PREMIÈRE PARTIE. 5l
former Félat d'un enfant, tout est odieux dans ce qui tend à le faire perdre. Dans le doute, il faut toujours pencher pour consçrver Vhonneut des citoyens : si cette pièce seule, en la supposant signée du père, ëtait capable d'en balancer lant d'autres, il ne faudrait que cette réflexion pour faire peficher la balance.
Ces réflexions générales suffiraient pour écarter une pièce si frivole; mais si on entre un peu plus dans le détail, il ii'est plus possible cju'elle se soutienne.
I** Elle n'est point écrite par le sieur Bourgelat père, ni dictée pair lui ; c'est le sieur Perrichon qui en est le seul auteur; il ett convient et nous l'apprend lui-même dans l'enquête des enfaUs du second lit; mais ce sieur Perrichoti est infiniment suspect à la dame Bourgelat qui la reproché; parce que lié étroitement avec la famille de Geneviève Terrasson , dont il paraît être parent, le sieUr Petrichon lui a été entièrement dévoué; aussi a-t-il été appelé avec les autres parens , lorsqu'il a été ^ue^on de pourvoir à la tutelle des enfans mineurs de Pierre Bourgelat et de Geneviève Terrasson. C'est donc uniquement pour la favoriser, qu'en dressant un écrit qui n'avait pour objet que de constituer une sim-
!)le pension, il a mis cette qualité de fils naturel, que 'on ttouve pour la première fois employée à l'égard de Barthélémy Bourgelat en 17 14» c'est-à-dire , lorsqu'il àvsttt trente années d'une possession paisible de sa légitimité.
Cet acte dt'essé par terrichon,aînsi qu'ille déclare dans sa déposition , fut présenté au père , qui , à ce que dit Perrichon, le signa; ainsi ce n'est donc point à lui père, à qui il faut imputer cette fausse qualité , inimicus honio hocjkcit : le père de famille avait semé de bon grain , c'est l'ennemi du repos de sa maison qui est venu jeter la zizâUie dans son champ.
2° En supposaùt contre la vérité, que cette expression fut Touvragc du perft , qui iguui-e que les parens ne peuvent détrtlire l'état de leurs enlans , quand il est une fois établi? C'est un présent de la nature, ou plutôt de la Providence, dont ils ne peuvent disposer : il est vrai qu'ils &t sont les premiers témoins ; mais quand une fois ils
ont rendu un témoignage ëclataîit à une ve'riie' si prë-
est parvenu jusqu a i âge
honneurs d'une naissance pure, de vouloir le faire passer
branler.
Je passeplus loin, et je dis : Supposons pour un moment, que Piene Bourgelat pût ressusciter , et que rendu à la vie il s'en vînt dire à la cour, que cet enfant qui
Jîlaide aujourd'hui pour défendre son état contre ses rères et sœurs du second lit, n'est point son fils légitime, qu'il n'est tout au plus qu'un bâtard : le croirait-on ? Ce père serait-il seulement écouté, quand son fils lui oppo-* serait la possession publique et paisible de son état pendant trente-quatre ans , et celte foule de titres dont on a rendu compte, et qu'il a volontairement signés dans tous les temps?
Or , si le père lui-même ne serait pas écouté, parce qu'il i^ lui appartient point d'ôter à ses enfans l'état qu ils ont reçu de la Providence, quel cas doit-en taire de cette indigne pièce qu'on dit qu'il a signée?
3** Si cette vérité ek incontestable dans les termes ordinaires, comme il n'y a pas lieu d'en doutci-, on doit y demeurer encore plus attaché , lorsque l'on fait attention aux circonstances singulières où se trouvait la larmille de Pierre Bourgelat depuis long^temps. La matx* vaise conduite de son fils l'avait indisposé contre lui ; d'un autre côté, il s'était livré aux douceurs d'un second mariage, suivi de la naissance de plusieurs entans, élevés sous ses yeux par une jeune femme ambitieuse, qui le voyant âgé mettait tout en usage pour l'attacher à ses enCans du secoud Ut , et lui rendre odieux son fils du premier lit : toutes ses affections étaient donc entraînées, et l'on avait soin d'entretenir des dispositions si funestes à Barthélémy Bourgelat. Si dans une telle situation , il s'était porté de lui-même a lui faire une telle in-
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justice, ne rfcvrait-on pas le plaindre davoir ce'de' à la force ^ à la nécessité de sa situation, sans en taire éprouver au fils toute la rigueur? A quels désordres les familles ne seraient-elles pas exposées, si un père , ou une mère remariée pouvaient dé|;rader les enfans qu ils ont eus de leur premi^ mariage f Ce serait le plus grand de tous les désordres ; et c'est pourtant ce qui fonde aujourd'hui toute l'espérance des défendeurs.
