PREMIÈRE PARTIE
'rieurs de ces traites , le sieur le Vassor avait fait seul les tonds nécessaires , et que le sieur Béguin ëtait réduit à
1)artager le profit après que le sieur le Vassor avait préevé l'intérêt à dix pour cent de tous ces fonds; en sorte que i^ëellement le sieur Béguin n'avait aucun capital. S^i les héritiers Béguin n'ont pas administre la niénie preuve pour les autres affaires , il est aisé de penser que la situation du sieur Béguin n'était pas différente.
Aussi n'occupai t-il qu'un très-petit appartement de 2 à 3oo 1. au plus de loyer ; ce qui convenait bien mieux à un simple commis ou a un préte-nom qu a un financier qui aurait eu près de 4^0,000 1. de fonds, que ses talens auraient fait fructifier d'une manière bien avantageuse.
Ce n'est donc pas dans les fonds qu'on lui suppose avant la mort du sieur Narcis, qu'il faut chercher 1 origine de sa fortune; mais dans les biens mêmes du sieur farcis que sa veuve eut la facilité de lui remettre. Il en disposa, comme on l'a dit, en maître absolu; ce qui lui fit bientôt changer de situation , prendre une autre maison entière , se donner un équipage , et paraître , en un mot , dans un état aussi brillant que celui qu'il avait auparavant était obscur.
Cependant son* état n'était point encore assez affermi, tant qu'il n'était pas le maître de la personne même de la dame Narcis, il le devint en 17 il ; le contrat de mariage fut dressé avec tout l'art qui pouvait servir aux vues du sieur Béguin ; il se flatta de jouir et de disposer du bien des mineurs sous le nom de leur mère sans eu êu-e responsable envers eux, en stipulant qu'il n'y aurait point de communauté entre les futurs époux , et que la mère seiait autorisée à gérer la tutelle de ses enfans , san« sa participation, consentement, ni autre autorisation; au moyen de quoi il ne pourrait être inquiété pour le maniement des deniers des mineurs. On verra dans la suite si les principes pouvaient se concilier avec cette convention, et principalement avec la conduite qu'il a tenue. <^uoi qu'il en soit, aucun des parens de la dame Narcis n'a signé ce contrat, nuu plus que l'état qu'il fit faire en même temps du bien delà mère et des enfans ; le mariage même fut célébré dans une paroisse éloignée.
C0CFII9. TOME IJ. S'Z
498 OEUVRES DE GOCHliV.
t)epuis ce temps , le sieur Béguin a tout gôuTenië arbitrairement , souvetit même il agissait en son propre nom dans radminisU*âlion du bien des mineurs j il arrêtait les mémoires des ouvriers ; il promettait en son nom de les payer, il donnait des ordres; il constituait des procureurs; et , comme il agissait seul , et qu'on ne connaissait que lui , les assignations lui ét^iient données comme propriétaire, les saisies étaient faites sur lui , il y défendaii;en un mot, jamais il ne s'est conduit que coname maître absolu du bien dés mineurs.
Par cette conduite , il n'est pas seulement parvenu à dissiper le mobilier des mineurs ; il a trouvé même le secret d'aïiéfiier le principal immeuble de la succession du sieur Narcis; la maison et la ferme du village de Maisons vendues 5o,ooo liv%, on en employa la moitié à payer des dettes dont la succession du âeur Narcis n'était pas tenue , et du surplus on acheta à vil prix pour 25,000 liv. de principaux de contrats sur la ville; ce qui procura au sieur Béguin un bénéfice de i5 à 16,000 1., pris sur le patrimoine des mineurs ; il est vrai qu'en ce point ils ont la ressource d'évincer l'acqué* reur, et Centrer datis leurs fonds; mais ce fait seul justifie toujours que le sieur Béguin n'était occupé que du soin de s'enrichir aux dépens des enfans de sa tëmme» ' L'ainé des sieurs Narcis étant devenu majeur, forma sa demande, tant contre sa mère que contre son beaupère, pour se faire rendre le compte de tutelle , et pour être condamnés solidairement au paiement du reliquat; la mère a paru dé&ndre au Châtelet; mais conmne touse l'administration avait passé par les mains du sieur Béguin , lui seul aussi a eu part, et au compte , et a la défense. La dissipation avait été si grande , que la mère s'est trouvée débitrice de 25o,ooo liv. ou environ, suivant la sentence rendue sur productions des parties le 8 mai 1728, qui prononce outre cela condamnation d'une somme de 5o,ooo livres avec les intérêts depuis 1708, faute de rapporter les livres journaux et ''^^-'î^'^se du feu sieur Narcî»-, la xxi^xno^ caat«aii;t3 ordonue une contestation plus ample sur une somme de 1 80,000 liv, qui Vivait été tirée de la caisse avant l'inventaire.
