PREMIÈRE PARTIE. 5l
Un des premiers traits qu'il en ait fait ressentir aux mineurs , est la vente de la maison et ferme de Maisons; c'était sans doute l'effet le plus solide et le plus précieux de la succession du sieur Narcis. Le sieur Béguin se donna de grands mouvemens pour obtenir lapermission de le vendre. On a trouvé une instruction qu'il avait dressée pour sa femme , dans laquelle il lui indiquait tous les moyens qu'elle devait employer chez le sieur lieutenant civil pour soutenir la vente de Maisons; celte instruction est entièrement écrite de sa maini On y voit que la dame Béguin ne savait rien du détail de ses affaires , ni de celles des mineurs; mais que le sieur Béguin au contraire en avait la connaissance la pljas parfaite; que c'était lui qui lui traçait, pour ainsi dire, la route qu'elle devait suivre^ et qu'elle ne faisait que marcher sur ses pas.
- Il parvint a la vente de ce bien moyennant la somme de 5o,ooo liv. , dont la moitié fut employée à payer de prétendues dettes de la succession du sieur Narcis, et l'autre moitié à acquérir trois contrats de rente sur la ville, de trois particuliers à qui le prix en fut payé sur le pied de ce que ces sortes de contrats perdaient alors, c'est-à-dire d'environ soixante pour cent de perte. Quand il aurait fait constituer de n,ouveaux contrats au pro*fit des mineurs, le sieur Béguin y aurait toujours fait le même profit. Il n'y a personne qui ignore qu'en 17 12 on ne constituait point de rentes sur la ville en argent au denier 2O5 et qu'on n'acquérait de pareilles rentes qu'avec des effets royaux qui perdaient trois quarts sur la place : et en effet , dans la même année le roi avait créé des rentes au denier 1 2 en argent ; il aurait donc été absurde d'aller prendre avec de l'argent des rentes au denier 20 , quand on en pouvait avoir sur Iç même débiteur au de-* nier 12. Aussi n'y a-t-il plus de mystère sur cette opération ; et par le propre aveu du notaire qui a reçu le contrat de vente des Jbiens de Maisons , et qui a liait les emplois du prix , il est établi que les 25,ooo liv. de contrats sur la ville que l'on a acquis pour les mineurs, n'ont coûté que l l.ooo liv. au sieur Begmn , qui a profité du surplus. Ce fait est encore établi par la reconnaissance
5l6 OEUVRES DE COCHIN.
de madame de Jassaud, qui convient qu'il n'a ëté paye que 43)000 liv., le bénëtice de 1 4f ooo uv. ayant ëté partage entre le sieur Jassaud et le sieur Béguin. Ce seul trait le démasque si parfaitement^ qu'il suiSrait pour le rendre responsable de toute la tutelle. On voit que dans l'acte le plus important qui se soit fait pendant toute la tutelle , c'est lui qui a tout fait arbitrairement ; et ce qm est encore plus à remarquer, que c'est lui qui a profité personnellement du bien des mineurs , en achetant ou taisant acheter des contrats à vil prix, et s'appliquant l'excédant des deniers comptais. Après cela pourrait-on le décharger de rendre compte et de payer le reliquat? Il a le bien des mineurs entre ses mains; car ce qu'il a fait une fois, on ne peut pas douter qu'il ne l'ait fait dans toutes les occasions; et cet homme, enrichi du bien des mineurs, en sera quitte pour dire qu'il n'était point en communauté! Comme si cette circonstance n'aggravait pas encore son crime; car du moins dans le cas de la communauté, la dame Béguin aurait profité de la moitié de ce qu'il prenait aux mineurs ; au lieu que par la précaution qu'il a eue d'exclure la communauté dans le contrat de mariage, il profite seul de ce qu'il a enlevé aux mineurs. Ainsi c'est lui qui prend, et qui prend seul, et il prétend que c'est à sa femme seule à rendre : on Qe croit pas que l'iniquité ait jamais été portée à cet excès.
La suite de l'administration se soutient dans le même caractère : les notaires, les procureurs , les locataires, les ouvriers ne s'adressaient qu au sieur Béguin seul , pour tout ce qui regardait le bien des mineurs ; c'était à lui qu'on demandait les ordres, c'est lui qui les donnait ^ c'est ce que l'on voit dans une infinité de pièces. Le ne** veu de M® Langlois, notaire, écrit le 6 février 17 17 au sieur Béguin, et lui rend compte de différentes affaires qui regsurdaient la dame Béguin ; en tête de la lettre , le sieur Béguin écrit de sa main ce que sa femme doit ùàre en lui envoyant une décharge toute dressée : Tu signes ras , mafilîe , cette décharge pour Voncle de M. Lan^ \his , garderas le bordereau et en^f erras à deux leures recevoir les 94^ ^*^v ^tfais^-toi rapporter tan