Mais il faut rendre plus de justice à Pierre Bburgelat: il est évident que s'il a signé cet écrit, il n'y a eu d'autre part que la faculté de le signer, ou sans lire , ou sans en connmtre les conséquences. Ce qui achève d'en convaincre, esi la conduite qu'il a tenue depuis; on n'a pas négligé depuis de le solliciter pour faire un testament en faveur de la femme ou des enians de son second mariage , mais il a toujours résisté constamment , et il est mort ah intestat y pour conserver à Barthélémy Bourgelat tous les droits qui lui étaient acquis par sa naissance; en quoi on peut dire, qu'il lui a rendu par son silence même un nouveau témoignage , qui en confirme* tant d'autres donnés en sa faveur et qui désavouent le seul que l'on a surpris de sa facilité contre son seing.
Enfin, ce qui achève de faire connaître le mépris que l'on doit avoir de ce prétendu acte de 1714? est l'usage que l'on en a fiait : si cette pièce avait été dressée dé bonne toi, de 1^ part d'un père qui eût voulu faire quelque grâce à un bâtard publiquement reconnu pour tel, ce titre n'aurait-il pas été remis à Barthélémy Bourgelat ? C'était pour lui que la pension était créée, c'était donc à lui qu'on devait eh remettre le titre : pourquoi n'estil jamais parvenu jusqu'à lui , si ce n'est que les auteurs de cette indigne pièce étaient persuadés qu'il ne l'accepterait pas; car enfin jamais le titre constitutif d'une dette ne reste entre les mains du débiteur, c'est le créancier qui en doit être saisi; mais on craignait sa juste indignation , qui aurait immanquablement attiré celle du père même contre ceux qui l'avaient surpris. On a donc pris le parti de l'envelopper dans les téi^bres ; le sieur Perrichon, qui l'avait mcté, l'a conserve pour en faire usage dans le temps , en faveur des enfans du second lit;
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il ne faut pas être surpris après cela, si honteux luimême d'un tel proce'dé , il n'a fait paraître cette pièce qu'à la dernière exlremite'. Le procès a comjnencjé en 1 7^0 , il n a été jugé à Lyon qu lën 1 722. L'^pp^l ^!;^l été plaidé c;t jugé qu'en 172.7. Pendant tout le cours de ces contestations, et jusqu'au mois de juillet 17218, cet actie mystérieux n'a ppint paru; tant que Von a ponservé quelque espérance par le défaut de représentation du contrat de mariage et de l'acte de célébration , on n'a pas osé le hasarder ; ce n'est qu'en 1 728 qu'elle a enfin nxx U jour ; lorsque l'on a senti que les faits admis et propyés allaient confondre les défendeurs , le désespoir de la cause a attiré enfin cette pièce , dont avec rais.on pn avait rougi jusqu'alors.
chimère ! Pour qu'a la connut ,> 11 rauait qu remise, et jamais elle ne l'a été ; il a su seulement que son père avait promis de lui faire toucher 4^0 livres p{|r aî^; il s'est contenté de ce q^on lui a dit, il ne pouvait pas en exiger davantage ;^ on le payait.e^acte^ ment, cela lui suffisait, il ne pouvait pas r/efuser des quittances; mais a-t-il approuvé par-là un litre odieux , dont on ne lui a jamais donné connaissancie , qu'on s'pst encore bien plus gardé de lui confier?
^11 est donc impossible qu'une pareille pièce puisse
Jamais affaiblir les preuves victorieuses qui assurent l'état égitime de Barthélémy Bourgelat : tout répond à la foi de ces titres respectables , tout se réunit pour confondre et pour déshonorer l'indigne pièce qu on leur oppose.
Avec de si grands avantages , îa preuve testimoniale n offre à la dame Bourgelat qu'un secours surabondant ; mais quel en serait l'efficace , si la dame Bourgelat destituée de toutes autres pr^euves, était réduite à y avoir recours ? Tous les faits qui peuvent caractériser une possession publique de l'état s'y trouvent établis, et en particulier ceux dont la co^r avait admis la preuve; c'est ce qui reste à expliquer.
Les laits aniculés sont au nombre de douze.
Le premier , et sans doute le plus important de tous ,