‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 3)Chapitre 168 sur 196 · PREMIÈRE PARTIE. t^i · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. t^i

obsesseurs, à des impostures qui tendent â déshonorer toute la famille? Le mal pouy ait-il être porte à de plus grands excès, la nécessite du remède pouvait-elle être plus pressante?

Mais , dit-on , lisez l'interrogatoire de la dame Van-* debergue : vous n'y trouverez aucun trait d'égarement; au contraire, ses réponses sont justes et précises; elle jouit donc de toute la santé de son esprit , ce qui suffit pour faire tomber la demande à fin d interdiction. Deux réponses également décisives doivent écarter cett^ objection.

1° Il n'est pas nécessaire pour interdire quelqu'un, et encore moins pour lui donner un conseil , que son esprit soit tombe dans l'égarement; il suffit quil n'ait plus le degré de force nécessaire pour se défendre des atteintes de l'obsession, et que l'on trouve qu'il y ait déjà succombé. Si l'on n'interdisait que ceux qui sont en démence , . ce remède serait presque inutile , parce que celui qui est réduit à un état si déplorable est manifestement dans l'impuissance de contracter; et s'il avait pris quelque engagement sans être interdit, il serait facile de le détruire en articulant l'état de démence où il était. C'est donc principalement contre ceux qui , conservant encore des idées naturelles sur les choses qu'on leur présente , se dérangent cependant dans leur conduite , que le remède de l'interdiction est introduit. Tel homme dans une conversation parait parler comme les autres, qui se porte cependant dans' ses actions à des égaremens qu'on ne peut excuser, soit

t)ar la violence des passions qui le dominent, soit par 'impuissance où il est de se défendre des pièges de ceux qui l'obsèdent, et par l'habitude où il est de succomber à leurs efforts. Ce n'est donc pas par des réponses dans un interrogatoire qu'il faut toujours juger des facultés de l'esprit , c^est parla suite des actions qu'il faut se déterminer.

2^ Dans l'interrogatoire de la dame Vandebergue, on ne la trouva pas même avec cette présence d'esprit' qp'on lui attribue. On lui demande quel^âge elle a: eue répond qu'elle ne s^en soutient pas bien précisé-

donna biemôt toute sa confiance au sieur Pierre Béguin, qui, de l'e'tat de me'diocrité auquel il e'tait réduit, a passé subitement à un degré d'opulerice dont la source n est pas difficile à découvrir.

Pendant layie du sieur Narcis, il occupait un petit appartement sur le devant de sa maison de deux ou trois cents livres par an ; une jeune et riche veuve , maîtresse d'un mobilier de plus de 4oo,ooo liv. attira son attention. Sous prétexte de la soulager dans Tembarras qu une mort inopinée devait lui causer , et dans l'administration d'une tutelle de quatre enfans , il s'insinua dans son esprit, et se mit au fait de toutes ses affaires; bientôt il en disposa avec un empire absolu , et Ton verra incessamment quels sont les fruits qu'il en a recueillis.

Ses héritiers ont voulu faire entendre qu'il avait déjà une grande fortune lorsque le sieur Narcis vint à mourii:; pour cela ils ont remarqué qu'il était pourvu d'une charge de secrétaire du roi; que, suivant un état écrit de sa main fait pour en imposer, daté du premier juin 1708 , il avait pour 32.1,521 liv, d'effets et d'intérêts dans différentes affaires , outre 246,760 livres pour sa moitié d'intérêts dans d'autres compagnies ; mais cet extérieur de fortune n'est qu'un faux brillant dont personne ne peut être séduit.

Pour la charge de secrétaire du roi , c'était un objet de six- à sept mille livres; il y avait un traité pour la vente de ces offices; le sieur Béguin qui y était, ou qui paraissait y être intéressé, s'était fait pourvoir d'une de ces charges ; c'était un titre qu'il se donnait pour se prociu^er quelque crédit ; mais dans le fonds de sa fortune , cet objet méritait à peine d'être compté. Quant aux intérêts qu'il paraissait avoir dans difiërentes a&ires , il n'y avait encore fourni, que son nom ; on sait que cela est assez ordinaire parmi les gens d'affaires; mais ce

3ui ne formerait qu'une présomption incertaine dans 'autres circonstances, est ici justifié par le propre fait des héritiers Béguin; ils ont eu un grand procès en la cour des aides, contre la veuve et les créanciers du sieur Rouxelin de Montcour, dans lequel ils ont tait imprimer des méinoires ^ ils y reconnaissent que dans plu-

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