MiEMIÈilË f ARTiÈ. 499
Depuis l'appel interjeté en la cour , les Meu^s Nâi'cis y ont fait assigner Pierre Béguin, le 12 février 1729^ pour voir dire que l'arrêt qui interviendrait serait déclaré conoiniiln avec lui; ce faisant, qu'il serait condamné comme co-tuteur de droit à payer solidairenlent avec sa femme, les sonmies dont ils seront jugés reliquataires. .
Pour défenses à cette demande, Pierre Béguin opposa que sur une pai'eille danande qui avait été formée originairement contre lui en 1722, il s^était pourvu aux requêtes de l'hôtel, où il avait obtenu une sentence par défaut le 5 avril 1729, qui l'avait déchargé , et qû'amsi c'éi^ une chose jugée. Les sieurs et demoiselles Narcis levèrent bientôt cet obstacle , en interjetant appel de cette sentence, par une requête qu'ils présentèrent en la cour le 12 mai 1729. Sur leur demande et sur leur appel , ils obtinrent arrêt le vingt-cinquième du même mois dé mai, qui appointa les parties , et joignit le tout à l'instance pendante entre la mère et les enfans. Pierre Béguin y for nia opposition; mais, par arrêt contradictoire du 9 juillet Ï729, l'appointement et la jonction furent également confirma.
Pierre Béguin qui sentait que sa condamnation était inévitable, n'eut -plus de ressource que dans la fuite ; il imagina que les secrétaires du roi étaient exempts de tutelle, et que le grand conseil ayant une attribution particulière pour connaître des privilège? des secrétaires du roi, il avait droit de traduire les sieurs et demoiselles Narcis dans ce tribunal. Sur ce prétexte il forma un rè- (jlement de juges au conseil du roi ; mais étant mort quelque temps après, ses héritiers n'osèrent pas soute- Hir une chicane si odieux.
Cependant les sieurs et demoiselles Narcis avaient eu la jMrécaution de former opposition au scellé du sieur Béguin. Ses héritiers, qui étaient Nicolas Béguin, payeiu: des rentes, €t Pauline Béguin sa sœur, épouse de Charles-Philippe Dugué, les firent assigner au Ghâtelet pott» avoir mainlevée de ces oppositions. La demande fut évoquée en la coui pnr leo-snnxr?» et demoiselles Narcis , et depuis elle a été plaidée pendant plusieurs au* diences»
5oO OEUVRES PE GOGHIN.
Le moyen des hentiers Béguin était de dite qae les sieurs et demoiselles farcis n'avaient point de titire ^ qu'ils n'avaient qu'une prétention chimérique , qui ne pouvait jamais servir de fondement pour faire des saisies et oppositions : m^os, lea sieurs et demoiseUes Narcis ayant étaldi au contraire , qu'ils avaietit un litre lé-
Sitime dans la disposition de la loi, et dans le fait même e l'administration exercée par Pierre Béguin, la cour, J>ar arrêt contradictoire du 9 août i73o^ ordonna que es deniers coipptans, papiers ea; diamans de la succession de Pierre Béguin, seraient remis dans un coffre qui demeurerait en la possession d'un des héritiers, ei^ûnt la clef serait remise entre les mains de Faatre ; qu'ils en demeureraient conjointement et solidairement chargés comme dépositaires, et contraints par corps à la représentation , et en conséquence leur fit mainlevée des oppositions et saisies à leur caution juratoire solidaire.
Par-là les sieurs et demoiselles Narcis conservèrent toute leur sûreté, les héritiers du sieur Béguin ne pouvaient disposer d'aucun effet de la succession; elle consistait en une somme de iSo^Ooo livres en or, qui s'était prouvée sous lés scellés; de 2âj0,oooliv. de principaux de contrats sur \^ ville; 180,000 livres d'autres effets, et en la charge de secrétaire du roi , qui valait alors 20,000 livres par les augmentations de gages , et autres droits qui lui avaient été attribués depuis sa création; le sieur Béguin avait outre cela 10,000 liv. de rentes via^ gères, et 100,000 livres en billets de banque, qui s'étaient trouvés à sa mort; en sorte qu'en vingt-deux aiîS de temps qu'il avait survécu au sieur Narcis, cet hointne^ qui était d abord réduit à log^r dans un appartement de 2 à 3oo livres, se trouviait avewir près d'un milhon-
Âutant que sa fortune s'était augmentée , autant celle des sieurs et demoiselles Narcis et de leur mère avait diminué dans le même temps; il ne leur restait que les maisons de Paris, et 100,000 livres de contrats sur h ville, acquis dans le temps qu'ils perdaient les dp^* ciers,
et depuis le SecUud maj^îa^o. .
Tout le mobilier avait disparu avec la maison et la ferme de Maisons; et au lieu de 100,000 livres- d'épar-