces misérables; û leur est échappé 2.

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malheureusement pour eux , de citer le vic*aîre de la p*. roisse, comme témoin des emportemens des enfans contre leur mère, et comme ayant e'te' employé à les apaiser. Les sieurs Vandebergue ne re'cuseront point le témoignage même employé contre eux; au contraire, ils ont demandé , par leur requête du 27 janvier dernier , que le vicaire iut entendu aussi-bien que tous les voisins, bien persuadés qu'il n'y en a pas un qui ne rende témoignage du respect et des ménagemens que les sieurs Vandebergue ont toujours eus pour la dame leur mère;

A^ l'égard des prétendues insultes arrivées à Paris , il n'y a qu'à lire 1 enquête des sieurs Vandebergue , et Ton verra plusieurs témoins qui déclarent qu'ils n'ont jamais paru devant la dame leur mère, qu'avec toutes les marques de respect et de soumission qui lui étaient dues , quoiqu'elle lem: parlât toujours avec beaucoup d'aigreur.

Aussi les faits répandus dans la plainte sont-ils si <;alomnieux, que la dame Vandebergue elle-même a été obligée de convenir, dans 'son interrogatoire, qu'elle amit été rédigée d'une manière qu 'on pouvait aaoucir. Ce qui est convenir assez expressément qu'elle contient des taiis faux et purernent imaginés.

En effet, tous les témoins déposent que c'était le nommé Boisgourd qui était le véritable auteur de ces libelles, et la dame Vandebergue le dit assez elle-même dans son interrogatoire; elle prétend qu'e/feco/iyw/to Boisgourd y lequel lui dit qu'il fallait qiàelle rendit une plainte; que quelques jours après il vinU chez elle avec le commissaire Lecomte , lesquels lui co/iseillèrent défaire une plainte : qu'en effet elle jjit sa plainte audit commissaire , et lui donna deux louis; elle ajoute qu'elle dicta lé" Canevas de la plainte^ que ce fut Boisgourd qui écrivit sous sa; dictée lesprin» cipaux faits de la plainte; que Boisgourd porta le projet chez le commissaire Lecomte ^ lequel larédigea : ainsi l'on voit que c'est Boisgoinrd qui a inspiré les plain* tes, qui a eu la principale part à la rédaction. •

D'où il résulte qu'il n'y a rien que la dame ^Vandebergue ne soit capable de faire ^ dès qu'elle est excitée

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par ceux qui se sont emparés de son esprit. D'un côtéj elle répana ses biens avec proiùsion; de l'autre , les calomnies les plus odieuses ne lui coûtent rien, et c'est contre ses propres enfans qu'elle les de'bite sans mesure : serait-il permis d'abandonner à elle-même une femme réduite à une si triste situation ?

Enfin les sieurs Vandebergue ont articule que les abbe's Merlier et Desrues, les nommés Chantreau, Borsg'ourd et autres, se voyant découverts, avaient substitué aé nouveaux obsesseurs qui n'étaient pas moins versés qu'eux dans le funeste talent de ruiner les familles, en y faisant régner la discorde. Ces nouveaux acteurs ont â leur tête le nommé Pregermain, homme noyé de dettes, et dont le nom se trouve si souvent inscrit sur les registres de la geôle du grand et du petit châtelet, qu'on voit bien que toute sa ressource pour vivre est de trouver quelque dupe dont il puisse séduire l'esprit et épuiser la bourse. Tels sont les personnages auxquels successivement se livre la dame Vandebergue : incapable de {'uger des personnes qui s'introduisent chez elle, elle se ivre au premier venu, et ne peut résister à aucun. En faut-il davantage pour la plonger dans une infinité de maux, et par conséquent pour établir la nécessité de lui donner un conseil sage qui la préserve de toutes les disgrâces auxquelles elle serait exposée avec des conseils si pernicieux ?

Ces faits ou sont tous établis par l'enquête' qui a été faite avant la sentence du bailliage de Cbartres , ou le seront par l'enquête que les sieurs Vandebergue de-»mandent permission de faire par addition; mais si cela est, pourra-t-il y avoir la moindre difficulté à confirmer la sentence dont est appel?'

La prodigalité est déjà portée aux derniers- excès : outre 25,000 liv. de dépense en vingt mois de temps, on trouve que la dame Vandebergue a encore tiré des lettres de change pour des sommes au moins aussi cour sidérables. La faiblesse d'esprit ne se fait que trop sentir dans le parti de quitter sa famille, son pays , ses affaires, pour venir se réfugier à Paris, et s'y livrer aveuglément aux impressions 'de gens flétris, qui ne peuvent que

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l'entrsdner dans le précipice , et qui , profitant de quel* que indisposition qu'ils ont remarquée dans le cœur dé la mère contre ses enfans , l'ont portée jusqu'à rendre les plaintes calomnieuses dans lesquelles elle leur impute les faits les plus atroces et les plus faux. Pourraiton moins faire aans ces circonstances que ce qui est prescrit par la sentence du bailli de Chartres?

Elle se contente de donner un simple conseil à la dame Y andebergue , elle pourvoit abondamment à tous ses besoins, en lui faisant remettre i.o^ooo liv. de meubles j et payer une pension de t^ooo par chacun an , ce qui remplit à peu près tout ce que son bien peut produire. Que peut désirer de plus une femme âgée, qui^ avec ce secours, est en état de vivre honorablement, et même avec éclat dans la ville d'Orléans? Faut-il donc, en l'abandonnant a elle-même ,. l'exposer à dissiper en peu de temps tous ses biens , et peut-être à se perdre de réputation r La religion , la nature , la lei , tout exige que l'on prenne les mesures les plus justes pour la mettre à l'abri de si funestes événemens.

On conviendra sans peine avec la dame Vandebergue , que pour interdire quelqu'un , il ne suffit pas d'avoir conçu quelque inquiétude sur l'avenir , de craindre qu'il ne dissipe son bien, et qu^il faut que le désordre ait commencé à éclater dans sa conduite; mais il s'en faut bien aussi que l'on soit ici réduit à de simples alarmes trop légèrement conçues; le mal n'a déjà été que trop loin. Quoi donc ! n'est-ce qu'une terreur panique qui agite les enfans, quand ils voient qu'outre âa^ooo liv. de sommes réellement touchées , elle a encore inondé la ville et les provinces de lettres de changé qui peuvent monter à des sommes immenses, et qui excèdent au moins la sonune de 20,000 livres ? N'est-ce qu'une terreur panique , quand on voit que la dame Vandebergue a déserté son pays , sa famille, depuis près de trois ans, et qu'elle est livrée à ce qu'il y a de plus corrompu et de plus pernicieux dans Paris l N'est-ce qu'une terreur panique , que le chagrin de voir leur mère les accabler de reproches, odieux , débiter contre eux des Ubelles plems de calomniés 9 et se livrer, par les conseil» de çei

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